AU FIL DES HOMELIES

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FAIRE DESCENDRE LE FEU DU CIEL

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (10 mars 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es apôtres Jacques et Jean voulaient faire des­cendre le feu du ciel sur ce village de samari­tains parce que les habitants n'avaient pas voulu recevoir Jésus qui montait vers Jérusalem. La conception qu'ils se font des rapports entre Dieu et les hommes est une conception que partagent beaucoup d'entre nous : Dieu punirait ceux qui font le mal pour rétablir la justice. Puisqu'on a refusé d'accueillir Jésus, il faut qu'une punition vienne sanctionner ce refus, ce péché. Or Jésus réprimande Jacques et Jean, comme Il avait réprimandé Pierre qui voulait le détourner du chemin de la croix. On pourrait appliquer à cette ré­primande de Jacques et de Jean par Jésus les paroles dites à Pierre : "Tu n'as pas les pensées de Dieu !" Les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Dieu n'est pas quelqu'un qui veut punir le mal au nom de la justice. Et le livre d'Ezéchiel nous invite à aller plus profond encore dans cette découverte de ce qu'est véritablement la pensée de Dieu.

"Prendrais-je donc plaisir, dit Dieu, à la mort du pécheur ?" Est-ce qu'au nom d'un certain équilibre de la justice, au nom de la sauvegarde des "principes", au nom de la rétribution, Moi, Dieu, je prendrais plai­sir à la mort du pécheur ? Et la réponse est : "Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit ! Convertissez-vous et vivez ! Pourquoi mourir, maison d'Israël ?" Tel est le secret de Dieu. Dieu n'est pas un juge, Dieu est Celui qui nous a créés par amour, et qui veut passionnément, parce qu'Il nous aime, que nous soyons sauvés, c'est-à-dire que nous aboutissions à ce bonheur qu'Il a voulu pour nous. Que nous soyons pécheur ou juste, nous sommes toujours pécheurs et nous sommes tous pécheurs, Dieu pour autant ne cesse pas de n'avoir qu'un seul désir dans son cœur, c'est celui de notre bonheur, c'est celui de notre salut, donc de notre vie, donc de notre découverte de cela seul qui est vie, salut et bonheur, c'est-à-dire de notre accession à la capacité d'aimer, à la capacité de nous donner, à la capacité de répondre à ce désir de Dieu. Si Dieu veut que nous nous convertissions, que nous retournions notre cœur, ce n'est pas simplement pour rétablir sa Loi, ce n'est pas pour rétablir l'ordre. Si Dieu veut et veut passionnément que nous nous convertissions c'est parce qu'Il sait que cette conver­sion est indispensable pour que nous accédions au bonheur, pour que nous accédions à l'épanouissement de notre être, pour que nous accédions à la réalisation de ce pour quoi Il nous a créés, car Il nous a créés par amour et pour que nous aimions, parce que seul l'amour qui remplit le cœur de Dieu, et qui doit rem­plir notre cœur, peut nous amener à la vérité de notre être et donc à la réalisation du plan de Dieu, et par conséquent à notre bonheur.

C'est pourquoi Dieu fait des prodiges pour que nous convertissions notre cœur. Dieu ne sait pas quoi inventer pour nous convertir, pour nous prévenir :"Si tu continues sur cette voie, tu te perds, tu te dé­truis !" parce que le péché c'est-à-dire le refus de l'amour de Dieu, c'est-à-dire le refus de la communion avec Dieu et avec nos frères qui en est la consé­quence, le péché c'est une mort, c'est une destruction, c'est une extinction de notre être profond. Et cela nous ne nous en rendons pas compte. Nous nous imaginons que le péché c'est une certaine manière de nous faire plaisir, c'et répondre à nos instincts, à nos passions, à nos besoins, à nos facilités. Mais derrière cette appa­rence, le péché est la ruine de ce que nous sommes parce que si nous faisons passer nos instincts notre plaisir et nos besoins immédiats avant l'amour, nous sommes en train de nous avilir, de nous abaisser, de rouiller en nous la capacité de vivre c'est-à-dire d'ai­mer, nous sommes entrain, subrepticement et progres­sivement, sans même peut-être toujours nous en ren­dre compte, de détruire notre être intérieur, jusqu'à ce qu'il soit incapable de vivre parce qu'incapable d'ai­mer. Et ce n'est pas une chose hypothétique et impos­sible. Il est possible que nous arrivions, à force de refus, à nous détruire nous-mêmes. Cela n'est pas illusoire, nous pouvons dire non à tous les appels de Dieu, à tous les appels de nos frères, nous pouvons dire non à toutes les invitations à sortir de nous-mê­mes et à nous dépasser pour nous donner, nous pou­vons dire non à toutes les occasions d'amour, et petit à petit, nous enfermer en nous-même, nous enfermer dans ce refus, et devenir incapables d'aimer. Et c'est cela l'enfer, non pas une punition que Dieu infligerait au pécheur, mais la conséquence inéluctable du péché du pécheur, parce que le pécheur étant libre peut, s'il le veut, s'enfermer, s'emmurer dans son péché. Et plus rien ne pourra l'en sortir, quoique Dieu rêve et fasse tout ce qu'Il peut pour nous en sortir. Mais Dieu nous respecte trop pour nous sauver sans nous-même, d'ailleurs ce ne serait pas nous sauver parce que nous ne serions pas sauvés à l'intérieur de notre liberté. Ce serait quelque chose qui, extérieurement, s'imposerait à nous, et ce n'est pas cela le salut.

Le salut c'est d'être capable d'amour et par conséquent, d'être à l'intérieur de soi-même guéri, transfiguré et transformé. Alors Dieu ne peut que nous proposer sans cesse cet amour, nous proposer ce bonheur, nous proposer cette conversion. Mais, si j'ose dire, Il meurt d'envie que nous répondions à cette invitation, à cette sollicitation. Parce que Dieu nous aime infiniment plus que nous nous l'imaginons, Il nous aime à la folie, et Il ne peut pas se faire à l'idée que nous allons rater la vie, que nous allons rater no­tre bonheur, bêtement, à cause de ce clinquant appa­rent du péché qui nous séduit et nous détourne de la vraie vie.

Non, Dieu ne prend pas plaisir à la mort de qui que ce soit, parce que Dieu est le Vivant : "Je suis le Dieu vivant ! Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive !" Parce que Dieu sait ce qu'est la vie, et Il sait que cela seul peut nous combler, Il veut que nous soyons des vivants, c'est-à-dire que nous soyons remplis par son amour et capables, à notre tour, de nous donner par amour.

Je crois qu'il faudrait que nous prenions ce temps du carême comme un temps où la voix de Dieu, l'appel de Dieu, cet appel passionné de Dieu à notre conversion se fait plus pressant, plus insistant. Il faut que nous prenions ce temps du carême comme un moment où nous nous laissons interpeller par Dieu, où nous voulons nous convertir, non pas d'abord pour obéir à une loi, mais pour que le cœur de Dieu qui nous aime puisse être pacifié par notre réponse, que ce cœur de Dieu ne souffre pas comme Il a souffert sur la croix à cause du refus des hommes, pour que Dieu puisse se réjouir, puisse trouver ne nous sa joie, pour que Dieu puisse être rempli de bonheur par notre propre bonheur, puisque son amour pour nous fait que, d'une certaine manière, nous faisons partie inté­grante du bonheur de Dieu. Alors ne laissons pas Dieu nous appeler en vain, ne laissons pas Dieu nous aimer en vain, écoutons cette parole d'amour que Dieu nous adresse et répondons-lui.

 

AMEN

 

 

 
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