AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA PATIENCE DE DIEU

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année C (14 février 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e temps du carême c'est le temps de la pa­tience de Dieu. C'est le temps où Dieu prend le temps de composer son désir de nous re­joindre et notre propre liberté. Nous sommes peut-être un peu comme Jacques et Jean. Nous voudrions que les choses finissent plus rapidement, que notre conversion soit plus radicale et plus brutale. Nous voudrions bien que le feu s'empare de nous, nous brûle et achève en nous cette longue et pénible ascen­sion vers Dieu.

Il est certain dans l'annonce de sa Passion que le Christ vient de faire aux apôtres, le drame qui commence à se nouer agite leur cœur et ils voudraient que les choses soient plus nettes, plus décidées, plus franches. Mais s'ils n'en comprennent pas le sens, c'est parce qu'ils en oublient le déroulement, la lente com­position nécessaire pour que l’homme, non pas de sa propre volonté mais de l'intérieur de son cœur, adhère au salut qui va lui être offert.

Quand nous commençons un carême nous pouvons avoir quelque désir de nous améliorer, de nous approcher davantage de Dieu. Mais en nous approchant davantage de Dieu comme le juste du prophète, nous nous heurtons toujours aux mêmes obstacles, aux mêmes épaisseurs et nous nous lassons de ne pas y arriver. Alors, nous préférons le découra­gement ou une certaine lassitude à l'amélioration de notre vie. Or il nous faudrait rester comme à la pointe, c'est-à-dire avec cette gêne parce que nous ne sommes pas parvenus au terme de notre vie, du pourquoi de notre vocation, mais qu'il nous faut rester là, en atten­dant patiemment que la grâce de Dieu se déroule en nous et nous enroule vers la vie éternelle. Il n'y aura pas de feu pour achever, en un seul brasier, de consumer tous nos péchés, mais il y a une vie, notre vie.

Et notre vie doit se dérouler selon son rythme propre, afin que chacun de ses éléments soit comme touché, mais doucement, patiemment par Dieu. C'est pour cela que le Christ tourne résolument son visage vers Jérusalem. C'est cette volonté, jamais démentie, qui, depuis Noé, a lié Dieu avec tout son peuple : "Ja­mais je ne reviendrai sur ma volonté et mon dessein de vous rejoindre" mais il faudra du temps, car il faut, pour chacun de nous ces minutes, ces heures, ces an­nées pour que, non plus de nous-même, mais par l'Es­prit qui s'agite en nous, nous avancions doucement comme un enfant réconcilié, vers le Père qui nous tend les bras.

Le temps du carême est une école de patience pour nous. Nous ne pouvons pas être impatients. Mais il nous faut rester au point même où nous avons mal, où nous faisons mal, car c'est là que le Christ, "tour­nant résolument son visage vers Jérusalem", vers nos fautes vers cette Jérusalem divisée, voit déjà une autre Jérusalem. En effet, le Christ n'est pas accueilli par les samaritains car les samaritains et les juifs s'opposaient sur le lieu du sacrifice. Dans l'esprit et les mots des samaritains, Jérusalem est le lieu du péché, mais Jésus voit déjà une autre Jérusalem, une autre épouse, puri­fiée, magnifiée. Il voit déjà en nous, non plus le cœur divisé de l'homme mais le cœur unifié par sa grâce. Et c'est pour cela qu'Il s'avance vers nous de façon réso­lue.

Certaines traductions nous disent : "durcissant son cœur" Jésus se tourne vers Jérusalem. Il ne s'agit pas d'une colère du Christ mais d'une façon de ne pas s'en tenir au désir fugace et illusoire des hommes qui voudraient que, par un feu, tout s'achève et tout s'ar­rête.

Mais il veut combiner, composer, épouser notre liberté. Nous avons à prendre conscience que ce n'est que dans notre propre liberté que Dieu pourra nous amener vers cette Jérusalem nouvelle. Ce n'est pas sans cette liberté, ce n'est pas par un miracle que nous irons vers Lui, mais c'est avec ce que nous sommes. Dieu ne veut pas composer la grâce, la vie nouvelle, sans nous. Il faut que nous y participions et que nous adhérions.

C'est pourquoi il y a ce long temps, c'est pourquoi il y a cette patience de Dieu qui, inlassable­ment, frappe à la porte de notre cœur et nous invite à faire le même chemin que Lui. Ne tombons pas dans l'illusion de vouloir que tout se raccourcisse, soit consumé dans un feu violent et déterminé. Nous sommes là pour nous convertir, pour convertir ce monde et y mettre notre propre pâte humaine qui ali­mentera, un jour, le feu éternel, ce feu dans lequel tout homme sera consumé et dans le lequel il verra la gloire de Dieu, à laquelle il est destiné.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public