AU FIL DES HOMELIES

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VERS JÉRUSALEM

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année B (23 février 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


 

Vallée de la Géhenne 

L

a décision de Jésus de s'avancer résolument vers Jérusalem est une décision de se soumettre à la loi des hommes, plus encore à cette lenteur qu'ont les choses, dans ce monde, de se dérouler et de se dénouer. C'est dire non pas que le Christ prend son temps, mais accepte de se soumettre complètement aux lois, à leur lenteur. Et ceci peut nous servir de leçon pour notre propre carême. Quarante jours que nous commençons, c'est un chemin finalement assez long dans lequel nous prenons l'habitude de penser qu'il "faut faire quelque chose" pour, nous aussi, avancer vers Jérusalem. Et puis, souvent nous l'oublions et nous oublions même les efforts que nous avions promis. Nous perdons patience parce que nous nous heurtons sans arrêt à la lenteur, à l'inertie des évènements qui s'opposent à notre avancée vers Jérusalem.

       Finalement, nous avons un peu tendance à réagir comme les apôtres, en demandant que tout s'arrête d'un coup, que dans le bouillonnement des difficultés, des médiocrités, des aigreurs qui peuvent venir à la surface de notre conscience, que tout s'arrête, que tout s'achève et qu'enfin nous nous convertissions une bonne foi pour toutes. C'est ainsi que nous pourrions dire comme les apôtres : "Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu du ciel de descendre et de les consumer ?" ce qui veut dire : "Seigneur, veux-tu que, par ta puissance, nous accélérions un peu les évènements, pour que nos difficultés d'aujourd'hui qui traînent en longueur et en lenteur, trouvent enfin leur fin et leur accomplissement, qu'elles dévoilent leur vérité, que nous sachions enfin où nous allons et que nous ne traînions pas sur ce chemin qui n'en finit pas de nous susciter à la fois un certain désespoir de ne pas arriver au but".

       Et le Christ ne peut répondre à cet ordre ou à ce désir, mais Il prend le temps de s'inscrire dans le temps même des hommes pour se soumettre à la Loi, au déroulement, à l'histoire et à son procès qui l'amènera finalement jusqu'à sa passion. Résolution et en même temps patience de Jésus dans la difficulté que les hommes ont de se convertir, c'est-à-dire de le refuser ou de l'accepter.

       Résolution et patience, deux mots qui peuvent nous servir à nous aussi, dans cette marche vers Jérusalem, dans cette ville choisie par Dieu pour y établir sa présence définitive et finalement pascale, par la Résurrection de son Fils. Résolution car nous avançons d'un pas sûr sur le chemin de la conversion. Et en même temps patience car il nous faudra certainement plus d'un carême pour avancer d'un pas, dans cette sainteté que nous désirons. Il nous faudra plus d'un carême et plus d'un chemin pour tenter de comprendre vers où nous allons, car il faut que notre liberté prenne le temps d'être imprégnée, lentement, comme d'une pluie qui revient sur une terre desséchée. Aux premières pluies, les terres trop desséchées ne peuvent saisir l'eau. Mais l'eau s'écoule entre les fissures de cette terre. De même, dans notre liberté, dans notre cœur trop desséché par le péché, il faudra nombre de pluies, des petites pluies et des grandes pluies, pour qu'il reprenne toute sa souplesse, toute sa vie sous la grâce du salut de Dieu. Le temps qui nous est donné est justement un temps de grâce dans lequel il nous faut apprendre cette patience, car c'est dans cette patience et par cette patience que Dieu veut nous sauver, doucement, mais tout entier.

       Alors, à la suite du Christ qui avance résolument vers Jérusalem mais qui en même temps se soumet à la lenteur de la conversion de chaque homme, avançons nous aussi résolument vers cette Pâque, et acceptons que cela prenne un certain temps.

       AMEN


 

 

 
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