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PATIENCE ET PITIÉ

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année C (23 février 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Patience, tout obtient !

 

F

rères et sœurs, la première lecture révèle ce qu'il y a de plus impitoyable dans le cœur de l'homme, non pas paradoxalement le péché, mais la capacité que nous avons à enfermer les autres dans leur péché. Dites toujours, dites toujours, vous savez comme dit l'adage qu'il restera toujours quelque chose des calomnies qu'on peut raconter sur le gens et le cœur de l'homme est ainsi fait, que nous avons plus de facilité à nous souvenir des péchés, des erreurs des autres, plutôt que de leurs bonnes actions.

Par-dessus cette petite réflexion, je voudrais en rajouter une deuxième, c'est que beaucoup de nos contemporains se plaignent de la religion, en disant que la religion et Dieu nous privent de notre propre liberté, et on ne se rend pas toujours compte que Dieu maintenant a été remplacé par un déterminisme social et scientifique extrêmement fort, puisque si vous êtes comme ça et pas autrement, c'est à cause de vos gènes ou à cause de l'environnement social qui est le vôtre. Le déterminisme scientifique et sociologique interdit à nos contemporains et à nous-mêmes, toute possibilité de changer. C'est dramatique.

Troisième réflexion. Comment Dieu peut-il changer ce que nous sommes, ou du moins nous inviter à changer ? Soit Dieu prend des moyens radicaux, des moyens de violence, soit il prend une autre route qui pourrait sembler aux yeux de l'homme, être une faiblesse et une incapacité à nous obliger à changer, Je crois que c'est cela qui est à la fois au cœur de la première lecture et aussi au cœur de l'évangile. Ce qui est très beau dans cet évangile que nous avons entendu, c'est ce paradoxe entre l'expression très rare que l'on trouve dans la Bible, on la trouve dans l'Ancien Testament une seule fois, et ensuite dans le passage que nous venons de lire : "Jésus durcit sa face". Généralement, nous, humains, quand nous durcissons notre face, c'est le moment qui précède un moment de violence. Malheureusement chez nous, la violence est véritablement la preuve de la faiblesse. Dieu quand il durcit sa face, ce n'est pas le moment qui précède un déchaînement de violence, vous l'avez entendu, il refuse à ses disciples la possibilité de réduire en cendres ce village samaritain, mais le durcissement du visage de Jésus prépare à autre chose.

C'est ce qu'il y a dans une oraison que j'aime énormément qui n'est pas proposée en temps du carême, mais au vingt-sixième dimanche du temps ordinaire, voici ce que dit cette oraison : "Dieu qui donne la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié". Autrement dit, la puissance de Dieu ne s'exerce pas par la violence, par la capacité qu'il aurait à nous faire changer à l'extérieur de nous-même, mais la preuve suprême de la puissance de Dieu, c'est la patience et la pitié.

Frères te sœurs, je crois que c'est cela à quoi nous sommes invités au temps du carême, à la fois par rapport à nous-même, et aussi par rapport aux autres. Nous sommes confrontés quelquefois à des situations où nous avons le sentiment que rien ne peut changer. Les autres ne peuvent pas changer, nous-même ne pouvons pas changer, et nous sommes tentés par deux extrêmes : la démission totale, ou la violence la plus extrême. Le Christ en durcissant notre visage, nous invite à ouvrir une autre route, à découvrir un chemin qui ne nous est pas fermé, c'est la patience et la pitié.

 

 

AMEN