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LA PUISSANCE DE DIEU FACE AU MAL

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (27 février 1996)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers les deux textes que nous venons d'entendre de l'Écriture, nous retrouvons un thème très typiquement pénitentiel et de conversion que l'on retrouve tout au long du texte biblique.

Le premier, vous l'avez entendu, c'est le texte d'Ezéchiel avec cette mise en cause d'une vieille ma­nière de penser dans l'Ancien Testament, qui est que lorsqu'un mal a été accompli, un péché a été accom­pli : ce mal et ce péché ont une sorte de solidité, de résistance qui fait qu'ils ne disparaissent pas. Et que d'une certaine manière, ce mal et ce péché s'incrustent non seulement dans le cœur du pécheur mais de géné­ration en génération dans toute sa descendance. Vous remarquerez que cette réflexion n'est pas aussi stupide qu'elle en a l'air à notre conscience moderne à pre­mière vue. En fait, le mal laisse toujours des traces et plus près de nous Voltaire disait et, c'est exactement cette conception-là : "Calomniez, Calomniez, il en restera toujours quelque chose". C'est le même pro­blème quand on a semé le mal, il laisse des traces, il laisse des blessures, il porte des coups qui durent. Et par conséquent dans l'Ancien Testament, on considé­rait que si le mal avait été fait, non seulement, il por­tait des coups sur ceux qui en avaient été les victimes mais c'était justice, il demeurait gravé dans le cœur de ceux qui en avaient été les auteurs. Si le mal avait fait du mal, il en avait fait partout. Et puisque ça durait chez ceux qui le subissent, c'était bien normal que ça dure aussi chez ceux qui l'organisent.

Ezéchiel s'inscrit en faux contre cette conception. Il dit : "Si quelqu'un a fait du mal et qu'il se convertisse et bien à ce moment-là, il devient juste. Et en revanche, si quelqu'un a fait du bien mais qu'il tombe et bien, parce qu'il est tombé, il n'y a pas une espèce de justice conservée dans du formol qui lui permettrait d'acquérir une sorte d'immunité, sinon parlementaire du moins spirituelle, qui ferait qu'il ne porte pas les coups de son péché".

Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que désormais Dieu fait savoir à son peuple par le ministère de son prophète que les traces du mal sont liées à l'histoire de la liberté individuelle de chacun d'entre nous Cela nous paraît évident aujourd'hui mais c'est un rude progrès dans l'histoire de l'humanité. C'est le fait que Dieu est capable d'arrêter le mal. Dieu ne sera plus, comme une certaine mentalité le lui at­tribuait, le garant de la continuité des effets du mal. Dieu sera désormais celui qui est capable de changer le cœur de l'homme pour que le mal ne soit plus irré­médiable. Et donc c'est pour cela qu'on lit ce texte au moment du carême. C'est pour nous dire d'une cer­taine manière que la conversion n'est jamais vaine. La conversion ouvre réellement un chemin nouveau vers Dieu. Là, où une certaine mentalité pensait qu'à partir du moment où 1'homme avait pris la mauvaise voie, il était sur la mauvaise voie et qu'il n'avait pas d'aiguil­lage pour se raccrocher et bien Dieu dit : "En réalité, l'aiguillage pour changer de direction est permanent" et par conséquent l'homme n'est pas irrémédiablement perdu. C'est donc le lien de la liberté, de l'espérance et du salut qui vient contrecarrer ce qui est l'économie du mal.

C'est la raison pour laquelle Jésus au moment où Il monte vers Jérusalem tourne résolument son visage vers cette ville. Là encore, ce texte est mysté­rieux car littéralement, il faudrait dire : Jésus durcit son visage comme de la pierre. Et ce mot, cette ex­pression qui nous paraît très bizarre renvoie à un chant du serviteur souffrant dans Isaïe où précisément le serviteur souffrant qui est une figure du Christ dit de lui-même : "J'ai durci mon visage face aux outra­ges et aux crachats". Et bien c'est la même chose. C'est le fait que Dieu ne cède pas devant le pouvoir du mal. Quand Jésus durcit son visage vers Jérusalem. Il vient, comme nous l'avons entendu, d'annoncer sa Passion : "Le Fils de l'homme va être livré aux hom­mes". Et pourtant, face au mal, Il ne cède pas et pour­quoi ? Parce qu'il sait que le pouvoir du mal n'est pas irrémédiable. Et c'est cela le sens de l'expression au moment où Jésus vient de dire: "Le Fils de l'homme va être livré à toutes sortes de maux et de souffran­ces". En réalité, le Fils de l'homme quand même, dur­cit son visage c'est -à-dire que son visage, sa face résistera à l'assaut du mal.

A travers simplement ces deux textes, nous avons une grande espérance. Une grande espérance, non seulement pour nous, mais aussi pour l'histoire de l'humanité. C'est un peu un lieu commun aujourd'hui surtout dans une période un peu morose comme la nôtre que de penser que de toute façon ça va toujours de mal en pis, que les choses ne s'améliorent jamais. C'est peut-être vrai si on lit son journal mais cela n'est pas vrai si on croit à l'évangile. Parce que si on croit à l'évangile, on croit précisément que le pouvoir du mal n'est pas irrémédiable et si nous célébrons le temps du carême c'est pour manifester cette puissance du visage de Dieu qui se durcit face au mal non pas dans une sorte de raideur pour tenir coûte que coûte mais clans cette force et cette puissance de l'amour de Dieu qui seul est capable de vaincre le mal.

 

 

AMEN