AU FIL DES HOMELIES

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CULPABILITÉ ET SOLIDARITÉ

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (19 février 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e mot de faute ou de péché peut évoquer chez nous toujours un sentiment de culpabilité, surtout quand nous l'entendons comme l'entendent les enfants. Quand on reproche à un enfant d'avoir commis telle ou telle chose, il se sent coupable et sa culpabilité se double d'une sorte de paralysie, l'enfant ne sait plus très bien comment se défaire de ce sentiment de culpabilité, et il attend de son père ou de sa mère qu'on l'en délivre, comme si la culpabilité était un sorte de filet, de carcan dans lequel on se trouve emprisonné, et il faut que quelqu'un vienne nous dire : tu as fait une faute, mais je t'aime quand même et tu peux continuer à être mon fils. Et la culpabilité effectivement, a comme effet premier de nous enfermer, de nous paralyser, et de nous sentir comme un enfant pris en flagrant délit, c'est pourquoi souvent, nous passons notre temps à refuser de reconnaître quels sont nos torts. Nous commençons par analyser avec beaucoup de lucidité et d'intelligence les torts des autres qui sont évidemment beaucoup plus clairs que les nôtres, et puis éventuellement, après, sous la torture, nous acceptons de reconnaître les nôtres.

De fait, il faut entendre cette défense, cette résistance que nous opposons à nous reconnaître coupables, parce qu'au fond, nous nous sentons mourir à une relation à nous-mêmes, à une relation avec les autres, et à une relation avec Dieu. Nous vivons exactement ce qu'est la faute et le péché. Nous le vivons comme une rupture, comme une chute et un échec de la vie. C'est pour cela qu'il est très difficile de manier ces mots-là dans le temps du Carême, et pourtant, nous en avons le devoir. Et l'Eglise ajoute un peu à cette sauce de la culpabilité en nous disant : tu es responsable pleinement de tes fautes, mais en plus, nous sommes tous responsables des fautes les uns des autres. Il y a une solidarité profonde comme des vases communicants qui fonctionnent à la fois positivement et négativement entre nous, autant le bien que certains font, tout le monde peut en bénéficier, mais le mal, c'est la même chose. Alors, non seulement nous sommes coupables, mais nous sommes responsables et en plus, nous sommes responsables tous ensemble et nous ne pourrons pas aller au ciel les uns sans les autres. Vous connaissez cette histoire que racontait un Père du désert : des anges tirent des pécheurs, ils sont toute une grappe de pécheurs accrochés les uns aux autres, l'ange tire très fort toute cette grappe, et puis, le dernier qui bat des pieds pour faire se détacher celui qui est en-dessous, il tombe, et les autres battent de plus en plus des pieds, et l'ange se trouve tout seul à remonter, dans ce cas-là l'ascenseur s'arrête, parce que celui-là à l'inverse des ascenseurs de notre monde, fonctionne à l'envers, plus il est lourd, plus il monte vite. C'est cela la solidarité.

Mais évidemment, quand nous réfléchissons ainsi, vous allez sortir d'ici en vous sentant encore plus coupables que quand vous êtes rentrés, je ne sais pas si vous étiez en forme, mais là vous allez vraiment être de mauvaise humeur toute l'après-midi, puisque vous êtes responsables les uns des autres, et vous allez donc accuser les autres de vous détacher de la grappe des pécheurs. Mais le problème, c'est que l'ascenseur c'est le Christ qui le tient. Nous sommes coupables, nous sommes responsables, mais il y a Quelqu'un qui est venu ouvrir le chemin de l'ascenseur, définitivement, c'est le Christ. Nous ne sommes pas seuls dans cette histoire, nous n'avons pas à rendre compte seuls, nous avons à recevoir l'énergie, la force, la grâce que Dieu donne. Et notre demande n'est pas d'emblée de nous déculpabiliser, mais elle est comme un à-côté de retourner vers Dieu, quoi qu'il arrive. Au fond, quand nous pensons amélioration de notre vie spirituelle, psychologique, nous voudrions bien travailler la matière première du péché. Mais en fait, il y a une sorte de résistance et d'inertie propre à nos péchés vous le savez comme moi, et plus on est vieux, plus on le sait, c'est marqué dans l'évangile d'ailleurs, il y a une sorte de résistance, car le vieil homme n'arrête pas de tenir. Le problème n'est pas de contrer de front ses péchés, le problème c'est l'exercice de la réception de la grâce, c'est la relation à Dieu.

Ce n'est pas très gratifiant, parce qu'on voudrait bien aller mieux pour aller vers Dieu. Mais il faut aller vers Dieu quand même quand on ne va pas bien. Et le Carême nous invite à faire cela en notre nom et au nom de tous les autres. C'est là où l'affaire non pas, se complique, mais s'amplifie, se symphonise. Nous sommes là pour Dieu, au nom du Salut du monde. Et l'action que nous menons, ce n'est pas un travail d'un jardin secret, c'est le moment que nous prenons au nom des autres, de faire pénitence, et de demander à Dieu pardon, de demander la grâce de Dieu pour le monde dans lequel nous sommes. En cela nous sommes des princes de l'ambassade du pardon. Cela nous honore, cela ne nous déculpabilise pas, mais cela nous donne une mission, mission secrète, cachée, spirituelle, nous sommes là pour le monde entier, pour le Salut du monde.

 

 

AMEN

 

 
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