AU FIL DES HOMELIES

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Ezéchiel 18, 21-28 + 30-32 ; Luc 9, 43 b-45 + 51-56

Mardi de la première semaine de carême – B

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

a résolution n'est pas la résignation et il n'y a pas dans la personne du Christ une sorte de complaisance avec les souffrances qui vont être celles de sa Passion, aucune complicité intérieure. L'Église dans son histoire humaine n'est pas exempte des fautes d'avoir cru qu'il y avait une certaine autori­sation à souffrir afin de mériter le ciel. Rien n'est plus faux. Cet évangile contredit cette affirmation décou­lant d'une lecture trop psychologique du texte. Jésus voit comme à l'avance le dépassement de cette souf­france, Il en prend le sens. Elle n'est autorisée que lorsqu'elle donne un sens, elle est simplement autori­sée comme un moment. L'épreuve, la souffrance et la douleur ne sont pas un lieu nécessaire, mais sont pro­posées comme une traversée. Quand Jésus tourne résolument, et non pas avec résignation, son visage vers Jérusalem, ce n'est pas seulement pour s'offrir à souffrir, mais c'est pour voir en cette ville de Jérusa­lem et la Passion et la Résurrection comme un seul événement, comme un moteur, comme un mouve­ment. Et ce mouvement, c'est sa respiration, c'est la manière dont par sa Passion, Résurrection Il accom­pagne chacun de nos gestes. Nous penchons du côté de la mort, et Lui relève du côté de la vie. C'est une sorte d'accompagnement permanent que le Christ nous propose et qui est de retourner ce qui fait la mort. On ne va pas attendre Pâques pour en compren­dre le sens, la manière dont Il est à côté, la manière dont nous devons découvrir cet "à côté" de nous, puisqu'Il est à côté de nous. Mets déjà en place ce mouvement permanent de renversement, de transfor­mation, ne reste pas attaché à ton épreuve, à ta vie humaine, à ta souffrance qui s'y est accolée, mais vois, et regarde et contemple comme à l'avance, non pas la promesse (cela rappelle trop cette question des mérites), mais la vie qui déjà, sourd derrière, la source d'eau vive.

Le carême c'est l'apprentissage de l'espérance, ce n'est pas une longue traversée pénible, de toute façon, nous allons recompter nos échecs, c'est classi­que, chaque année nous faisons pareil, mais c'est d'introduire déjà ce printemps, ce renouvellement, cette énergie, cette sève que le Christ veut mêler à notre sang vicié. C'est ainsi.

Dans le psaume que nous avons en partie chanté au graduel, c'est un très beau psaume, vous avez entendu ce malheureux, le psalmiste, qui effecti­vement se plaint et va discerner au fond de lui comme une source d'espérance paradoxale, dont il n'ose pas tellement dire le nom (vous savez comme on est tou­jours un peu superstitieux, quand on dit trop vite le bien, on a l'impression qu'il va s'en aller), mais il y a comme quelqu'un qui fait une esquisse sur la toile intérieure de sa vie, de celui qui va être le Sauveur.

Et notre vie est souvent le moment de l'es­quisse, du dessin qu'on jette, comme dans prière, de temps en temps, on jette un morceau de visage qui est le visage de l'autre, et donc du Christ, (qui m'ac­cueille, accueille Celui qui m'a envoyé), qui transpa­raît. J'aime beaucoup l'idée de la photographie lorsque apparaît sur le négatif le visage attendu. Notre vie est ce négatif sur lequel se dessine progressivement. A nous de prêter nos mains, nos cœurs, nos voix, notre vie à dessiner Celui qui nous attend, qui nous a même devancé, et qui nous accompagnera par-delà la Jéru­salem en la vie nouvelle qui est la vie de tous les en­fants de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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