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LA PAROLE, UNE PRÉSENCE QUI NOUS ACCOMPAGNE

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (15 février 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l y a au moins trois formes de surdité. La première, c'est la plus classique, c'est de ne pas vouloir entendre : tu parles, mais je n'entends pas. La deuxième, plus sournoise encore, c'est : je crois t'avoir entendu, mais en fait, je n'ai pas écouté. Et la troisième qui est la plus compliquée c'est : je ne peux pas entendre ce que tu dis, mon esprit est trop petit, mes oreilles sont trop encombrées, et ta Parole est trop grande et trop magnifique. Ce qui fait que dans l'idéologie de la communication dans laquelle nous sommes à notre époque où il faut parler pour pouvoir se faire entendre, je ne suis pas sûr que ce soit simplement cette consigne-là qui suffise. Il ne s'agit pas de parler et de communiquer pour que les choses soient dites et entendues et reçues.

Il y a tant de manières de détourner cette parole de l'autre, celle que j'ai exprimé, de croire qu'on les a entendues, et puis aussi de ne pas pouvoir les recevoir. Et de fait, la parole du Fils de l'Homme qui doit être livré aux mains des hommes, est dite simplement aux apôtres et il est ajouté dans l'évangile "qu'ils ne comprenaient pas cette parole, elle leur demeurait cachée pour qu'il n'en saisissent pas le sens, et ils craignaient de l'interroger sur cette parole". Ce qui est annoncé ici, c'est que cette Parole est dite, le Christ a voulu leur dire, il a voulu qu'elle résonne comme à l'avance, qu'ils ne puissent pas en saisir toute la portée et de plus, qu'elle suscite un effroi. Mais elle est dite ! Cette Parole inaugure une compréhension future. Elle est comme l'introduction à un dévoilement qui ne pourra être progressif et d'ailleurs même à Pâques, cela ne suffira pas de voir le Christ en croix, il faudra non seulement son départ, son absence, mais la Pentecôte, c'est-à-dire la venue de l'Esprit qui permet de comprendre pleinement cette Parole qui avait été dite avant la Pâque. Il en est de cette manière de comprendre la Parole pour les apôtres, comme pour nous. C'est vrai qu'à un moment donné, nous pouvons avoir l'impression d'avoir rencontré la Parole. Mais cette rencontre a été inaugurée il y a peut-être bien longtemps, à un moment donné où elle a frappé à nos oreilles, de telle manière que nos oreilles pouvaient en entendre le bruit, mais sans en comprendre encore le sens.

C'est pour cela que ce n'est pas immédiat, et nous n'avons pas à nous précipiter dans une sorte de compréhension. Le Christ sait nous parler, et sait ce que nous pouvons en entendre, et Il respecte une sorte de progression dans la manière dont nous entendons, recevons, puis ensuite, que cette Parole prenne chair en nous. Car l'enjeu de ce respect de nos surdités, est la manière dont cette Parole prend chair, progressivement, inonde, éclaire et anime notre vie. Il vient un moment où certains des textes de la Parole, que nous avons fréquentée, que nous avons contournée, deviennent tout à coup comme des personnes vivantes. Je ne sais pas ce qu'il en a été pour vous du dimanche de la tentation. Je célébrais dans une autre ville de France, et en entendant ce récit, maintes fois dit, maintes fois écouté, à un moment donné, l'ensemble du texte devient comme une personne vivante qui m'a accompagné depuis tant d'années et dont je prends conscience de sa présence

 

C'est cette expérience de la présence de la Parole qui nous fait découvrir qu'elle est une personne vivante, qu'elle est venue pour nos vies, pour nous ouvrir au Père vers lequel nos yeux se dirigent.

 

AMEN