AU FIL DES HOMELIES

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JUSTICE DE DIEU, JUSTICE DES HOMMES

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année B (7 mars 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

N

ous pourrions mettre comme titre commun à la première lecture et à l’évangile de ce jour : justice des hommes, justice de Dieu. La justice selon les hommes qui est vue d’une manière assez particulière par les apôtres, puisque cette justice constituerait à figer le méchant dans le feu des flammes descendant du ciel. La justice selon Israël dans la première lecture consistant à considérer le pécheur comme un pécheur éternel, et à considérer le juste comme un juste éternel. Comme si tout était écrit par avance, comme si le pécheur ne pouvait que répéter toujours les mêmes gestes et comme si le juste, lui, ne pouvait jamais tomber. Cela, c’est la justice des hommes, le désir de juger en pensant que nous avons à juger l’autre dans ce qu’il est de plus beau ou de plus moche. Il y a aussi cette particularité de la part d’Israël, et aussi à la fois de la part des apôtres, de convoquer Dieu dans ce jugement, car enfin, que ce soit dans la première lecture ou dans l’évangile, tous ces braves gens veulent convoquer Dieu en voulant juger selon Dieu. Dans les deux cas, Dieu résiste au jugement des hommes se substituant à Dieu, en disant : non, vous, Israël, je ne jugerai pas selon vos modalités, et vous mes apôtres, Jean, Jacques, je ne jugerai pas ce village qui a refusé de nous accueillir. Dieu refuse de tomber le piège du jugement des hommes.

Quel est donc le jugement de Dieu ? Si le jugement de l’homme consiste à figer l’homme dans son état, le jugement de Dieu consiste au contraire, à libérer l’homme de son état. Nous considérons trop la justice ou le péché comme un état dans lequel nous restons, et nous considérons trop que la justice s’achète comme si nous achetions la justice de Dieu comme on achète un château, un beau manoir, et une fois que nous sommes installés dans la justice et dans une vie chrétienne bien comme il faut, rien ne changera. Je crois que quand on fait l’expérience un tant soit peu de la justice de Dieu dans notre vie spirituelle, nous touchons à deux choses. La première chose, c’est que nous touchons à cette grande fragilité, et je crois que celui qui est véritablement juste, même au moment où il vit cette expérience de justice, touche à cette grande fragilité et au fait que cette justice ne lui appartient pas.

La deuxième chose, c’est que quand nous touchons un tant soit peu à cette justice de Dieu, nous découvrons que Dieu ne veut pas nous laisser dans cet état de justice mais veut nous emmener plus loin. Nous touchons à ce moment-là l’exigence de l’amour qui n’est pas du tout un état, mais quelque chose qui est toujours en devenir. C’est le cas pour la justice toujours en devenir, mais c’est aussi le cas du péché, toujours en devenir. La Seigneur est celui pour qui la vie de tout homme n’est jamais quelque chose d’écrit pour l’éternité, mais qui peut à chaque instant changer.

Je trouve assez intéressant, et je voudrais relier l’évangile d’aujourd’hui avec un texte que nous lirons dans quelques semaines, après Pâques, après le feu de Pâques, après la résurrection du Christ, quand nous lirons les Actes des Apôtres. Effectivement, nous avons ici le cas de braves gens qui pensent se substituer à la justice de Dieu et à juger ce village pécheur de ne pas avoir reconnu le Messie dans la personne de Jésus. Peut-être que ce village n’accueille pas Jésus, mais ce n’est pas ce village qui va faire mourir Jésus, c’est Jérusalem. Nous avons ici cette opposition entre la Judée, Jérusalem d’un côté, ceux qui pensent avoir la vérité révélée, et d’autre part la Samarie, le lieu de toutes les débauches, l’étranger, celui qui ne comprend rien, etc … Ce qui est très beau, c’est que dans quelques semaines, avec les Actes des apôtres, à la fois la mort du Christ à Jérusalem d’une part, et d’autre part la lapidation d’Etienne, va s’ouvrir une autre évangélisation, l’évangélisation de la Samarie. C’est très beau, parce que ces deux entités qui ne devraient former qu’un seul peuple, vont se retrouver, retrouver leur identité de peuple unique à travers la mort et la résurrection de Jésus et aussi la mort d’Etienne.

Nous avons certainement à méditer sur les rapports que nous pouvons avoir, comme Israël et la Samarie, ces rapports de force où nous jugeons trop facilement le péché de l’autre suivant notre propre justice. Je voudrais terminer en faisant allusion à ce que le Frère Jean-Philippe nous a dit le soir du mercredi des Cendres : porter le péché des autres. J’ai envie de continuer ce midi, au-delà simplement du "porter le péché de l’autre", parce que cela pourrait être un peu facile de dire évidemment, mon frère, c’est un pécheur, et ce n’est qu’un pécheur, il faut bien que je porte ses péchés, mais j’ai envie de continuer et de dire, non seulement porter le péché des autres, mais à l’instar de Dieu, ouvrir la porte de mon frère. Non pas le juger et l’enfermer dans son péché, mais dans l’acte même de porter son péché, même s’il n’y a que le Christ qui soit capable de porter le péché, si je décide de porter ce péché pour l’en libérer et pour montrer à mon frère que sa vie ne se résume pas à ce péché qui l’enferme, mais où rien n’est écrit par avance, mais que quand le Christ veut la vie du pécheur, que nous aussi nous voulons que notre frère et que notre sœur vive non pas selon le péché, mais selon la vie de Dieu.

Frères et sœurs, au cours de ce carême, que nous sachions ouvrir une porte de sortie à nos frères, mieux, une porte d’entrée pour le Royaume de Dieu.

 

 

AMEN

 

 

 
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