AU FIL DES HOMELIES

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LE CHOIX SANS CONDITION

Ez 18, 21-28+30-32 ; Lc 9, 43 b-45+51-56
Mardi de la première semaine de carême - année A (12 février 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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rères et sœurs, il y a trois parties dans cette page d'évangile que nous venons d'entendre, mais toutes concernent ce temps de carême dans lequel nous sommes entrés depuis sept jours maintenant.

Tout d'abord alors que tout le monde est dans l'admiration pour les œuvres qu'accomplit Jésus, les guérisons, les miracles, Jésus prend ses disciples et leur annonce qu'il doit mourir, qu'il doit être livré aux mains des hommes. Même s'ils ne comprennent pas encore la signification de ces paroles, il y a comme un voile qui tombe sur cet enthousiasme des foules. Jésus sait à quoi s'en tenir, il sait que l'enthousiasme des foules est passager et qu'à la première difficulté elles laisseront place au refus et au rejet.

La deuxième partie de cette page d'évangile rapporte le fait qu'à deux reprises, Jésus va morigéner l'apôtre Jean, celui qui sera l'apôtre de l'amour et qui a appris sans doute au contact de Jésus, à préférer l'amour à la violence, car Jean prend une position violente. Il veut empêcher un homme qui au nom de Jésus expulse les démons sous prétexte qu'il ne suit pas Jésus, qu'il ne marche pas avec lui. Jésus le reprend et lui dit : "Qui n'est pas contre nous est pour nous". Autrement dit, même quelqu'un qui ne fait pas partie du groupe des disciples s'il agit au nom du Christ, il est pour le Christ. Ensuite, Jean demande à Jésus de faire tomber le feu du ciel sur un groupe de samaritains qui n'avaient pas voulu recevoir les apôtres.

La troisième partie de cette page présente trois faits divers encore. Trois fois, des hommes envisagent de suivre Jésus et Jésus leur demande explicitement de le suivre. Mais, le premier qui spontanément voulait suivre Jésus reçoit cette parole : fais attention, même les renards ont des tanières, tous les êtres dans la nature ont de quoi s'abriter et reposer la tête, mais le Fils de l'Homme n'a pas où reposer la tête, si tu veux me suivre, il faut donc accepter d'être en butte aux dangers, aux difficultés sans avoir de garantie. Le deuxième dit à Jésus : je vais te suivre, mais permets-moi d'abord d'aller enterrer mon père. Là, la parole de Jésus est très dure : laisse les morts enterrer les morts, pour toi, va annoncer le Royaume. Il veut dire que l'urgence de l'annonce du Royaume est telle que nous n'avons même pas le loisir d'accomplir les œuvres pourtant les plus légitimes comme d'aller enterrer son père. Evidemment Jésus là, pousse à l'excès sa demande comme il l'a fait dans le sermon sur la montagne, mais c'est pour montrer que notre union avec Dieu, avec Jésus n'est pas mesurée par un plus ou un moins. Ce n'est pas suivre Jésus jusqu'à un certain point et au-delà on s'arrête. Si on veut suivre Jésus, c'est sans conditions et cela passe avant tout, même les choses les plus légitimes. C'est ce qu'il répond aussi au troisième qui lui dit : je te suivrai, mais permets-moi d'abord de prendre congé des miens. Jésus lui dit : si tu as mis la main à la charrue pour labourer un champ, ne regarde pas en arrière, sinon tu ne peux pas entrer dans le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu là encore n'est pas quelque chose qui fait partie des différents projets et obligations, des activités que nous nous sommes proposés. C'est tout, Dieu c'est tout ou rien.

Ces trois séries de textes nous invitent toutes à entrer dans ce temps du carême. Marcher à la suite du Christ c'est accepter que toute notre vie soit remise en question, même ce qu'il y a dans notre vie de plus légitime. Tout doit être repensé à la lumière de l'appel de Jésus. Vous me direz : c'est trop dur, c'est trop difficile, peut-être. C'est pourquoi le Christ est aussi plein de miséricorde, et même ceux qui ne le suivent pas mais qui se réclament de son nom d'une manière un peu simplifiée ou pas tout à fait conforme à la Loi de la suite de Jésus, même ceux-là, Jésus veut les laisser parler en son nom et il proclame qu'ils sont pour lui parce qu'ils ne sont pas contre lui. Même ceux qui s'opposent, comme les samaritains, à la démarche de Jésus, même ceux-là il ne faut pas répondre à leur rejet, à leur refus, par une violence. Jésus est contre toute vengeance, toute réciprocité. Il est contre toute manière de nous délivrer des autres par la force et la violence.

Nous marchons avec Jésus dans sa miséricorde qui est une exigence telle qu'elle va remettre en question toute notre vie et qu'elle pourra nous conduire d'une manière ou d'une autre à partager la Passion du Christ, puisqu'Il a tout donné pour nous sauver et qu'Il nous invite à venir avec lui en donnant tout pour être sauvé avec lui et pour sauver les autres.

 

AMEN

 

 

 

 
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