AU FIL DES HOMELIES

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LA CONTAGION DE LA CONVERSION

Jon 3, 1-10

(13 février 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et sœurs, ce n'est pas fréquent que le petit livre de Jonas et cette figure un peu amusante du prophète Jonas soit donnée à la méditation des chrétiens dans la liturgie. Cela arrive quelquefois pendant le temps du carême et aujourd'hui, c'est le cas. 

J'aimerais simplement attirer votre attention sur un détail qui serait du bon usage du livre de Jonas pendant le carême. En effet, vous le savez sans doute, ce petit livre, quatre chapitre, trois pages en gros dans une Bible, est une sorte de roman, une œuvre d'imagination qui est à la limite de l'humour. C'est presque une livre drôle, et c'est très rare dans la Bible, dans lequel l'auteur s'est plus à démultiplier un certain nombre de péripéties pour faire une sorte de caricature du prophète et du peuple d'Israël comme prophète. Au fond, j'aurais plutôt tendance à penser que le livre de Jonas jouait dans la tradition juive tardive, un peu le rôle de nos bandes dessinées, c'est-à-dire un récit facile à lire, mais à la différence des bandes dessinées plein d'enseignement spirituel. 

       Si vous relisez le livre de Jonas ce que je vous invite à faire, c'est très simple, vous en avez à peine pour une demi-heure, c'est une excellente détente le soir avant de s'endormir, c'est comme un petit article de journal, et vous verrez que ce livre est construit comme une partie de tennis. C'est sans arrêt un des partenaires qui sert les services à l'autre. Généralement, l'autre les attrape plus ou moins bien et il faut recommencer la mise toujours à zéro, il faut toujours renvoyer la balle. La balle qu'est-ce que c'est ? C'est l'appel à la conversion. Je ne veux pas vous raconter tout le livre de Jonas, mais le premier qui lance l'appel, le premier service, c'est Dieu qui l'envoie à Jonas parce qu'Il envoie Jonas dans la grande ville de l'époque, on dirait aujourd'hui une mégapole, c'est New York, c'est Rio de Janeiro, et Il l'envoie pour appeler à la conversion. Or, précisément le suspens c'est que Jonas lui-même refuse de se convertir à l'appel de Dieu. C'est le prophète qui devrait normalement annoncer la miséricorde et la conversion et qui refuse l'obéissance et la conversion à la Parole de Dieu. Dieu est obligé de faire un deuxième service. Celui-là, c'est quand Jonas s'enfuit pour ne plus avoir à écouter Dieu, il s'enfuit dans la direction opposée. Ninive est à l'est et Jonas s'enfuit à l'ouest sur la Méditerranée. Dieu le rattrape par une histoire invraisemblable : une tempête. Jonas avoue qu'il ne s'est pas converti et les matelots avec une certaine rudesse lui disent : si tu ne t'es pas converti, nous, on va te convertir pour changer l'attitude de Dieu parce que sinon nous allons tous périr dans le bateau. Ils envoient Jonas par-dessus bord. 

       Troisième service, Dieu récupère Jonas comme si Dieu lui-même se repentait et se convertissait, Il le fait avaler par le monstre pour le ramener en sécurité sur la terre ferme pour qu'enfin Jonas fasse un premier pas dans la conversion. Ensuite, c'est l'épisode que nous avons lu tout à l'heure, Jonas arrive à Ninive et là, il prêche la conversion. Chose extraordinaire, c'est en cascade, il prêche dans les rues et cela remonte d'étage en étage jusqu'au roi qui ensuite répercute la conversion et la fait redescendre d'étage en étage jusqu'aux bêtes. 

       Ici c'est le cœur même de la partie de tennis : de partout on se renvoie l'appel à la conversion  Jonas qui n'est pas content que les gens se convertissent. A la fin, il se plaint à Dieu : c'est incroyable, ce sont des païens, en fait tu es revenu, car en fait Dieu s'est converti lui-même, Il a reconnu que les Ninivites faisaient pénitence et il les épargne, et Jonas est furieux, il dit : j'ai fait un travail incroyable et finalement ils se convertissent alors que je devais leur annoncer le jugement de ta colère, et moi-même j'essaie de trouver un abri au désert sous un petit arbre et tu l'as desséché cette nuit. Dieu lui dit alors : il faut que toi finalement tu te convertisses toi aussi. Si tu veux te convertir, contemple l'exemple de ma miséricorde. 

       Ce petit livre est absolument extraordinaire, c'est l'histoire de la conversion contagieuse. Dieu lui-même qui change et qu'il a pitié des Ninivites alors que le récit les présente comme d'infâmes personnages qui faisaient toutes le mal à qui mieux mieux, et ici, Dieu change d'avis, Dieu devient miséricordieux pour les Ninivites, alors qu'apparemment ils ne le méritaient pas. Les Ninivites se convertissent à la parole de Jonas et finalement, le dernier des derniers Jonas, se convertit à la demande de Dieu en voyant l'exemple des Ninivites. 

       Je crois que c'est le sens du carême. C'est la conversion interactive. Chacun d'entre nous par sa propre conversion renvoie la  balle à son frère, l'inspire dans sa démarche de conversion et l'autre nous renvoie à notre tour une image de miséricorde et de conversion et nous sommes invités à nous convertir. C'est le  jeu même de la communion des saints dans l'histoire de la conversion. C'est pour cela que l'Église est toujours un peuple en état de pénitence parce que tous, les uns les autres, nous avons, et plus spécialement dans ce temps de carême, à être les uns pour les autres des appels à la conversion. 

 

       AMEN 

 

 

 
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