AU FIL DES HOMELIES

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LE SIGNE DE LA PAROLE DE DIEU

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année A (20 février 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

e temps du Carême à l'invitation même de l'évangile, et d'autres évangiles que nous lirons encore, est une invitation à lire des signes. Aujourd'hui, le signe qui nous est donné est le signe de Jonas. Encore faut-il bien le lire.

Le signe de Jonas, c'est l'histoire d'un prophète qui est avalé par le monstre marin, qui est régurgité, pour obéir à la Parole de Dieu, celle qui consiste à aller prêcher aux Ninivites dont Jonas avait peur. Au fond, l'histoire de Jonas ne dépasse pas un cadre bien précis, celui de la mission d'un prophète, mission à laquelle il se dérobe, mission que Dieu par miséricorde lui impose tout de même par un moyen un peu bizarre, celui de séjourner trois jours et trois nuits au fond d'un estomac de baleine, d'accomplir quand même, et finalement, mission réussie. Le signe de Jonas, c'est le signe du succès de la parole de Dieu, malgré le prophète, malgré le porteur. Jonas est indigne de sa mission puisqu'il fuit, il a peur. Et finalement, Jonas est amené à reconnaître la puissance de la Parole de Dieu qu'il porte, parce que cette Parole, et non pas Jonas qui prêche toujours avec la peur au ventre, c'est cette Parole qui convertit les Ninivites. Le signe de Jonas est un hommage à la puissance de la Parole de Dieu.

       Dans le cas de Jésus, ce n'est pas exactement la même chose, puisque Jésus n'a pas peur d'annoncer la Parole, Il est la Parole. Jésus n'a pas peur d'aller dans le tombeau, Il est la Vie. Et le pire de tout, c'est que la Parole échoue puisqu'on ne se convertit pas, cette génération ne se convertit pas. Autrement dit, le signe de Jonas est pour le moins paradoxal. C'est le fait que dans l'Ancienne Alliance avec des prophètes de mauvaise qualité, la Parole réussit auprès des païens, et dans la Nouvelle Alliance, avec un super-prophète, qui est Jésus-Christ, la Parole échoue, là où même où elle devrait réussir, c'est-à-dire dans le peuple même qui est appelé à écouter cette Parole. C'est pour cela que Jésus peut dire à la fin, effectivement, les païens vous jugeront, puisque eux, ils ont été touchés par la Parole, portée par un messager indigne, alors que vous, vous recevez Celui qui est identiquement le messager et la Parole, vous n'y croyez pas.

       Vous comprenez que par-delà les auditeurs immédiats de Jésus, c'est de nous-mêmes qu'il est question. C'est vrai que de temps en temps nous pouvons nous poser des questions sur la qualité des messagers. C'est vrai que comme le disait Maritain, le personnel de l'Église n'est pas toujours identique à l'Église, et de temps à autre ce personnel n'est pas tout à fait à la hauteur du standing de la Parole qu'il annonce. Mais le problème n'est pas là. Le problème c'est qu'à travers cette annonce, nous ne sommes plus confrontés simplement au messager d'une parole, mais nous sommes confrontés à la Parole elle-même. Et maintenant, le grand risque, c'est de ne pas vouloir écouter la Parole sous prétexte quelle n'est pas servie dans des plats en argent. Au fond, Jésus veut nous dire maintenant à travers le signe de Jonas, quelque chose de bien plus terrible que ce qui s'était passé pour les Ninivites, eux, avec un service insuffisant, avaient discerné la présence de la Parole, et nous, nous risquons toujours de méconnaître la qualité et la nouveauté de la Parole qui nous est offerte. C'est pour cela que je crois qu'on peut dire que pour nous aussi les Ninivites seront peut-être là à nous montrer du doigt au jour du jugement, parce qu'ils nous diront : vous avez reçu une meilleure Parole que nous, nous, on s'est converti dans le sac et la cendre, et vous, que faites-vous ?

       AMEN

 
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