AU FIL DES HOMELIES

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SIGNE DE JONAS OU DES NINIVITES

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année C (15 février 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Moissac : Le prophète Jonas 

J

e ne sais pas si vous serez de mon avis, mais je trouve que Jonas est un usurpateur. En effet, tout se passe comme s'il avait attribué à son profit cette aventure dans laquelle il n'a pas été particulièrement édifiant, alors qu'en réalité tout le mérite en revient aux Ninivites.

Vous connaissez l'histoire. Dieu envoie Jonas, prophète d'Israël, annoncer que Ninive risque d'être châtiée. Jonas fait la mauvaise tête. Au lieu d'aller vers l'Orient, il part avec une équipe de matelots, vers l'Occident, vers Tarsis. Premier péché. Dieu ne s'en laisse pas conter, Il déchaîne un ouragan. Et alors, ce Jonas qui ne se fiche pas mal du sort du bateau et qui dort, est réveillé par les matelots. Il se rappelle la mission qu'il avait reçue et qu'il est en flagrant délit de désobéissance. Les matelots ne voient pas d'autre solution que de le jeter par-dessus bord. C'est le monstre marin qui récupère Jonas et le garde "trois jours et trois nuits" avant de le déglutir sur le rivage de la côte orientale de la Méditerranée, d'où étant vraiment mis à pied d'œuvre, Jonas est obligé de faire quelques kilomètres pour atteindre Ninive. Il finit par se rendre à l'évidence et à faire son travail, c'est-à-dire à prêcher la conversion. Chose curieuse, ça marche ! Alors que, pendant des siècles, en Israël, les prophètes ont prêché la conversion à leurs frères, ce qui a fini par la destruction de Jérusalem, avec Ninive, ces païens qui n'y connaissent rien en matière divine et en matière de Loi, eux arrivent à faire suffisamment pénitence pour toucher le cœur de Dieu. Le sommet, Jonas est furieux et il râle contre Dieu, parce que Ninive n'a pas été détruite. Moyennant quoi cet homme se voit attribuer la gloire d'avoir donné le signe de la résurrection. C'est effectivement un peu fort car le vrai signe qui nous a été donné ce jour-la, c'est le signe non pas de Jonas, mais le signe des Ninivites.

       Ce sont les Ninivites qui se sont convertis. Ce sont ces païens qui ne comprennent rien au mystère de Dieu qui ont accepté, sur parole, le message d'un prophète étranger. Ce sont les Ninivites qui ont décrété que tout être vivant, de l'homme jusqu'au bétail petit et gros, que tous se mettraient sur le sac et la cendre et feraient carême. Ainsi donc, c'est l'inversion même de ce que nous pouvions croire. Le plus grand signe ce n'est pas le séjour dans le poisson. Après tout, ce cher Jonas n'y est pour rien, il a eu la vie sauve, alors qu'il ne le méritait pas tout à fait. Mais le véritable signe c'est l'acte même de pénitence.

       Je vous dis tout cela parce que je crois que cela peut amener un regard neuf sur notre propre carême. La pénitence que nous faisons, les efforts et les mérites que nous essayons d'accomplir ou d'amasser, tout cela n'a pas tellement de sens comme une sorte de conquête sur nous-même. Ils sont plutôt les signes de la victoire de Dieu. Dieu est effectivement capable de changer notre cœur. Et notre cœur a beau être endurci, toute démarche de pénitence, si minime soit-elle, elle est peut-être moins profonde que celle des Ninivites, devient signe de l'efficacité de la Résurrection du Seigneur. Le carême est vraiment une Pâque anticipée. Dieu est vainqueur de la mort, et donc Il est déjà, en nous, vainqueur de toutes ces forces de mort qui paralysent et bloquent notre cœur et nous empêchent de l'aimer.

       C'est pour cela que nous devons vivre ce carême sous le signe des Ninivites. Certes, nous ne sommes pas toujours experts en choses de Dieu, nous ne sommes pas toujours, dans notre comportement, exactement conformes à certains idéaux que nous aurions pu nous tracer, mais il y a une chose certaine, c'est que le sens même de notre pénitence, si maladroite, si faible soit-elle, un peu dubitative ("Qui sait si Dieu se repentira") en réalité, cette pénitence est déjà la manifestation de la grâce qui nous a été donnée, par Dieu, en Jésus-Christ, par sa mort et sa Résurrection.

       Faire pénitence, ce n'est donc pas simplement se dominer soi-même. C'est laisser, progressivement, son cœur être retourné par Celui qui a connu la mort et la Résurrection, et qui est capable de poser, aux yeux du monde, ce signe extraordinaire de la conversion du cœur de l'homme par la puissance de l'amour de Dieu. Voilà le signe des Ninivites. Voilà pourquoi il s'est passé en plein pays païen. C'est que Dieu aime tous les hommes. Dieu aime les païens et quand Il veut leur prouver son amour, quand Il veut prouver la puissance de la résurrection de son Fils, le premier signe de résurrection qu'Il donne et qu'Il suscite, c'est précisément ce désir de retourner à Dieu et de se laisser vaincre par l'amour au cœur même de notre péché.

       AMEN

 

 
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