AU FIL DES HOMELIES

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UNE PRÉDICATION EFFICACE

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année A (11 mars 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

A

 

cette génération, il ne sera pas donné d'autre signe que le signe de Jonas." Inutile de vous dire, mes frères, que les auditeurs, ce jour-là, ont dû le prendre assez mal. Car Jonas, dans la Bible, c'est toute une histoire. C'est l'histoire d'un prophète, juif, membre du peuple élu, qui est appelé à être prophète, ce qui est une définition et une grâce. Et comme ce prophète se trouve dans une longue lignée de prophètes, il sait que le métier n'est pas drôle, et que quand les prophètes étaient renvoyés à Israël, cela se terminait très mal. Jésus lui-même a dit que c'étaient les ancêtres de ses contemporains qui avaient tué, scié, lapidé les prophètes.

Et en plus, Dieu pousse l'humour jusqu'à demander d'annoncer la conversion et la menace de destruction plus exactement à une ville de païens. C'est pourquoi Jonas, au moment où il reçoit cet appel, fait le calcul que nous aurions tous fait : si c'est déjà si dangereux dans le peuple élu, qu'est-ce que ça va être au-dehors ? auprès des païens ? Or, c'est précisément là qu'il se trompe. Parce que lui est infidèle à sa mission, il essaie par tous les moyens d'y échapper. C'est pourquoi il part sur un vaisseau et Dieu déclenche une tempête qui met en danger la vie de ce vaisseau. A ce moment-là, les hommes jettent Jonas par-dessus bord. Il est récupéré par un monstre marin qui le ramène sur la plage comme un traître pour qu'il puisse ensuite aller à Ninive. C'est la preuve que quand on est un prophète infidèle, malgré tout on ne peut pas y échapper. A partir du moment où Dieu vous a appelé à quelque chose il faut absolument répondre.

Mais le pire, c'est que la prédication est efficace et que les païens se convertissent. Là où Israël avait plutôt tendance à mal recevoir le message, voici que les païens eux, le reconnaissent immédiatement et que le roi de Ninive ordonne un jeûne pour les hommes et pour les bêtes, c'est-à-dire que tout le monde s'y met, toute la création s'y met. Elle reconnaît son péché, elle demande au Seigneur d'avoir pitié. Quand Jésus disait aux gens de son entourage qui lui demandaient des signes qu'ils n'auraient pas d'autre signe que celui-là, c'était précisément pour dire : voilà ce qui se passe, Israël est en train de devenir infidèle et de durcir son cœur vis-à-vis de l'annonce du royaume que je vous proclame. En réalité ce qui risque bien de se passer, c'est que cette proclamation ira aux païens et que les païens, eux se convertiront.

Je crois qu'il nous faut recevoir cette parole, pour nous aujourd'hui. Nous aussi, nous sommes ce peuple privilégié, élu, rattaché, ré-enraciné dans le peuple de la Promesse. Nous sommes ce peuple qui continue à ne pas recevoir la parole prophétique. Nous sommes aussi ce peuple qui est investi d'une mission et qui, sans cesse essaie de biaiser avec l'appel de la parole de Dieu en disant que, quand même, le monde il faut le ménager, que si on lui dit des choses trop dures il ne va pas nous entendre, ils vont avoir peur, et peut-être ils nous exécuteront.

Alors qu'en réalité nous sommes en train de faire comme Jonas qui s'enfuit sur sa galère pour se mettre dans une autre galère, le ventre du monstre marin. Précisément ce que Dieu nous demande, en ce temps de pénitence, de conversion, c'est d'accepter cette conversion radicale de notre cœur, mais non pas sur nous seulement, pour nous seulement, mais comme témoignage de ce que, lorsqu'on accepte de vivre le signe de Jonas. Lorsqu'on accepte d'être les témoins et les annonceurs de la Bonne Nouvelle et de la conversion pour tous nos frères, témoignant ainsi que la révélation n'est pas réservée à quelques privilégiés, mais qu'elle est proclamée a tout le monde, alors c'est là la conversion et la pénitence qui plaît au Seigneur. Car à ce moment-là, Ninive peut entendre, Ninive peut supplier le Seigneur et lui demander pardon de ses péchés.

C'est ainsi qu'il nous faut vivre ce carême. Une ascèse, une pénitence, une conversion qui n'est pas d'abord une sorte de préoccupation d'amélioration personnelle, mais une sorte de proclamation de la générosité de Dieu qui est destinée à toutes les nations.

 

AMEN

 
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