AU FIL DES HOMELIES

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JONAS ET LE CHRIST

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année B (27 février 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN

N

 

ous sommes obligés de vivre les événements de notre vie dans la succession avec laquelle ils se présentent. Nous sommes inscrits dans le temps, dans l'espace, nous ne pouvons pas tout vivre à la fois, c'est parfois dommage et c'est parfois tant mieux.

Dans la vie spirituelle, ce n'est pas tout à fait la même chose. Nous sommes appelés à vivre le mystère du Christ, le mystère de sa Pâque, de sa mort et de sa résurrection à la fois et dans chaque événement de notre vie. Nous ne sommes plus dans le déroulement de la révélation, dans ces temps où il y avait d'abord le signe, puis, parfois très longtemps après, la réalisation, la réalité même de ce signe. Nous ne sommes plus au moment de Jonas qui est le signe de la présence du Christ dans la mort, ni au moment historique de la réalisation de ce signe, de son accomplissement dans la Pâque du Christ. Et cependant, dans notre propre vie personnelle, probablement, sont inscrits à la fois, le signe de Jonas, l'annonce prophétique qu'il comporte et en même temps la vérité, la réalité qu'il annonce et qui est celle de la Résurrection du Christ son mystère douloureux et glorieux.

Ceci pour vous dire que, aujourd'hui, dans chacune de nos vies, pour chacun d'entre nous, il y a le signe du monstre marin ? Il y a cette présence d'événements, de situations, de sentiments, où nous sommes enfouis, où nous sommes enterrés, où nous avons l'impression de vivre à l'intérieur même des liens du mal, du péché, de la souffrance, du désespoir ou de l'indifférence. Ce n'est pas forcément de notre faute, mais nous le vivons comme quelque chose de douloureux, comme une sorte de nuit, comme un tombeau. Nous sommes dans le ventre de ce monstre, qui est aujourd'hui une image, qui est l'image de notre emprisonnement, à l'intérieur même de notre propre humanité quand la liberté n'est plus servie.

Et, en même temps, nous sommes dans la Résurrection du Christ, c'est-à-dire hors de ce monstre marin. Nous sommes dans la vie libre, nous sommes dans la lumière, nous sommes dans le pardon et déjà dans la Résurrection. Et de même que Jonas est entré pécheur, inquiet, doutant et fuyant sa mission, de même qu'il est entré avec ces sentiments dans le monstre marin, il en est sorti, ensuite, comme prophète, prophète du pardon, prophète de la rémission, prophète de la résurrection.

Nous aussi, nous sommes en même temps Jonas et le Christ. Jonas parce que nous fuyons notre vie chrétienne, l'appel de Dieu, et que nous nous enfermons dans la routine de notre péché ou que nous nous laissons écraser par les circonstances, les événements, la vie de ce monde. Et en même temps, nous sommes toujours en train de sortir, en train de jaillir, en train d'être libérés de cette humanité qui nous enferme qui pèse sur nous et qui nous empêche de répondre à l'appel de Dieu. Chaque événement de notre vie, et même nos péchés, doivent être marqués par la Pâque du Christ. Ceci est une chose très importante que je voudrais un instant développer.

Lorsque nous nous apercevons que nous sommes pécheur, lorsque nous commettons un péché et que nous en avons conscience, il ne faut pas se laisser enfermer, même trois jours, dans le ventre du monstre, dans le ventre du mal, dans la peur, dans la culpabilité. A l'instant même, dès que nous nous apercevons que nous sommes en train de nous laisser glisser dans les eaux du péché, il faut immédiatement, vivre cela dans la Pâque du Christ. Vivre, au même moment, et notre mort par le péché, et l'appel que le Christ nous fait de nous convertir. Nous ne pourrons jamais nous convertir si nous restons, "entre nous" avec notre péché. Il faudra, un jour sortir de ce monstre, et le Christ, continuellement, nous appelle à en sortir. Et le meilleur pour en sortir, c'est celui-là même où nous y entrons. Ce n'est pas la peine d'attendre plus longtemps, lorsque nous avons péché, lorsque nous nous sommes enfouis dans le mal. Il ne faut pas attendre l'appel du Christ, il ne faut pas attendre le moment de la conversion et pour cela, il faut, immédiatement, regarder le visage du Christ, il faut chercher le visage du Christ, à l'intérieur même de notre péché, de notre souffrance, de notre mort, de notre désespoir, car c'est là qu'Il se trouve, puisque désormais, son visage de Christ glorieux porte quand même les traces de la mort, de la souffrance et de notre péché.

C'est, je crois, un moment important de notre conversion, de notre amour du Christ, de notre foi en la résurrection et au pardon que celui de notre propre péché. Et je crois qu'il faut savoir le vivre avec cette audace spirituelle. Quand nous sommes pécheurs, non pas après mais au moment même, affirmer notre foi en la Résurrection, c'est le meilleur moyen que le Christ nous donne pour sortir, pour nous laisser entraîner par sa propre Résurrection. De fait, commettre le péché est un mal, mais y rester, c'est encore pire.

Alors, au cours de cette eucharistie, demandons cette sorte de lucidité spirituelle, de courage spirituel, d'affirmer notre foi en la Résurrection du Christ, d'affirmer notre conviction en son pardon immédiat, au moment même où nous ne le méritons pas, au moment même de notre péché, au moment même de notre mort. Car c'est dans cette nuit-là qu'il faut croire à la lumière, et c'est dans ce gouffre-là qu'il faut chercher la Résurrection.

 

AMEN

 
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