AU FIL DES HOMELIES

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LE SIGNE DE JONAS

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année B (24 février 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


 

Mozac : Jonas jeté à la mer, déposé sur le rivage par la baleine 

 

C

ette page d'évangile, au premier abord un peu aride comme les lieux déserts où se retire l'esprit immonde, comporte trois parties différentes enchaînées peut-être de façon un peu artificielle, mais toutes trois d'un grand intérêt. La première partie porte sur le signe du prophète Jonas, la deuxième traite de l'invasion du cœur de l'homme par Satan. Ces textes sur Satan ont une portée baptismale : ils signifient que le baptême est une lutte contre Satan qui se traduit par les rites d'exorcisme qui fortifient le catéchumène dans ce combat contre le prince de ce monde. La troisième partie rapporte l'intervention de la famille de Jésus pour essayer de le persuader d'éviter de se mettre à dos les puissances religieuses et civiles d'Israël.

       Il est fait allusion à deux passages du livre de Jonas. Le premier est la conversion des Ninivites à la prédication de Jonas qui les a menacés de la colère de Dieu. Et nous dit la Bible d'une façon imagée : "Dieu s'est repenti du mal qu'Il avait décrété" et Il leur a pardonné. Ce texte fait allusion aux quarante jours du carême dont la pénitence des Ninivites est un symbole, et à deux aspects importants de notre foi : d'une part au salut des païens, car il ne s'agit pas ici de la conversion du peuple élu (à la différence de la plupart des autres textes de l'Ancien Testament),mais de la conversion de païens, de gens qui ne sont pas censés connaître le vrai Dieu et qui cependant, plus ou moins obscurément atteints par la prédication de Jonas, décident de convertir leur cœur. Ce texte manifeste déjà au cœur de l'Ancien Testament cette orientation universaliste du salut que, précisément, les pharisiens et les grands-prêtres ne surent pas reconnaître dans la prédication de Jésus et qui est une des raisons pour lesquelles Jésus fut crucifié. C'est aussi une des raisons pour lesquelles saint Paul fut constamment persécuté parce que, inlassablement, il prêcha l'ouverture du royaume, l'ouverture du salut, la conversion possible de tous les païens indistinctement, Ce thème reprenait l'élection d'Abraham à qui Dieu avait déjà dit : "En toi seront bénies toutes les nations de la terre !" ce que les juifs ont trop souvent oublié et qui était pourtant la raison d'être même de leur élection et de toutes les prérogatives, de toutes les prévenances dont Dieu les avait entourés. C'était en vue qu'ils soient les missionnaires de Dieu auprès de toutes les nations de l'univers.

       La deuxième chose que cette prédication aux Ninivites nous présente, c'est que Dieu n'est pas un Dieu de vengeance, Dieu ne veut pas écraser l'homme comme le laisse entendre parfois telle ou telle prédication maladroite, telle ou telle apparition peu contrôlée. Dieu n'est pas là en train de brandir sur nous sa vengeance. Dieu est un Dieu de miséricorde et de pardon. Et dès lors que l'homme accepte d'ouvrir son cœur au pardon de Dieu. Dieu répand ce pardon dans nos cœurs. Dieu est un Dieu d'amour qui veut le salut de tous les hommes et qui ne fait que supplier les pécheurs par ses prophètes ou son Christ Lui-même : "Laissez-vous réconcilier avec Dieu !" Laissez-vous toucher par mon amour afin que vous soyez sauvés.

       Le deuxième aspect du livre de Jonas auquel fait allusion notre liturgie dans le chant du graduel rapporte le refus du prophète d'aller prêcher à des païens et sa fuite sur un bateau à l'autre bout du monde. Dieu suscite une tempête pour punir la désobéissance de Jonas et les matelots jettent le prophète à la mer où il est englouti par un monstre marin qui le vomit sur le rivage tout près de Ninive. A travers cette parabole imagée car le livre de Jonas est un conte théologique, Jésus voit un symbole de sa propre mission. Si Jésus n'a pas été infidèle à la mission que Dieu lui confiait, Il a été jeté à la mer pour sauver l'humanité, pour sauver l'Église que l'on compare souvent à un navire. En endossant les péchés de tous les hommes et en acceptant d'être englouti par la mort, en acceptant de descendre au fond des enfers, Jésus a sauvé le monde. Et trois jours après, comme Jonas, il est sorti vainqueur du tombeau. Soit dit en passant, Jésus n'est pas resté trois jours et trois nuits au tombeau puisqu'Il est mort le vendredi soir et ressuscité dans la nuit du samedi au dimanche. Mais dans la manière juive de compter, trois jours qui sont entamés comptent pour trois jours entiers, ce qu'on traduit de manière symbolique par l'expression "trois jours et trois nuits". Certains exégètes pensent que ce passage est apocryphe car Jésus ne semble pas savoir compter. Mais quand Jésus parle de façon symbolique il ne fait pas un procès-verbal de gendarmerie en chronométrant les évènements montre en main. Il parle de façon générale pour montrer que le conte de Jonas était une annonce de sa propre mort, de son ensevelissement, de sa descente aux enfers et de sa résurrection.

       Ceci est très important pour notre carême. La raison pour laquelle nous vivons quarante jours en pénitence c'est de nous préparer à entrer dans le mystère de la Pâque du Christ, à entrer avec le Christ dans le mystère de sa croix, de sa mort, de son ensevelissement et de sa descente aux enfers. Nous aussi nous devons accepter de connaître, avec le Christ, ce renoncement, ce déchirement qui est celui de beaucoup de conditions humaines à travers la souffrance ou en tout cas, inéluctablement un jour, à travers la mort, afin de parvenir avec Lui à la résurrection.

       Dans les dernières phrases de cet évangile, Jésus nous donne le secret profond de tout ce cheminement. Si nous devons nous identifier au Christ dans le mystère de sa Pâque, c'est pour devenir ses frères, pour devenir ses sœurs, pour devenir de sa famille, pour que Dieu soit notre Père, pour que comme Jésus, nous soyons les enfants du Père. Et c'est ainsi que nous serons sauvés. La résurrection sera la manifestation de notre filiation divine. Nous ne serons pas abandonnés à la mort, à la déréliction que Jésus a connue sur la croix et dans le tombeau, mais nous devons, avec Lui, triompher de la mort, dans le Royaume où les enfants de Dieu sont avec le Père. Cette parole de Jésus n'est pas pour rabaisser Marie ni ses frères selon la chair, mais pour nous élever au même niveau, et d'une certaine manière plus haut, car ce n'est pas selon la chair mais selon la grâce que nous sommes identifiés au Christ. C'est selon l'amour infini, éternel du Père que nous sommes, nous aussi, comme Jésus, des enfants de Dieu, des enfants bien-aimés de Lui.

       Alors marchons avec confiance pendant ce carême et pendant ce carême plus long qu'est celui de notre vie et qui se terminera au jour de notre mort. Marchons avec confiance car le dernier mot n'est pas à la mort, le dernier mot n'est pas au monstre marin ; il est à l'amour de Dieu notre Père pour que nous soyons ses enfants et qui nous ressuscitera pour son royaume.

 

       AMEN


 

 
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