AU FIL DES HOMELIES

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SOUS LA MISÉRICORDE

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année C (24 février 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Solre-le-Chateau : Jonas

 

F

rères et sœurs, c'est évidemment la figure de Jonas qui domine aujourd'hui la célébration liturgique. Jonas dont je voudrais évoquer simplement deux traits.

Le premier, c'est qu'il est incrédule au fond. Jonas c'est quelqu'un qui fait partie du peuple de Dieu, qui connaît sa religion, sa Loi, qui sait exactement ce qu'il faut faire. Le seul problème c'est que lorsqu'il reçoit un appel de Dieu qui sort un peu du moule et du cadre : s'en aller à Ninive, il fait tout pour se tirer d'une situation qu'il juge absolument impossible et même d'une certaine manière, inconvenante : on ne va pas prêcher la religion aux Ninivites ! Ninive, c'est les grandes mégapoles américaines avec toutes les choses abominables qui peuvent à certains moments s'y produire, et donc, ce n'est même pas la peine d'essayer. Du coup, et c'est cela le type même de Jonas, son incrédulité vis-à-vis de l'homme le rend incrédule vis-à-vis de Dieu.

C'est une situation dans laquelle nous nous dépêtrons assez fréquemment. Une sorte d'incrédulité vis-à-vis de ce qui se passe dans le monde, engendre une incrédulité vis-à-vis de Dieu. C'est vrai que quand il part, finalement ramené par le gros poisson à proximité de Ninive pour aller annoncer le châtiment de Dieu, lui Jonas pense effectivement que c'est logique : le châtiment de Dieu va arriver. Il ne croit pas que ses frères en humanité, mais qui ne sont pas du peuple de Dieu, soient capables d'entendre cette Parole. Il l'annonce non pas comme un défi, mais comme une sentence exécutoire qui ne va pas tarder à se réaliser.

C'est là où l'on s'aperçoit du miracle. De la part de Dieu, le miracle est plus grand dans le changement du cœur de Jonas que dans le changement du cœur des Ninivites. Finalement, les Ninivites se convertissent, ce sont des gentils païens, un peu trop païens, idolâtres, mais au moment où ils sont remis en face des responsabilités fondamentales de l'existence, à ce moment-là, ils comprennent mieux que Jonas la Parole annoncée par le prophète. C'est le deuxième point sur lequel je voudrais insister.

Jonas est un prophète qui ne sait pas ce qu'il dit et jusqu'au bout, il n'aura même pas compris sa mission, puisque le jour après la conversion des Ninivites et le fait qu'ils échappent au châtiment, il est là sur la petite colline près de Ninive en attendant le châtiment. Il attend que Dieu frappe puisqu'il l'a annoncé, cela doit marcher ! Il ne trouve là qu'un abri, c'est la miséricorde de Dieu qui fait pousser un petit arbre miraculeusement au-dessus de sa tête pour que cela fasse un parasol. La nuit, l'arbre est piqué par un ver et le ricin se dessèche. Jonas est furieux, il attendait du spectacle, la destruction de la ville de Ninive, et c'est lui qui risque d'attraper une insolation. Et il se plaint à Dieu de sa mission prophétique : c'est quand même insupportable, les Ninivites ont été pécheurs, tu as pitié d'eux et tu as pu les convertir, et moi, tu me demandes un truc impossible, je l'ai fait de mauvais gré bien entendu, mais tu dessèches le ricin qui me sers d'abri face au soleil. Et Dieu lui dit : "Pourquoi mesures-tu la miséricorde ?" Au fond, c'est cela le drame de Jonas. Il n'a pas compris que le monde entier, et le rédacteur du livre prend bien soin de dire que même les bêtes et le bétail ont fait pénitence et se sont couverts du sac et de la cendre, détail dont je vous laisse apprécier la précision historique, Jonas ne comprend pas que le monde entier vit sous la miséricorde de Dieu. Lui, il pense qu'il est en-dehors de ce statut commun de l'humanité. Lui, il est là pour dire : attention, ça va cogner ! Et après, il attend le châtiment pour les autres. Mais il n'a pas réalisé une minute qu'il était sous la miséricorde de Dieu et c'est cela que Dieu veut lui montrer à travers le ricin qui est desséché par le ver, il veut lui dire : tu vois, quand tu refuses la miséricorde que je t'ai accordée à travers le petit abri contre le soleil, le parasol du petit arbre qui devait te protéger, à ce moment-là, tu comprends que je t'avais quand même fait miséricorde, mais tu n'as pas été capable de la comprendre.

Frères et sœurs, vous voyez la subtilité du livre de Jonas. A la fois, c'est vraiment le peuple d'Israël qui à l'époque où l'on rédige le livre de Jonas est un peu à la fin de l'histoire de l'Ancien Testament, qui se dit : au fond, les païens ne peuvent pas se convertir. Précisément, le livre de Jonas est là pour dire : non, il y a une ouverture possible. Les païens s'ouvrent à la miséricorde même s'ils sont coupables. Quand ils se rendent compte des méfaits qu'ils ont commis, ils sont capables d'entrer dans la miséricorde de Dieu. De ce point de vue-là, on peut dire que Jonas est vraiment le "signe" par excellence, puisque Jésus ne fera rien d'autre que de dire à tous les hommes qu'ils sont sous la miséricorde de Dieu. C'est pour cela que dans l'évangile, dès qu'il parle du signe de Jonas avec les trois jours et trois nuits qui sont évidemment une allusion à la résurrection, ensuite, il interprète le signe de Jonas en disant que les Ninivites se sont convertis. Ce sont des païens, or il parle à des scribes et des pharisiens qui eux, pensent qu'ils n'ont pas de problèmes de conversion ! ils veulent simplement savoir, avoir un signe leur prouvant que Jésus est bien dans leur catégorie à eux. Et Jésus leur dit : non, je ne marche pas, je suis dans un autre monde que vous, je ne suis pas dans un monde où l'on veut des signes pour conforter son chemin et dire que cela va bien et qu'on est dans la bonne voie. Je suis là pour dire la miséricorde universelle de Dieu et il en rajoute avec la reine de Saba, une petite note d'exotisme qui fait qu'elle est venue pour écouter la sagesse de Salomon.

Frères et sœurs, je pense que pour nous, pendant ce carême, ce sont quand même des textes qui devraient toucher assez profondément notre cœur. C'est vrai que l'état sociologique du christianisme c'est un peu la peau de chagrin actuellement, nous sommes entourés de Ninivites, chacun d'entre nous vit à Ninive. Aix-en-Provence est une mini Ninive ! Mais est-ce que c'est une raison pour dire que les hommes sont fermés à la miséricorde de Dieu ? Non, même les pécheurs, même ceux que nous fréquentons, et qui apparemment n'obéissent pas aux critères de la bonne et saine doctrine, et de la bonne et saine morale, qui sait, un jour ou l'autre, ils peuvent comme les Ninivites, être touchés par la miséricorde de Dieu. Le regard qui se convertit, c'est un regard qui ne regarde pas simplement l'homme ou l'existence humaine enfermés, conditionnés par un passé, c'est un regard qui voit comme Dieu voit, c'est-à-dire qui nous regarde chacun d'entre nous sous l'angle de l'espérance et de l'ouverture au Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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