AU FIL DES HOMELIES

Photos

Jonas 3, 1-10 ; Matthieu 12, 38-50

Mercredi de la première semaine de carême – C

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e reproche que Jésus fait aux pharisiens qui lui demandent un signe c'est leur manque total de foi. Celui qui demande un signe à Dieu lui demande de faire un geste, une manifestation visible, reconnaissable et absolument certaine, donc sécuri­sante. "Je suis sûr que Dieu veut ceci ou cela parce qu'Il me l'a montré de façon évidente." Ceci n'a rien à voir avec la foi, peut-être, à la limite, avec la religion.

Quant aux disciples de Jésus, Il dit en les montrant : "Ma mère, mon frère, c'est celui qui ac­complit la volonté du Père" et ceci est un des accents majeurs du discours de Jésus après la Cène en saint Jean : La volonté du Père, c'est que nous L'accueil­lions comme le Fils et qu'en Lui nous ayons la vie éternelle. "La volonté du Père" c'est la foi. Ce que le Père attend de nous, ce n'est pas que nous lui deman­dions des signes, c'est que nous croyions en Jésus-Christ et en Lui seul, non pas selon nos désirs et nos mesures, mais selon son désir et sa mesure, c'est-à-dire sa Pâque, sa mort et sa résurrection.

Dans notre conscience de chrétiens, il y a bien souvent un contentieux entre la foi en Dieu et la vo­lonté d'accomplir sa volonté. Très souvent on vient nous demander, à nous prêtres : "Si je fais cela, êtes-vous sûr que c'est la volonté de Dieu ? Je passe mon temps à chercher, à faire la volonté de Dieu. Pour­quoi Dieu ne me dit pas, de façon claire, quelle est sa volonté ? Et la maladie de telle personne, le drame de telle personne, de tel groupe, comment y voir la vo­lonté de Dieu ?" Comme si nous étions un peu obsé­dés par la volonté de Dieu ou plutôt par le fait d'avoir des signes, certains venant de Lui, qui au fond nous sécurisent, nous tranquillisent et nous fassent vivre une foi à notre mesure parce qu'au moins ça serait clair, évident, rationnellement acceptable, peut-être scientifiquement prouvable. Nous serons jugés très sévèrement par la reine de Saba, cette païenne, nous serons jugés très sévèrement par les Ninivites, ces pécheurs, si nous en restons là.

Accomplir la volonté du Père, ce n'est pas d'abord savoir ce que, aujourd'hui, je dois faire, ce qu'Il demande dans telle situation, ce que je dois comprendre de cette volonté. Ceci ce sont les mœurs de ceux qui, dans le monde, ont l'autorité et à qui nous devons obéissance. La volonté du Père, c'est de croire en Jésus, c'est d'adhérer à sa personne, c'est de se lais­ser bouleverser par son mystère, c'est entrer dans l'in­carnation de sa mort et de sa résurrection dans notre vie humaine, c'est de vivre dans cette lumière, c'est de vivre de cette vie. Et à ce moment-là seulement, nous pourrons comprendre, parce que nous serons éclairés par le mystère de Dieu, ce qui dans notre vie, pourra le mieux correspondre à l'accomplissement de ce mystère de Dieu en nous. Ne faisons pas passer la morale de l'agir avant la foi au Christ. Laissez le Christ vous illuminer, renouvelez sans cesse votre foi en Lui : là d'abord vous accomplissez la volonté de Dieu, la, et pas dans telle petite situation, dans tel ou tel acte, dans telle ou telle décision. Si Dieu avait à s'occuper de toutes les décision que nous devons prendre, Il aurait la tête cassée. Il n'est pas fait pour cela. Nous, nous avons notre liberté, notre volonté pour cela, ne demandons pas à Dieu de la remplacer, Il ne le fera jamais, Il a trop de respect pour nous.

Alors que ces deux paroles de Jésus à propos des signes que nous demandons souvent, et quand nous n'osons plus les demander, au fond, nous avons encore envie d'en demander que cette parole sur la véritable volonté du Père qui est de croire en Jésus nous éclaire sur la façon dont, dans notre vie quoti­dienne, au-delà de notre demande de signes, nous vivons dans la foi au mystère de Jésus-Christ. C'est dans cette lumière, c'est dans cet amour, c'est dans cette miséricorde, c'est dans cette vie, c'est dans cette pâque et c'est dans cette exigence du mystère de Jésus que nous pourrons, librement, autant que faire se peut, le mieux de notre cœur, accomplir notre vie en accord avec Lui, en harmonie avec Lui, et faire en sorte que nous serons libres de faire ceci ou cela sans nous de­mander si c'est la volonté de Dieu ou pas, à condition de rester dans la lumière, à condition de rester dans la miséricorde, à condition de rester dans sa justice, à condition de vivre intimement, chaque jour, avec Lui.

Les gens qui s'aiment beaucoup, qui vivent ensemble depuis longtemps, ne demandent pas tou­jours à l'autre : "Mon petit, qu'est-ce que tu veux que je fasse pour te faire plaisir ? Quelle va être ta vo­lonté aujourd'hui ?" Ils le savent spontanément, ils n'ont pas besoin de signes. Cela se dit dans le silence parce que ce silence suffit comme lumière, ce silence suffit comme direction, à condition que ce soit le si­lence de ce consentement permanent, de cet accueil de l'autre, de cette intimité avec l'autre. Dieu nous demande de vivre avec Lui comme cela, de mettre d'abord dans notre cœur cette adhésion de notre cœur au mystère de sa Pâque, et dans cette adhésion, dans ce consentement, assez facilement les choses couleront de source et nous saurons trouver les chemins pour faire ce qui nous semblera être le mieux et ce sera cela la volonté de Dieu.

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public