AU FIL DES HOMELIES

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CETTE GÉNÉRATION RÉCLAME UN SIGNE

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année A (3 mars 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette génération réclame des signes, il ne leur sera pas donné d'autre signe que le signe de Jonas."

Cette parole du Christ nous concerne vérita­blement et pas seulement les interlocuteurs de Jésus. Les interlocuteurs de Jésus réclament des signes, ils interviennent : "Nous voulons que Tu nous fasses un signe" et Jésus se refuse à jouer ce jeu-là comme Il s'est refusé à donner ou à faire des signes avec le dé­mon lors de la tentation. Il y a une certaine manière de faire des signes qui est littéralement de tromper le monde. Il y a une certaine manière de faire des signes qui à certains moments sont des clins d'œil grossiers, enjôleurs, simplement pour "avoir son public." Préci­sément Jésus prend toujours soin de ne pas se laisser prendre au jeu des signes. Il ne veut jamais des signes qu'on lui impose. Lorsqu'on veut lui donner le signe de la royauté, après la multiplication des pains, Il se sauve car "Il craignait qu'ils ne le fissent roi." Et à plusieurs moments, lorsqu'Il guérit un malade, un lépreux, un possédé, Il veut que la guérison ne soit pas exploitée comme un signe, comme un moyen de puissance, comme un moyen de conviction ou comme un moyen d'emporter l'hésitation. Pourquoi ? Parce que, pour Jésus, l'économie des signes qu'Il fait, et ceci va des miracles jusqu'aux signes les plus humbles et les plus ordinaires de l'amitié jour après jour avec ses disciples, ce long compagnonnage sur les routes de Galilée tous ces signes, Il ne veut pas qu'on les lui arrache. Il veut simplement qu'ils soient "donnés". "Cette génération réclame des signes, il ne leur en sera pas donné d'autre que le signe de Jonas." Il faut que les signes soient donnés.

Dans notre propre expérience de tous les jours, dans notre expérience humaine, les signes qui comptent, les signes qui sont vrais, les signes qui marquent notre vie sont les signes qui sont "donnés", qui sont pour ainsi dire marqués au coin de la grâce de la gratuité et de la générosité avec laquelle ils sont donnée et offerts. Précisément la finesse, la beauté des relations commence lorsque les signes échappent à un certain ordre de contrainte et qu'ils arrivent à cette manifestation profonde de ce qu'est chacun d'entre nous dans le don gratuit de soi-même à l'autre. Et lorsque Jésus dit aux pharisiens qu'Il ne jouera pas le jeu des signes qu'ils réclament, Il veut dire par là que tous les signes qui seront établis entre Lui et nous sert-on dans l'économie de la gratuité.

Ceci est très important pour nous. Quand nous sommes en face de Dieu, quand nous sommes en présence de Dieu, il faut que les signes que nous po­sons ou les signes que nous accueillons de la part de Dieu relèvent d'une véritable économie de l'échange et de la gratuité et non pas de cette espèce d'emprise que nous pourrions avoir sur Lui ou que nous vou­drions qu'Il ait sur nous. Car le Christ est venu pour nous sauver par sa grâce et non pas par le goût de je ne sais quel profit. Le Christ est venu nous sauver parce qu'Il voulait nous manifester l'amour gratuit du Père. C'est la raison pour laquelle Jésus Lui-même n'a pas voulu donner des signes qui contraignent. C'est une des raisons pour lesquelles les miracles n'ont pas converti tout le monde. Et c'est aussi la raison pour laquelle les miracles qui auraient pu convertir tout le monde, Il ne les a pas faits. C'est parce qu'Il voulait rester sans cesse sur ce registre de la liberté, du res­pect infini de la gratuité de Celui qui donne et de l'ac­tion de grâces de Celui qui reçoit.

Et vous comprenez pourquoi l'eucharistie reste le "signe des signes". C'est le signe du repas partagé, celui dans lequel l'hôte prend le soin de celui qu'il invite dans la gratuité même de son accueil et de sa délicatesse. C'est le signe du corps et du sang du Christ, c'est-à-dire de la mort humaine de Jésus et de sa résurrection, donné à chacun d'entre nous. C'est le signe de l'amour gratuit de Dieu. C'est maintenant pour nous le signe de sa grâce. Recevons-le comme un don et non pas comme je ne sais quel fruit d'une réclamation ou d'un droit que nous pourrions avoir sur Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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