AU FIL DES HOMELIES

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LE SIGNE DE JONAS

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année B (15 mars 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce passage de l'évangile de saint Matthieu est riche de plusieurs ensei­gnements qui ont tous trait à ce temps de Ca­rême que nous sommes en train de vivre. Tout d'abord dans son altercation avec les scribes et les pharisiens de mauvaise foi, Jésus va se référer doublement au livre de Jonas. La première référence que nous avons lue précédemment dans le livre de Jonas et qui est fondamentale est celle de la pénitence des hommes de Ninive, après quarante jours de prédication de Jonas, quarante jours, première évocation du Carême, péni­tence des Ninivites, deuxième évocation de ce Ca­rême, prédication de Jonas, troisième indication, c'est parce que la parole de Dieu nous est dite avec une force accrue, que nous sommes invités comme les païens de Ninive à convertir notre cœur, à faire péni­tence, c'est-à-dire à nous détourner de nos voies mau­vaises, parce que Dieu nous appelle. Voilà un ensei­gnement qui n'est pas très difficile à comprendre. La deuxième allusion au livre de Jonas, à un passage qui n'a pas été lu tout à l'heure, c'est un événement qui précède l'arrivée de Jonas à Ninive, précisément parce que les Ninivites sont des païens, et que Jonas pro­phète d'Israël répugne à la mission que Dieu lui assi­gne, de convertir des païens, Jonas s'enfuit à l'autre bout du monde sur un navire, et le petit roman que constitue le livre de Jonas, car il ne s'agit évidemment pas d'un événement historique, mais d'une parabole, le petit livre de Jonas nous dit qu'une tempête s'élève, que les marins se demandent bien pourquoi il y a un tel déferlement de vagues sur leur navire, et selon les croyances un peu superstitieuses de l'époque ils ont vite cru que quelqu'un des pêcheurs leur portait le mauvais œil, ils finissent par découvrir que c'est Jo­nas qui est en rupture de vocation prophétique avec le Seigneur, et ils le jettent à la mer. Le roman continue avec une certaine plaisanterie humoristique, en nous disant que Jonas est avalé par un monstre marin qui après l'avoir gardé en lui pendant trois jours et trois nuits, le dépose intact sur le rivage de Ninive où il se trouve bien contraint d'obéir aux injonctions de Dieu, et suit alors le récit que nous avons entendu de la pré­dication de Jonas aux Ninivites et de leur conversion.

Cette image de Jonas dans le ventre du monstre, Jésus lui-même se l'applique, il dit de même que Jonas est resté trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre, de la même façon, le Christ restera trois jours et trois nuits dans le ventre de ce monstre spirituel qu'est l'enfer, ce qui est une allusion aux trois jours qui séparent mort et résurrection, trois jours de tombeau et trois jours au-delà du tombeau dans les enfers, c'est ce que nous proclamons quand nous di­sons : "Je crois à la descente du Christ aux enfers", ce qui en langage théologique signifie que le Christ allait annoncer la Bonne Nouvelle aux défunts, aux morts, à tous les justes de l'Ancien Testament, qui attendaient dans la mort leur délivrance, et qui par la Pâque du Christ sont eux aussi associés de façon ré­troactive, au Salut. L'image de Jonas est donc une image de la Pâque du Christ, et cette Pâque du Christ, affrontement du Sauveur avec les puissances du mal et de la mort, nous explique la suite du texte. L'esprit impur, l'esprit du mal, l'esprit de l'enfer, Satan, quand il est chassé d'un cœur, va essayer de revenir le pren­dre d'assaut avec des troupes de tentateurs encore plus fortes que lui-même, et c'est une allusion ici encore au carême, non plus sous l'aspect pénitentiel, mais sous l'aspect préparation au baptême. A partir du troisième dimanche de carême, nous vivrons les scrutins des futurs baptisés par lesquels l'Église exorcise ces caté­chumènes, demandant que par la puissance de Dieu, ils soient arrachés au pouvoir du mal, au pouvoir de Satan. Allusion donc à cette préparation baptismale qui est au cœur de chacun des catéchumènes, une lutte de Jésus Sauveur avec les forces du mal, qui ne sont pas seulement nos mauvais penchants, notre fragilité, notre faiblesse, mais à la fin de cette fragilité et de cette faiblesse, le déchaînement des puissances du mal. Ce passage contient un avertissement pour les catéchumènes et pour nous aussi baptisés. Ce n'est pas parce que les exorcismes ont établi la puissance de Dieu contre les puissances du mal que nous sommes confirmés en sainteté et que nous n'avons plus rien à faire qu'à nous laisser vivre.

La lutte avec le mal qui s'inaugure par la pré­paration baptismale est une lutte de toute la vie, comme le disait l'évangile de dimanche dernier, avec les tentations de Jésus au désert, c'est sans cesse que le Prince de ce monde essaie de reprendre pied dans notre vie, c'est sans cesse que nous devons recourir à la force de Dieu, à la force du Christ pour qu'il soit toujours et chaque jour vainqueur en nous de cette puissance du mal.

Si nous nous laissons ainsi guider par la grâce de Dieu, par sa Parole qui vient habiter et ensemencer dans ce cœur et nous donner vie, force, si nous nous laissons ainsi habiter par la puissance de la Parole de Dieu, alors comme nous le dit l'évangile, nous serons des frères, des sœurs, voire même au niveau de la mère de Jésus. Marie n'est pas rabaissée dans cet évangile, c'est nous qui sommes élevés, car la Parole de Dieu, la grâce de Dieu si nous y sommes fidèles, peut opérer en nous des prodiges aussi merveilleux que ceux qu'elle a opéré dans le sein de la Vierge Marie. Nous pouvons quand même être délivrés du mal et avoir part à cette Pâque avec Jésus, à être de son sang, de sa race, à faire partie de son cœur, à être remplis par l'amitié même de Dieu, l'amour de Dieu, car c'est pour cela qu'Il nous a créés, afin que nous participions à cet amour et que nous y trouvions le salut et la paix.

Voilà donc le programme qui s'offre non seulement aux catéchumènes, mais à tous les chré­tiens, programme austère, il s'agit de lutte, de combat, de pénitence, mais programme qui est soutenu par la grâce de Dieu et qui débouche sur cette amitié triom­phante de Dieu dans le cœur de chacun de nous dont la Pâque que nous célébrerons dans quelques semai­nes est non seulement l'annonce, mais la présence vivante, tous les jours.

 

 

AMEN

 

 
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