AU FIL DES HOMELIES

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VOUS N'AUREZ PAS D'AUTRE SIGNE QUE CELUI DE JONAS

Jon 3, 1-10 ; Mt 12, 38-50
Mercredi de la première semaine de carême - année A (12 mars 2014)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Frères et sœurs, il y a des jours où la Bible, pour nous dire des choses très importantes, les raconte comme un conte pour enfants. C’est le cas de l’histoire de Jonas. Qui était Jonas ? Un prophète, un juif, et on nous raconte son histoire, à la manière d’un conte ou d’un roman : Dieu lui demande d’aller annoncer la conversion aux habitants d’une grande ville de l’époque qui s’appelait Ninive. Et Dieu dit à Jonas : « Tu iras prêcher là-bas, car il faut que les gens de Ninive se convertissent.

Or que se passe-t-il ? Jonas a peur d’aller dans la grande ville de Ninive, il a peur que la parole qu’il a charge d’annoncer soit mal prise par les Ninivites et qu’il risque d’être pris à partie par ses habitants et d’en pâtir. Et donc, il s’en va, il prend le bateau, au lieu d’aller dans l’intérieur des terres, il part en mer, pour échapper aux ordres de Dieu. Mais voilà que Dieu le rattrape. Au beau milieu de la traversée, le bateau est pris dans une tempête effroyable, et tous les matelots se croient perdus. À ce moment-là Jonas, qui était en train de dormir sur le bateau, est réveillé par les marins qui lui disent : « Nous, nous n’avons rien fait de mal, mais toi qu’as-tu fait pour que nous ayons à essuyer une telle tempête, Cela doit bien venir de quelque chose ! Alors Jonas leur révèle la vérité : « Effectivement, je devais aller prêcher la conversion aux habitants de Ninive, mais j’ai eu peur, je me suis enfui, et j’ai désobéi aux ordres de Dieu ».

Alors, les marins lui disent : « Il n’y a pas d’autre méthode pour retrouver le calme après la tempête : nous allons te jeter par-dessus bord ». C’est une manière comme une autre de résoudre les situations difficiles. Donc on jette Jonas par-dessus bord, et c’est là que l’histoire prend un tour franchement humoristique : il faut savoir que dans l’Antiquité, on était obsédé par les grands poissons et les monstres marins. L’auteur raconte  qu’une baleine est arrivée et a avalé Jonas. Elle l’a englouti dans son estomac en le mangeant tout cru et, revenue sur  le rivage, au bout de trois jours et trois nuits, elle a recraché Jonas qui devait être coriace et indigeste. Et donc Jonas est à nouveau interpellé par Dieu qui lui dit : « Tu as compris cette fois-ci : tu n’échapperas pas à ce que je t’ai demandé de faire ». Jonas est parti à Ninive, et nous venons de lire le passage où Jonas non seulement remporte un énorme succès dans sa prédication puisque le roi de Ninive lui-même demande que tout le monde jeûne et change de vie, cesse d’être pécheur pour obtenir la miséricorde de Dieu. La fin de l’histoire est d’ailleurs assez  amusante, parce que Jonas est furieux de ce que les Ninivites se soient convertis. Et Dieu lui dit encore : « tu comprends, Jonas, Ninive, est une grande ville. Moi Dieu, j’en ai pitié, et je ne peux pas faire mourir toute cette population et je souhaite que ces gens-là  se convertissent, changent de vie : alors, moi aussi changerai d’avis et je ne détruirai pas la grande ville de Ninive ».

Évidemment, cette histoire de Jonas était très populaire au temps de Jésus, mais personne n’aurait jamais pensé appliquer cette histoire à la résurrection de Jésus en raison des trois jours et des trois nuits dans le ventre du monstre. Personne ne s’était posé la question de ce que ça voulait dire. Et Jésus explique, quand les gens lui demandent de lui donner un signe de sa mission au service d’Israël, il explique cette petite histoire et dit : « Le vrai signe, c’est Jonas : car Jonas est resté trois jours dans le ventre du monstre, c’est-à-dire dans ce qui symbolise la mort, et il a été comme avalé, englouti, disparu dans la puissance de la mort, mais finalement il en est ressorti pour annoncer la bonne nouvelle du salut et sa victoire sur la mort. Donc Jésus conclut : C’est exactement le sens de ma mission. Je suis le nouveau Jonas, même plus que Jonas, parce que d’une part je ne vais pas simplement être pris dans le ventre du monstre, je vais vraiment être mis à mort et dans les entrailles de la terre et être mis dans un tombeau, mais je me relèverai des morts pour vous annoncer, pour partager à tous la joie de ma résurrection.

Et c’est ainsi que ce signe de Jonas est devenu célèbre, parce qu’effectivement c’est Jésus qui en a fait l’annonce prophétique des sa résurrection à lui. C’est une manière très simple mais très profonde d’enseigner les choses. Pour parler au petit peuple juif, il partait des exemples de la culture populaire et des récits que tout le monde connaissait. Et donc pour nous, ce petit livre de Jonas, très facile d’accès et presque drôle et plein d’humour, écrit comme un conte d’enfant, est devenu un point de référence pour saisir la progression du ministère de Jésus et des difficultés auxquelles il a dû se référer. Jonas en vérité est une tête de mule, il a peur, il ne veut pas y aller, mais Dieu lui fait change d’attitude, et l’oblige à aller prêcher aux pécheurs. Évidemment Jésus n’est pas comme Jonas, car il  a obéi au projet de son Père, mais ça n’empêche qu’il a dû lui aussi passer, comme Jonas trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre : depuis le vendredi saint jusqu'au dimanche matin il est resté dans le tombeau et dans les entrailles de la terre.

Voilà pourquoi aujourd’hui on lit ce texte : pour nous préparer à la résurrection. À travers le carême, à travers tout ce que nous essayons de faire actuellement, nous essayons de passer si l’on peut dire à travers le ventre du monstre, à travers tous les efforts que nous faisons, mais il ne faut surtout pas oublier que cela débouche sur la joie de la résurrection. Amen.

 
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