AU FIL DES HOMELIES

Photos

DE QUEL CAMP SOMMES-NOUS ?

1 R 19, 3-8 ; Lc, 9, 43 b-45+51-56
Samedi de la première semaine de carême - année C (1er mars 1980)
Homélie du Frère Serge JAUNET

D

 

e quel camp sommes-nous ? Du camp de Jean et de Jacques qui appellent le feu du ciel sur ceux qui leur barrent le chemin, alors qu'ils vont vers Jérusalem pour rendre un culte à Dieu, ou du camp de Jésus qui tourne résolument son visage, en ce jour, vers Jérusalem où Il monte et où Il sait qu'Il va être livré aux mains des hommes, qu'Il va connaître la mort, une mort tragique dans l'incompréhension et même la trahison ? Oui, de quel camp sommes-nous ?

A simple vue humaine, il est vrai, nous nous disons souvent que nous nous y serions pris autrement que Dieu pour sauver ce monde, que nous aurions fait cela par un acte plus éclatant, qui eût été plus efficace que ce chemin de la croix, que ce chemin vers Jérusalem. Et pourtant, saint Paul nous dit : "la folie de la croix est sagesse de Dieu." Et après avec Pierre, nous chantons durant ce carême cette parole : "Il nous a montré le chemin afin que nous marchions sur ses traces." Oui, pour nous, comme pour le Christ, pas d'autre chemin qui mène à Pâques que celui de l'acceptation de la vie telle qu'elle est, avec sa croix, avec son mal, avec la victoire qui nous est promise au bout de ce chemin, avec Lui Jésus, en Lui et par Lui. Pour nous, pas d'autre chemin. Pas celui de Jacques et de Jean, un chemin de violence et de force, d'éclat, de merveilleux.

En lisant cette page, ce matin, je pensais à une sainte proche de nous et que nous connaissons bien, qui illustre parfaitement ce passage d'évangile. Il s'agit de Thérèse de Lisieux, celle qui serait proclamée patronne des missions, modèle des apôtres. Alors qu'elle était une violente, de ce tempérament de Jacques et de Jean, malgré ce que l'on a bien voulu écrire sur elle, en en faisant une petite fille simple, pieuse, elle était vraiment de ce tempérament des violents, elle qui aurait voulu, à la fois, être homme et femme, prêtre, missionnaire au Vietnam, en Chine et moine. Elle qui aurait voulu entrer dans le Carmel et en forcer les portes à quinze ans, alors qu'il n'était pas permis d'entrer à cet âge-là dans cette vie monastique. Thérèse, cette violente, a accepté cette vocation que le Seigneur lui présentait, que le Seigneur lui offrait : vivre cachée avec quelques femmes, dans un monastère de province, vivre cachée et offrir son visage, tourner résolument son visage, comme Jésus vers la maladie qui l'a vite atteinte, la consume et l'enlève à ce monde alors qu'elle avait vingt-quatre ans. En vivant cela, Thérèse a réalisé son rêve, son désir d'être missionnaire, d'être apôtre dans tous les pays et dans tous les temps.

Frères et sœurs, en ce carême, à nous de réfléchir, de nous demander dans quel camp nous sommes, celui de l'éclat, du merveilleux, celui de la réussite à tout prix aux yeux des hommes, ou le camp de l'acceptation, du chemin de la croix, le camp de l'acceptation d'une vie toute simple, porteuse de ses misères, de son mal. C'est le seul chemin, nous le savons maintenant que Jésus l'a pris, c'est le seul chemin qui débouche sur la Pâque.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public