AU FIL DES HOMELIES

Photos

SOYEZ PARFAITS COMME VOTRE PÈRE EST PARFAIT

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année C (26 février 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Q

 

uand nous écoutons ce texte du Lévitique, nous nous rendons compte que la morale proposée par Dieu à son peuple dans l'Ancien Testament est déjà très évangélique. "Ne pas mettre d'obstacle sur la route de l'aveugle. Ne pas accepter que le salaire de l'ouvrier demeure chez nous jusqu'au lendemain, aimer son prochain comme soi-même" toutes ces paroles n'ont-elles pas déjà une résonance très proche de cette morale de l'évangile ?

Aussi bien, ce qu'il y a de nouveau dans l'évangile, ce n'est pas tellement de nouveaux préceptes ou une nouvelle façon de vivre, ce qu'il y a, me semble-t-il de caractéristique dans le sermon sur la Montagne que nous venons d'entendre et qui est un peu comme la charte de la morale évangélique, c'est que l'exigence que le Christ nous propose est une exigence sans limites. Il semble que le Christ accumule, à plaisir, les préceptes ou les conseils presque impossibles à réaliser : "Si ton œil te scandalise, arrache-le, et jette-le loin de toi ! Si ta main est pour toi une occasion de péché, coupe-la et jette la loin de toi ! Si on te frappe sur la joue droite, tends la joue gauche !"Comment pouvons-nous prétendre accomplir tous ces préceptes ?

Aussi bien le Christ nous donne le fond de sa pensée : "Soyez parfaits, comme le Père du Ciel est parfait !" Exigence bien évidemment impossible à accomplir. Comment pourrions-nous imaginer, seulement une seconde, pouvoir devenir parfaits de la perfection même du Père qui est dans les cieux ? C'est pourquoi je crois que la caractéristique de la morale de l'évangile c'est d'être une aspiration, une attirance, une aimantation vers la perfection de Dieu. Et en cela d'ailleurs, Jésus est fidèle au Lévitique puisque la première parole de Dieu est : "Soyez saints comme Je suis saint !"

Nous sommes appelés à la perfection, c'est-à-dire à un infini de sainteté, de transparence, d'amour. C'est radicalement au-delà de nos forces. C'est foncièrement au-delà de nos possibilités. Et pourtant, c'est cela que le Christ nous demande, c'est cela qu'Il exige de nous. Il exige donc, non pas l'accomplissement de tel ou tel précepte, ou plus exactement non pas seulement l'accomplissement de tel ou tel précepte, il ne suffit pas de faire ceci et puis de faire cela, après quoi nous serions en règle, non, le Christ nous appelle à avancer, sans fin, toujours plus loin, vers cette perfection qui est celle de Dieu, vers cette perfection que Dieu seul peut réaliser, que Dieu seul vit et que Dieu seul peut faire vivre dans nos cœurs.

C'est pourquoi ce sermon du Christ sur la montagne est un appel à nous livrer entièrement aux mains de Dieu, car c'est seulement si nous remettons notre vie entre les mains de Dieu que nous pouvons espérer que sa grâce, en nous, commencera de réaliser cet infini auquel Il nous appelle, car Dieu nous demande de tout donner. Dieu nous demande d'aimer tous les hommes, non seulement ceux qui nous aiment, mais ceux qui ne nous aiment pas, non seulement ceux qui sont bons, mais aussi ceux qui sont mauvais, non seulement ceux qui acceptent la réciprocité d'amour avec nous, mais même ceux qui sont nos ennemis, qui sont nos persécuteurs, même ceux qui nous écrasent. Le Christ nous demande, au nom de Dieu, de nous livrer, sans réserve, sans limites, à cette attraction de sa sainteté qui nous entraînera toujours plus loin.

Etre chrétien, c'est entreprendre, à la suite du Christ, une aventure qui n'a pas de fin, qui ne cessera pas, qui, jamais ne sera comblée. C'est cela que Jésus nous demande. Que nous ouvrions les mains, que nous ouvrions notre cœur, que nous nous mettions debout, que nous nous mettions en marche, en sachant que, chaque jour, Il nous-demandera davantage, qu'Il nous entraînera toujours plus loin et que c'est un "ailleurs" vers lequel nous sommes partis. Alors, qu'en ce carême, nous ne nous satisfaisions pas avec quelques sacrifices avec quelques œuvres que nous accomplirions, mais que nous nous laissions prendre au plus profond de nous-même, par cet appel infini de Dieu qui, nous le savons, ne nous laissera pas de repos, ne nous laissera pas de répit.

Et c'est là la joie même que Dieu veut nous donner, car la joie ne consiste pas en la tranquillité dans le confort et dans un accomplissement qui satisferait notre conscience et nous permettrait de dire : "J'ai fait tout ce que je dois !" La joie consiste à être entre les mains de Dieu, totalement livré à sa tendresse et à son amour, qui, dans l'exigence infinie qui est celle-là même de sa tendresse, nous entraînera jusqu'à Lui. Ayons confiance ! Soyons dans la joie et laissons-nous prendre par Dieu.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public