AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ SAINTS COMME JE SUIS SAINT

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année A (14 mars 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans l'Ancien Testament, la sainteté avait un signe presque certain, c'était l'intégrité : l'in­tégrité des victimes que l'on présentait au Temple, l'intégrité de l'homme qui devait exercer des fonctions cultuelles comme prêtre ou lévite, l'intégrité des actes que l'on posait avec une conscience droite et des intentions pures, l'intégrité de toute la vie qui ne supportait pas que, par exemple on mange des ali­ments impurs ou qu'on ait des conduites qui ne satis­fassent pas aux règles et aux exigences de la tradition d'Israël. L'intégrité, cela voulait dire la totalité, la plénitude, mais vue d'un point de vue humain. Il fal­lait que l'homme soit intègre, c'est-à-dire qu'il trouve, par l'observance et l'application des préceptes de la Loi, une sorte de plénitude à la fois intérieure et exté­rieure, visible et invisible, qui lui donne effectivement de vivre un véritable rapport harmonieux avec son Dieu.

Quand Jésus veut annoncer que la vocation de l'homme c'est aussi la sainteté, Il est confronté à ce vieil idéal traditionnel de la sainteté telle que le com­prenait Israël. Mais il est obligé d'expliquer que, dé­sormais, l'idéal ultime de la sainteté c'est comme l'avait prophétisé Moïse d'être saint, non plus simple­ment à mesure humaine, mais vraiment comme Dieu est saint, avec l'audace des enfants et des fils qui n'ont pas d'autre but que d'arriver à la plénitude des grandes personnes, à l'âge adulte, alors qu'apparemment ils n'en sont pas du tout capables.

"Soyez saints !" L'appel à la sainteté qui re­tentit dans le sermon sur la montagne c'est un appel à une sainteté qui n'a plus mesure humaine, qui n'est plus simplement l'intégrité et la préservation de l'homme tel qu'il est donné à lui-même, mais qui a pour but, maintenant, le plein épanouissement dans une mesure divine. Dès lors, la Loi ne sera pas abolie, mais elle va subir, dans le cœur de ceux qui la reçoi­vent par Jésus, une sorte de traitement qui fait que, désormais, la mesure de l'intégrité et de la plénitude humaine sera la démesure de l'amour de Dieu.

Et c'est ce qui nous est manifesté dans chacun des préceptes tels que les reprend le Christ. "Vous avez entendu qu'il a été dit aux Anciens ", ceci c'est l'intégrité telle qu'elle était proposée à la tradition d'Israël. "Mais Moi Je vous dis " c'est-à-dire Je vous propose une nouvelle forme de sainteté qui dépasse l'élan de l'ancienne et qui vous configure vraiment, réellement à la plénitude et à l'intégrité de Dieu. Dès lors nos critères humains ne s'y retrouveront pas tout le temps. Alors qu'auparavant la sainteté signifiait justice "œil pour œil, dent pour dent !", désormais la sainteté va signifier surabondance, débordement de la miséricorde et de l'amour. Alors qu'auparavant la sainteté signifiait l'intégrité, le fait de ne pas toucher à la vie de quelqu'un désormais, même si dans une pa­role je dis quelque chose contre mon frère, alors je touche réellement à l'intégrité, à la plénitude de vie de mon frère. Par conséquent, il faut que ma parole, mon amour pour mon frère soit généreux comme la parole de Dieu et le regard de Dieu qui tombe sur lui pour le bénir.

Et enfin, quand je me souviens que mon frère a quelque chose contre moi et qu'en réalité je suis victime, il faut que, à cause de ce manque d'intégrité parce que j'ai été blessé dans mon être, il faut que je reçoive, à travers mon frère, la plénitude même du pardon que celui-ci doit me donner au lieu de me blesser.

Ce que le Christ nous propose là est sans doute quelque chose d'inatteignable par nos propres forces humaines. Cette sainteté vise non pas à restau­rer ou à garder une sorte de plénitude humaine mais à se laisser saisir tout entier par le feu dévorant de l'amour de Dieu. La plupart du temps, lorsque nous sommes mis en présence de cette exigence, nous avons envie de baisser les bras et de nous dire que ce n'est pas possible. Pourtant, le premier signe de la sainteté du peuple de Dieu, c'est que le Christ n'a pas refusé de nous dire cela. Que nous le voulions ou non désormais, même si nous ne pouvons pas dépasser la loi du talion, même si nous ne pouvons pas vivre pleinement la dynamique profonde du pardon et de la miséricorde de Dieu, à partir du moment où le Christ nous l'a dit, nous sommes engagés dans cette aven­ture. Et même si, dans un premier temps, elle nous laisse pressentir, ou plutôt constater avec une évi­dence cruelle, la redoutable incapacité que nous avons à vivre au rythme de la sainteté de Dieu, au moins elle nous met devant la réalité qu'il n'y a plus rien d'autre, que nous ne pouvons plus avoir d'autre mesure, que nous ne pouvons plus avoir d'autre référence et que, désormais, le sens profond de notre vie, c'est de lais­ser agir le pouvoir de sa grâce pour réaliser notre pro­pre sainteté.

 

AMEN

 

 

 
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