AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ SAINTS

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année B (27 février 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Martrin : le don de la Loi 

N

ous avons entendu cette admirable page du livre des Lévites dans laquelle toute la morale chrétienne est accrochée à ce principe unique : "Soyez saints car moi, votre Dieu, je suis saint !" Et comme un refrain revient cette phrase : "Je suis le Seigneur !" Et la morale qui nous est ainsi enseignée est déjà d'une grande délicatesse et nous conduit à une vie d'une grande profondeur. Non seulement il nous est demandé de ne pas adorer les idoles, non seulement il ne faut pas commettre de vol, mais encore il faut que le salaire de celui qui a travaillé pour nous ne demeure pas dans notre main jusqu'au lendemain matin, mais encore il ne faut pas maudire le muet qui ne peut pas se défendre, ni mettre un obstacle sur le chemin de l'aveugle qui ne pourrait pas l'éviter. Non seulement il faut être juste et ne faire acception de personne, mais encore il ne faut pas avoir dans son cœur de sentiments de haine, de diffamation ou de mépris pour son frère, ou de vengeance ou de rancune. Non seulement il ne faut pas faire de mal aux autres, mais il faut savoir réprimander son frère pour qu'il ne s'enfonce pas dans le mal.

       Voilà donc une morale d'une grande profondeur et sans commune mesure aucune avec les règles morales que l'on pouvait trouver à l'entour d'Israël, dans telle ou telle nation ou telle ou telle religion. Il y a déjà une transcendance extraordinaire dans cette loi de Moïse qui jaillit vraiment du cœur de Dieu et qui conduit ceux qui écoutent cette loi à un grand affinement de leur esprit et de leur cœur. Pourtant il y a quelque chose qui manque, ou plutôt il y a constamment, dans cette loi, une restriction. "Vous ne commettrez pas de vol ni de fraude envers votre compatriote. Vous n'exploiterez pas votre prochain. Vous ne commettrez pas d'injustice en jugeant votre compatriote. Il ne faut pas diffamer ceux qui sont les tiens, ni mettre en cause ton frère. Tu dois aimer ton prochain." Sans cesse, ce texte nous présente cette morale comme ayant pour objet celui qui est notre frère, notre proche, notre compatriote, c'est-à-dire pour ceux qui lisaient cette loi, pour celui qui appartient au peuple juif, au peuple élu.

       C'est pourquoi Jésus pourra résumer cette loi dans sa plus belle parole, celle que Lui-même nous recommandera : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même !" en ajoutant ce qui n'est pas dans cette loi et qui d'une certaine manière la résume aussi : "mais tu haïras ton ennemi". La limite de cette loi juive, c'est qu'elle est à usage interne pour le peuple juif et qu'elle rejette en dehors de cette règle morale ceux qui ne font pas partie du peuple juif. Elle n'a pas encore accédé à l'universalisme, elle n'a pas encore accédé à l'acceptation de la différence, au respect de celui qui n'est pas mon semblable, mon frère, mon prochain. Elle est encore une morale fermée, une morale close. Et c'est pour cela que Jésus, dans le sermon sur la montagne, dit : "On vous a dit, et bien Moi je vous dis."

       Qu'est-ce que Jésus nous dit de plus que cette loi ? Non seulement Il porte son affinement et sa perfection au plus loin, mais plus encore et essentiellement Il affirme : "Aimez même celui qui n'est pas proche de vous" celui qui est étranger, ennemi, différent, loin. Même celui qui ne fait pas partie de la famille, de la race, de la religion, même celui avec qui nous ne sommes pas en accord, même celui qui nous est hostile, même celui qui nous persécute, même celui qui ne nous reconnaît pas, il faut l'aimer. Non pas pour qu'il reste notre ennemi, non pas pour qu'il continue à nous persécuter, mais pour que nous parvenions ensemble à cette communion des cœurs et qu'il devienne, lui aussi, mon frère. Ce que Jésus enseigne, c'est que la fraternité dont Il parle est universelle. Tous les hommes, même ceux qui nous sont étrangers, même ceux qui ne pensent pas comme nous, même ceux qui, apparemment, ne croient pas comme nous, dans le même Dieu, dans la même foi ou la même religion, même ceux-là doivent devenir nos frères. Il faut que nous les aimions assez pour qu'ils entrent eux aussi dans cette universelle fraternité des enfants de Dieu. Car tous ils sont des enfants de Dieu.

       Tel est l'épanouissement, l'agrandissement, la dilatation de la loi que Jésus a voulu apporter. Et alors se réalise vraiment la parole : "Soyez saints comme Je suis saint !" que Jésus reprend en disant : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait !" Car la sainteté de Dieu, la perfection de Dieu c'est la perfection d'un père qui est le père de tous les hommes, qui notre père certes mais aussi le père de ceux qui sont loin de nous et que nous connaissons mal, que nous comprenons mal ou qui nous comprennent mal. Ainsi notre mission, telle que Jésus la définit c'est d'arriver à ce que tous les hommes entrent dans cette même fraternité et le moyen qu'il nous donne c'est de les aimer. Non pas de les combattre, non pas d'abord de nous défendre contre eux, mais de les aimer, de vaincre ce qui peut être un éloignement par un amour plus grand.

       Et si nous voulons qu'ils deviennent proches de nous, il faut d'abord que nous devenions proches d'eux, que nous acceptions de dépasser les incompréhensions, les préjugés, les divisions ou les différences, les hostilités et les rancunes. Il nous faut dépasser tout cela pour arriver à être proches en nous faisant proches de ceux qui ne sont pas encore proches.

       Alors, à ce moment-là : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même !" pourra prendre une valeur universelle, pourra s'étendre à l'humanité tout entière. Examinons notre cœur, en ce temps de carême, notre cœur qui parfois a du mal à accepter ceux qui sont différents, qui essaie parfois d'établir des barrières ou de les surélever, en tout cas qui ne fait rien pour les faire disparaître, entre nous et les autres. Essayons de nous convertir à une vraie charité qui est la vraie construction d'une humanité fraternelle.

       AMEN


 

 
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