AU FIL DES HOMELIES

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SOYEZ PARFAITS

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année B (26 février 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

n écoutant cet évangile il semble qu'il y ait une sorte de surenchère par rapport à la Loi proposée. Ces lois du Lévitique posées par Dieu précisent les exigences de la vie de l'homme par rapport à son Seigneur, rythmées par ce refrain : "Car Je suis le Seigneur ton Dieu !" Or l'évangile nous demande de dépasser cette loi vétéro-testamentaire. Il y a plus à faire que ce qui est écrit dans la Loi. Ce qui fait que quand on écoute ce texte on peut avoir l'im­pression d'être un peu au pied du mur, avec une réelle difficulté d'accomplir parfaitement et précisément cette Loi. En fait ces textes sont très proches l'un de l'autre car tous deux contiennent en germe le principe même de l'action morale. "Sois parfait parce que Je suis parfait !" Si Dieu est parfait nous avons à être parfait. Et dans le Lévitique : "Tu aimeras ton pro­chain comme toi-même." En somme Jésus n'a rien inventé, n'a rien ajouté. Il n'a pas dépassé cette loi, mais Il l'a accomplie. Et c'est ainsi qu'Il a été saint comme le Seigneur est saint.

Je crois que c'est dans ce principe-là que ré­side finalement toute l'action du chrétien. Nous cher­chons pour nous-mêmes et pour ce monde la perfec­tion. Dans toute notre vie, il y a un principe radicale­ment usant, c'est que nous n'arrivons pas à atteindre à la perfection et que toutes les choses que nous vou­lons faire sont, en dernier ressort, une imperfection par rapport à la perfection dont nous avons rêvé. Donc qui finalement peut se targuer d'être parfait comme le Seigneur est parfait ? Qui peut se targuer d'accomplir parfaitement la Loi ? Je crois que c'est là où le bât blesse quand Jésus a à faire face aux pharisiens. C'est qu'ils se targuent d'accomplir parfaitement la Loi. Et profondément ce sont des hommes malheureux car ils se rendent compte que si dans les moindres détails on accomplit la Loi, il y a cette imperfection de la vie qui fait que la communion avec Dieu n'est peut-être pas tellement réalisée. En tout cas elle n'est pas pleine­ment réalisée juste parce que l'on aurait parfaitement accompli la Loi, les préceptes. Sinon ce serait à portée humaine, à la portée de tous. Mais alors direz-vous, qu'est-ce que le Seigneur veut pour nous s'Il nous demande d'être parfaits comme Lui-même est parfait, que pouvons-nous faire ? Simplement accomplir la Loi le mieux possible. On se rend compte déjà que c'est difficile et si on y arrive parfaitement ce n'est pas encore la communion avec Dieu. Finalement nous tournons en rond et nous sommes devant l'impossible.

Je crois justement que nous sommes devant l'impossible et qu'en fait la perfection de ce monde, c'est quelque part son imperfection. Encore faut-il s'en rendre compte et surtout l'assimiler et l'accepter. Et quand le Seigneur dit : "Aime ton prochain comme toi-même !" c'est s'aimer soi-même dans notre propre fragilité, dans notre propre péché. Et c'est pourquoi nous aimerons l'autre parce qu'Il est fragile. Nous aimerons l'autre dans son péché, nous aimerons l'autre dans sa fragilité. Et c'est là que réside la perfection de la Loi. C'est là que réside finalement la perfection de Dieu puisqu'Il nous a aimés alors que nous n'étions pas aimables, c'est qu'Il s'est fait fragile dans son hu­manité, Lui le divin, pour rejoindre notre humanité blessée et fragile. En somme, c'est là qu'Il a été par­fait. Et c'est pourquoi, tout au long de l'évangile, nous avons ce visage du Christ qui apparaît si faible avec ses préférences. Il semble préférer les publicains et les prostituées aux pharisiens qui accomplissent la Loi, Il semble préférer l'apôtre Jean aux autres apôtres, Il semble préférer le larron sur la croix aux justes qui se sont présentés devant Lui. Voilà la perfection de Dieu, c'est sa fragilité humaine qui va jusqu'à dire sur la croix où réside la perfection de ce monde, para­doxalement, dans ce que nous, nous refusons chaque jour, en nous masquant notre propre péché et notre propre fragilité, en la masquant d'autant plus que nous essayons de poser des barrières morales, de lois et de préceptes et de rites, pour ne pas affronter ce qui, en nous, nous fait peur.

Ainsi donc, aimer son prochain comme soi-même, être parfait comme Dieu est parfait, c'est sui­vre le Christ jusqu'au bout, dans ce qu'Il a réalisé, vrai homme et vrai Dieu, faisant de cette humanité le ré­vélateur de sa vie et de sa grâce. Finalement le prin­cipe même de toute morale, le principe même de toute vie chrétienne, c'est ce difficile équilibre entre la communion de vie de Dieu et de l'homme. C'est en somme le lieu où doit se réaliser ce si fragile équilibre de la liberté humaine qui veut s'élancer vers son Dieu et qui croit y arriver par ses propres forces et en même temps cette liberté humaine qui baisse les ar­mes devant la grâce de Dieu qui lui est proposée gra­tuitement et sans qu'il l'ait méritée. Nous sommes appelés dans notre vie chrétienne, qui finalement en­globe toute la réalité humaine et pas simplement le principe moral puisqu'elle les dépasse, englobe le lieu du principe même de l'eucharistie la fragilité du pain et du vin révèle en plénitude la grâce du don quand ils deviennent corps et sang du Christ présence de Dieu.

Ainsi donc chacune de nos vies, chacune des réalités de notre quotidienneté, de notre humanité, doit devenir le lieu même de présence eucharistique, doit devenir pour ce monde eucharistie. Cet équilibre fragile où liberté et grâce, où pain et vin devenant corps et sang du Christ manifestent que le Seigneur, dans son humanité et dans sa divinité, est parfait et nous a appelés à cette perfection.

 

 

AMEN

 

 
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