AU FIL DES HOMELIES

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APPELÉS À LA COMMUNION

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année A (2 mars 1996)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce passage de ce qu'on appelle le sermon sur la montagne et qui constitue l'enseignement fondamental que Jésus a adressé à ses disciples sur le Royaume des cieux, nous apprend que nous devons être parfaits comme notre Père du ciel est parfait. Il y a là l'écho de ce que nous entendions tout à l'heure dans le Lévitique : "Soyez saints parce que je suis saint." Notre sainteté consiste donc à nous configurer à la sainteté de Dieu. Jésus donne toutes sortes d'applications à ce principe. Il montre l'exigence absolue de cette sainteté. Exigence au niveau des relations conjugales, au niveau de la colère qui est déjà une manière de tuer, au niveau de la vengeance ou encore au niveau de l'amour que nous devons avoir non seulement pour ceux qui nous ai­ment, mais pour tous les hommes. Nous prêchons chaque année sur cet évangile et nous avons donc déjà eu l'occasion de vous parler de l'un ou l'autre de ces points d'application de la sainteté chrétienne. Je vous propose donc de réfléchir sur un seul verset qui n'a pas peut-être pas encore fait l'objet de notre prédica­tion. Jésus dit : "Quand tu présentes ton offrande à l'autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d'abord te ré­concilier avec ton frère." Ce verset nous montre que la sainteté que Jésus nous demande et qui est une par­ticipation à la sainteté de Dieu n'est pas seulement une affaire privée entre Dieu et moi. Cette relation entre Dieu et moi passe par mes frères et il n'y a pas de sainteté en relation close ou fermée. La sainteté im­plique tous mes frères. Je ne peux être saint, me sanc­tifier, m'approcher de Dieu, faire que ma vie ressem­ble à la sienne, que si ma relation avec les autres, et tous les autres car Jésus précise qu'il s'agit aussi de mes ennemis est transformée. Si je prétends m'appro­cher de Dieu sans passer par mes frères, je suis un menteur. Jésus applique cela aussi bien à la prière privée qu'à la prière publique. Il prend ici l'exemple de la prière liturgique : "Quand tu présentes ton of­frande à l'autel ..." C'est ce que nous allons faire car le prêtre présente l'offrande au nom de l'assemblée tout entière. Jésus ne prend pas position pour savoir si mon frère a des raisons de m'en vouloir. Quand bien même il m'en voudrait à tort, je dois laisser ma prière, ma chambre et son intimité avec Dieu, laisser la litur­gie, la messe, l'office, laisser tout ce que je suis en train de faire pour aller me réconcilier avec mon frère. Il n'y a aucun moyen de s'approcher de Dieu tant que nous ne sommes pas en paix les uns avec les autres, si nous ne sommes pas proches les uns des autres. La relation avec Dieu est inséparable de la relation avec nos frères, avec tous nos frères (et pas seulement nos proches).

Cette exigence est extrêmement difficile à remplir. Si nous devions être en paix avec tous nos frères, peut-être ne serions-nous pas très nombreux ce matin à célébrer l'offrande de l'eucharistie. Il nous faut cependant prendre au sérieux cette Parole de Jé­sus, même si elle est absolue et frôle le paradoxe. On ne peut entrer en communion avec Dieu que si cette communion est le fait de toute la communauté ecclé­siale, de toute la communauté paroissiale, de toute la communauté humaine. Pas de communion verticale sans communion horizontale. Les deux mouvements s'appellent réciproquement. Nous devons donc exa­miner très profondément notre vie dans sa quotidien­neté précise pour savoir si nous pouvons vraiment être en communion avec Dieu. La réciproque est vraie aussi : la communion avec Dieu peut et doit être un ferment de communion avec nos frères. Nous appro­cher de Dieu, c'est aussi faire naître en nous une proximité les uns à l'égard des autres, faire naître en nous le désir de devenir proches des autres. C'est pourquoi il n'est pas opportun, même si nous ne sommes pas encore en pleine communion les uns avec les autres, que nous partions tous de cette messe. Ce qui est important, c'est de venir à cette eucharistie avec la conscience très claire que communier avec Dieu exige aussi la communion avec nos frères. Toute affaire cessante, il faut qu'au sortir de cette eucharis­tie, nous nous mettions en quête de chacun de nos frères et plus particulièrement ceux qui ont quelque chose contre nous. La paix de Dieu doit nous établir en paix les uns avec les autres. Ce qui est important, c'est de comprendre le lien étroit entre ces deux com­munions qui peuvent nous apparaître assez différentes sur un plan concret, mais qui ne sont pourtant pas du tout étrangères l'une de l'autre. Notre communion avec Dieu est un mensonge si elle ne comporte pas ou ne produit pas la communion avec nos frères.

Nous devons véritablement être en commu­nion les uns avec les autres et je voudrais vous dire, à ce sujet, un mot sur les gestes que nous accomplis­sons. Les gestes que nous posons ont une significa­tion. Nous devons les vivre de telle sorte qu'ils soient porteurs de ce qu'ils signifient. Communier au corps du Christ, c'est communier à l'Église c'est-à-dire communier à l'humanité sauvée. Si la liturgie de­mande qu'avant de nous approcher de l'eucharistie, nous nous donnions les uns aux autres un signe de paix, un baiser de paix, ce n'est pas gratuitement ni rituellement. Ce n'est pas une manière de poser un geste plus ou moins fictif ou ésotérique. Par ce geste de paix, nous devons véritablement nous dire notre amour mutuel, notre réconciliation. Nous devons nous demander pardon les uns aux autres. Si nous avons du mal à embrasser tel ou tel de nos frères, à lui donner la paix, c'est qu'il y a un problème à résoudre. Il faut de toute urgence aller vers ce frère pour lui dire, même si ce n'est pas facile : "Je te donne ce signe de paix pour que la grâce nous soit faite d'être établis l'un à l'égard de l'autre dans la paix." Cela devra devenir concret en notre vie dès tout à l'heure, dès maintenant. Donnons tout leur sens à ces gestes. Il y a des gens qui, au moment du geste de paix, se mettent ostensiblement à genoux, la tête dans les mains, pour ne pas être obligés de donner la paix à leur voisin. Ils affirment alors un mensonge, ils veulent communier avec Dieu sans communier avec leurs frères. Notez bien que ce n'est pas bien mieux lorsque l'on donne distraitement et sans y penser une poignée de main. Nous devons vivre réellement ce que nous faisons et prendre au sérieux cette liturgie si pleine de sens et de signification.

Alors, frères et sœurs, soyons véritablement en Eglise pour nous approcher du corps du Christ. Soyons en communion les uns avec les autres. Soyons-le véritablement et non pas de manière dis­traite, lointaine ou épisodique. Soyons véritablement des frères qui s'aiment, qui veulent s'aimer et qui sont décidés à apprendre à s'aimer. Que cet amour rayonne de plus en plus loin, jusqu'à ceux qui ne sont pas là, qui ne viennent jamais, mais que nous croisons dans la rue. Ayons ce désir d'un amour communionnel afin qu'il y ait vérité dans notre communion eucharistique.

 

 

AMEN

 

 
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