AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'AMOUR PRÉCÈDE LA LOI

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année B (18 mars 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

a pointe de cet évangile c'est la dernière phrase proclamée : "Donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait". Cette phrase rejoint directement celle entendue dans le livre du Lévitique qui dit : " Soyez saints, parce que moi, le Seigneur Dieu je suis saint". Et suivent, dans un cas comme dans l'autre, une série de préceptes, de nor­mes, et de règles. A écouter l'évangile, nous pourrions penser que Jésus est en train de décrier l'Ancienne Loi pour en instaurer une Nouvelle : "Il vous a été dit, vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi, moi je vous dis ..." Et il y a une série de répé­titions sur différents articles de la Loi où le Seigneur dit : "On vous a dit ... Je vous dis !" Je pense qu'il serait erroné de croire que nous avons simplement à faire à un discours sur la règle ou sur la norme. A mon avis, ce n'est ni le principe que Jésus veut mettre en avant, ni même à fortiori celui que Dieu veut ins­tituer pour les hommes. Je me souviens d'une ré­flexion d'un diacre religieux dont je tairai le nom de l'ordre, qui disait : "Dieu avant d'aimer pose des lois". Je m'insurge contre ce précepte. Dieu ne dit pas : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et tu aimeras ensuite ton prochain", comme si on édictait une loi, la loi étant donnée cela permettrait de baliser le terrain et à Dieu de se donner, de se révéler, et d'aimer.

C'est justement exactement le contraire du principe énoncé. Et la Loi ou la règle n'aurait aucun intérêt si elle était première à l'action de Dieu. Dieu aime, et ensuite parce qu'il aime, il peut donner une Parole, il peut donner ce qu'on appellera non pas un commandement, mais une Parole, même si à défaut ensuite, on reviendra au terme de règle, et de com­mandement. Dieu dit : "Parce que je suis saint." Et cela nous dit quelque chose de profond de lui, de son identité, et à cause de cela, il peut ensuite dire : "Vous-mêmes, vous serez saints". Et la pointe de l'évangile, même si la phrase vient en dernier c'est que toute la série de préceptes n'a aucun intérêt, si l'on supprimait cette phrase, "soyez parfaits, tout simple­ment parce que votre Père est parfait".

Je crois que cela devrait induire en nous un principe de vie chrétienne qui change radicalement la manière dont parfois les chrétiens ont encore la ma­nière de s'attacher à l'Église, à sa foi, comme surtout à sa morale. C'est bien le propos du pharisien d'accom­plir la loi, d'être respectueux de la norme et de la rè­gle, pour aboutir à un principe de sainteté. Et c'est là exactement où le bât blesse. Parce que ce n'est pas en fonction du droit appliqué que quelqu'un est justifié, mais c'est le sens et la source de ce droit et de cette règle qui est le législateur, en l'occurrence, Dieu. Et la règle de Dieu, c'est sa sainteté, et c'est sa réflexion. Ne font qu'en découler ensuite un système établi qui semble rigoureux, mais qui n'est que la concession à la faiblesse et à la fragilité humaine, pour essayer de se donner les moyens de vivre selon ce principe et ce sens même de la sainteté et de la perfection.

C'est ce qu'essaie de réaliser la vie monasti­que, ce qui est premier quand un moine consacre sa vie à Dieu, ce n'est pas d'appliquer une règle, c'est d'être saint comme Dieu est saint, mais cela, c'est inscrit dans la radicalité du baptême, qu'ensuite, on se donne les moyens de la règle, c'est une chose, mais que l'on pose la règle en principe de sainteté, c'est autre chose, et c'est faux, en soi. saint Augustin di­sait : "Aime et fais ce que tu voudras". C'est à la li­mite, la seule règle valable et exigeante. C'est la même chose voue le voyez, dans notre liturgie. Cer­tains estiment que la liturgie devrait être réglée selon des normes, des droits et des principes, tant et si bien que certains canonistes s'inventeraient volontiers pro­fesseurs de liturgie. Et bien là encore, c'est faux. A quoi sert la liturgie ? Elle ne sert à rien d'autre qu'à la sanctification de l'homme. Et c'est cette sanctification-là qui est première et c'est ce que réalise la liturgie. Alors qu'après on discerne dans la liturgie, qu'on mette de manière cohérente les principes qui font agir cette liturgie, d'accord. Mais donner des principes et faire de la liturgie ensuite, ce serait tomber ce dans quoi l'on est tombé au siècle dernier, le rubricisme, comme on est tombé dans le moralisme. Donc, ni moralisme, ni rubricisme, "Soyez saints, parce que Dieu est saint, soyez parfaits parce que votre Père céleste est parfait". C'est bien plus exigeant que n'im­porte quelle règle de droit. Le droit à la limite, j'es­père que ceux qui font des études de droit ne me contrediront pas, mais le droit ne fait qu'entériner une situation, ce qui existe déjà. Le droit ne peut pas d'abord inventer une réalité. Il ne peut pas donner une existence à une situation. Il ne fait que poser des rè­gles et des normes en fonction de situations qui exis­tent avant, et qui permettent simplement de trouver la forme à ce qui est le sens de toute existence, de trou­ver justement ce qui la fait agir, ce qui lui permet de vivre en communauté, et ce qui lui permet ainsi d'aboutir au chemin, et pour les chrétiens, ce chemin étant la sainteté même de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public