AU FIL DES HOMELIES

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AIMER EST DIFFICILE !

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année A (23 février 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

e comprends qu’on ait le hoquet avec un tel évangile, ce n’est quand même pas facile, c’est comme notre vie chrétienne qui hoquette, parce qu’on se dit qu’on n’y est pas encore arrivé. Qu’y a-t-il de commun entre cette joue que l’on tend, quand on se dit qu’on a déjà frappé sur une. Qu’y a-t-il de commun entre le manteau que l’on donne quand on a déjà donné sa tunique ? Qu’y a-t-il de commun entre cet amour des ennemis qui nous est demandé ? Quelquefois, on aurait envie de dire au Seigneur, assez, Tu me demandes beaucoup trop, je ne voudrais pas que tu m’entraînes sur des chemins qui vont aussi loin, j’aimerais pouvoir trier, par exemple, j’aimerais pouvoir choisir une chose, et puis la vivre à fond, comme saint Martin qui a partagé son manteau, comme saint Polycarpe que nous fêtons aujourd’hui, qui a donné sa peau, martyr. Je voudrais pouvoir trier, je voudrais pouvoir transiger, je voudrais pouvoir régler cette affaire, non pas toutes affaires cessantes, mais je voudrais pouvoir avoir un laps de temps, je voudrais avoir un peu plus de temps pour me convertir, pour pouvoir un peu coller à ces paroles, mais je sens que plus je m’approche de ces paroles, plus elles s’éloignent, et plus aussi je suis dans l’impossibilité d’y répondre, tellement elles sont profondes, tellement elles vont loin, pourtant, je devrais y adhérer de toutes mes forces.

Alors, est-ce que c’est réservé à une certaine race d’hommes ? Est-ce que c’est réservé à une sorte d’élite ? Alors, par exemple, est-ce que c’est réservé aux convertis ? Les convertis, ils entendent cette Parole pour la première fois, alors on comprend qu’ils s’emballent, mais nous, avec notre expérience, on sait qu’aimer est difficile, on sait que ce n’est pas donné tous les jours, et nous, on plaisante un peu les convertis, on se dit qu’ils se rendront bien compte un jour que ce n’est quand même pas si simple. Je crois qu’à travers cette parole, est révélée notre dignité, la confiance que Dieu nous fait. Il nous croit capables de les réaliser, sinon, il ne les aurait jamais prononcées ces paroles, c’est impossible. Quand quelqu’un nous demande d’aimer un humain, déjà ce n’est pas si facile. Quand on nous demande d’aimer Dieu, c’est réservé peut-être au plus mûr, à ceux qui ont déjà fait un chemin. Peut-être qu’il nous révèle à travers ce commandement de l’amour, une sorte de difficulté, une difficulté à aimer. Il nous révèle cette difficulté, non pour nous enfoncer, Il nous révèle cette difficulté parce que dans cette difficulté même il y a les deux aspects de la nécessité. C’est-à-dire que nous devenons nécessiteux, nous avons besoin de Lui pour y arriver, nous savons que par nos propres forces, nous n’y arriverons jamais. Il nous rend nécessiteux d’entendre cette Parole, nécessiteux de sa grâce, et il nous révèle une fécondité qui est tout à fait différente de l’ordre de l’efficacité, parce que si jamais c’était de l’ordre d’un certain nombre de commandements accessibles à ce moment-là, on pourrait se mobiliser, mobiliser toutes nos énergies. Mais là c’est de l’ordre de la fécondité, c’est-à-dire que c’est Dieu qui donne la croissance. Il révèle les deux aspects de nécessité et de fécondité, et il révèle donc cette difficulté. Quand Il révèle ce commandement de l’amour, quand Il déploie ainsi tous ces commandements, il révèle une difficulté.

Je crois que c’est peut-être l’enjeu du Carême, c’est que nous rencontrons Dieu précisément dans cette difficulté à aimer. Nous sommes comme une sorte d’univers, et je crois que ces petits personnages qui culbutent, c’est la difficulté qui est comme notre poids, comme notre centre. C’est dans cette difficulté que le combat se fait, le plus proche avec Dieu. C’est dans cette difficulté que Dieu est capable de nous rejoindre, non pour nous écraser, mais pour précisément jouer le combat avec nous, se battre à nos côtés dans cette difficulté à aimer. Mais, si on comprend que c'est précisément dans cette difficulté à aimer que Dieu place toute l'attention qu'Il a pour chacun de nous, alors on comprend qu'il y a un enjeu, et l'on comprend que cela vaut le coup, et l'on comprend qu'au-delà de la radicalité des paroles, il y a un amour qui nous attend.

 

AMEN

 

 

 
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