AU FIL DES HOMELIES

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SALÉS PAR LE FEU !

Lv 19, 1-4+11-18 ; Mt 5, 20-30+38-48
Samedi de la première semaine de carême - année B (15 mars 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

T

oute une sagesse un peu populaire, ou un vieux fond d'humanité dit que l'on tombe où l'on est affecté par l'endroit par lequel on a péché. Si tu as péché dans telle direction, à de mo­ment-là tu tomberas dans telle direction, si l'arbre est fatigué d'un côté, s'il est vermoulu, si l'arbre est comme une de ces poutres qu'on n'a pu enlever là-haut dans la tribune de l'orgue, s'il est vermoulu, il tombera de lui-même, il tombera du côté où il penche. La Bible traduit cette idée aussi, au moins dans deux personnages. Samson qui était tombé amoureux de Dalila, et parce qu'elle l'avait séduit pour le tromper et pour lui faire perdre sa force, elle lui coupe les che­veux, Samson devient aveugle, et tout le temple va s'écrouler sur lui. Et puis, quelqu'un comme Zacharie aussi qui avait douté de la possibilité d'avoir un enfant et qui avait perdu la parole. Donc, même la Bible traduit cela.

Mais, est-ce que c'est vraiment le sens de l'évangile ? Est-ce que c'est vraiment ce que veut dire l'évangile que nous avons entendu ? Je ne crois pas. Même ces paroles très dures comme : si ton œil est une occasion de péché, arrache-le. Il ne faut pas en­tendre cela comme : arrache cela pour ne plus jamais tomber. Mais il faut entendre ces paroles d'une ex­trême gravité, d'une extrême force, comme un feu. Il faut les entendre uniquement comme étant l'expres­sion d'un feu dévorant, extraordinaire, dont personne ne peut s'approcher, d'un feu immense. Je crois que tout ce labeur du carême, ce n'est pas d'arracher son œil, ce serait encore quelque chose qu'on ferait par nous-mêmes, ce serait encore trouver nous-mêmes les raison, les moyens de notre salut, trouver nous-mêmes ce qui convient. Ce n'est pas du tout cela le carême, ce n'est pas trouver en nous-mêmes ce qu'il convient de faire pour s'approcher de ce feu, mais c'est vraiment s'approcher de ce feu ou de laisser ce feu s'approcher de nous. A ce moment-là, parce que c'est le propre du feu, le feu opèrera en nous ce travail, cette vive flamme dont parle saint jean de la Croix, cette vive flamme de l'Esprit fera en nous son œuvre, et alors nous approcherons de Dieu, non pas en ayant nous-mêmes essayé de faire tous ces compromis, toutes ces petites choses, ces arrangements avec le ciel, mais, on sera comme ces saints qui ont tellement laissé le feu s'approcher d'eux qu'ils ont été comme salés par le feu, purifiés par le feu. Tous ces saints qui vont à Dieu en boitant, tous ces saints qui vont à Dieu comme saint François d'Assise, aveugle, par les cau­tères qu'on a posé sur ses yeux pour essayer de le guérir. Tous ces saints comme Ignace de Loyola qui est tombé et qui arrive en boitant au ciel. Nous arrive­rons ainsi au ciel, nous arriverons salés par ce feu de l'amour, mais nous y arriverons sûrement.

Je crois que l'idéal de la sainteté n'est pas de nous faire une sorte de sainteté liftée, bodybuildée, une sorte de perfection esthétique d'un modèle qui serait absolument hors de portée de nos forces, mais nous arriverons tels que nous sommes, nous arrive­rons avec notre misère, nous arriverons en boitant, mais nous arriverons sûrement.

 

 

AMEN

 

 
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