AU FIL DES HOMELIES

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Gn 18, 1-14

(6 mars 2004???)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Mambré : A l'ombre des figuiers 

L

’épisode de l’apparition de Dieu au chêne de Mambré est un épisode extrêmement connu, on peut même se demander ce que l’on pourrait encore ajouter. Mais à sa lecture, j’ai été frappé par deux détails que je n’avais pas véritablement entendus auparavant. Le premier détail, c’est le surenchérissement d’Abraham, vis-à-vis de l’accueil de cette personne, ou de ces trois personnes. Il est au seuil de sa tente, il attend les informations comme on le faisait toujours à cette époque, informations qui vont lui permettre de savoir ce qui se passe dans le pays, dans les tribus d’à côté. Evidemment, il compte payer ses informations par un repas très simple : du pain. Il dit à ces hommes : je vais vous apporter du pain. Ces hommes n’ont pas encore ouvert la bouche, qu’il se précipite auprès de sa femme pour lui demander de préparer un festin. Premier détail intéressant. Pourquoi Abraham n’a-t-il pas apporté tout simplement ce qu’il avait promis au début à ces hommes, c’est-à-dire, un peu de pain ? 

       Le deuxième détail, c’est le comportement des trois hommes et le comportement d’Abraham. Abraham se comporte comme quelqu’un qui  est très affairé, il va, il vient, il vérifie que ses hôtes ont ce dont ils ont besoin. Il est aux petits soins, il n’arrête pas de bouger, de venir, de repartir, tout vérifier un peu comme le serveur au restaurant qui rentre et qui sort pendant que la cuisinière prépare le repas, elle qu’on ne verra pas, car elle restera dans la tente. De l’autre côté, ce silence, ces trois hommes qui ont l’art de considérer Abraham en silence, de le regarder sans rien dire, comme si ils le jaugeaient, comme s’ils s’interrogeaient pour savoir jusqu’où ils vont pouvoir lui annoncer ce qu’ils ont à lui dire. 

       Je crois que ces deux détails révèlent quelque chose d’important dans notre attitude du carême, de l’attente de la résurrection. Très souvent, au départ, nous sommes un peu comme Abraham, au bord de notre tente, en attendant les informations. Je ne parle pas d’ailleurs uniquement des informations que nous entendons à la radio, mais j’oserais même qualifier les informations que nous entendons à la messe. Ce flot de détails, d’images, d’événements, de textes, de psaumes que nous entendons, et nous aurions peut-être au début tendance à vouloir les accueillir dans notre cœur, uniquement comme de simples informations, comme un flux que nous recevons et dont ne savons pas toujours qu'en faire. Mais nous sommes contents, parce que nous avons l’impression de progresser, nous avons appris des quantités de petites choses que nous pouvons nous échanger les uns les autres. Mais à quoi cela sert-il ? 

       Dans l’épisode du chêne de Mambré, il y a une sorte de confluence de toutes ces informations qu’Abraham voulait entendre, parce que nous pensons que ces informations nous disent des choses sur les autres, comme Abraham qui pensait qu’il allait mieux apprendre sur les autres, apprendre mieux le comportement du prochain. Et là c’est de lui qu’il est question. Il était en-dehors de la tente pour attendre des informations sur le monde et sur les autres, et en fait, ces trois hommes ne vont pas satisfaire sa curiosité, mais ils vont lui révéler, ou plus exactement, ils vont lui redonner l’unique et seule parole que Dieu lui avait donnée au départ, et dont il avait un peu oublié l’existence. 

       Notre attitude dans l’écoute de la parole de Dieu dans les célébrations, c’est un peu cela. En somme, au début nous sommes au seul de la tente, plutôt à accueillir toute une série d’informations dont nous ne savons pas toujours que faire, et à un  moment donné, et je crois que c’est aussi de notre côté, si nous acceptons comme Abraham de donner davantage que ce que nous voulions donner au début, pas simplement un morceau de pain, mais véritablement tout, nous sommes payés au centuple. Dieu qui vient nous visiter n’est pas celui qui jauge, et nous donne les restes du repas. Là, tout s’ouvre, devant ce festin auquel ces hommes ne s’attendaient pas, et qu’Abraham n’avait pas nécessairement envie de donner au début de la rencontre, il y a l’unique et seule bénédiction de Dieu qui revient d’une manière encore plus claire, encore plus folle, encore plus surprenante : le fils que tu as n’est pas encore le fils que tu crois avoir. L’évangile que nous avons entendu répond très bien en écho négatif à cette attitude d’Abraham vis-à-vis des trois hommes. 

       Troisième détail, c’est juste le début du texte de l’évangile que nous avons entendu. A qui Jésus s’adresse-t-il ? Automatiquement, nous pensons que c’est aux méchants juifs qu’il s’adresse. Pourtant, au début nous avons entendu : "Jésus dit alors aux juifs qui l’avaient cru". Il ne s’adresse pas à des gens qui ne croient pas en lui. Mais qu’est-ce que croire ? Le problème de ces juifs, c’est cette fois qu’ils ont en Jésus, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est véritablement la foi d’Abraham qui reçoit cette parole des trois hommes ? Ce qui n’est pas croyable va arriver … ou bien sont-ils comme Abraham au bord de la tente, curieux comme l’étaient les juifs à l’époque, encore maintenant, tout comme nous d’ailleurs, d’être au courant des dernières palabres et des dernières discussions entre rabbins ? Effectivement, si c’est cela croire, on comprend mieux le flot de paroles qui va suivre vis-à-vis de ces hommes. 

       Frères et sœurs, le carême c’est véritablement cette progression de ce Dieu qui vivent de l’extérieur et qui rentre dans notre tente, et qui va venir au cœur du repas que nous lui aurons préparé. Le carême, c’est ce moment où nous avons commencé d’une manière très lointaine, avec un vague désir de Dieu, avec un vague désir peut-être d’obtenir quelque réponse à nos questions habituelles. Si nous le voulons, Dieu ne va pas rester uniquement en-dehors de notre tente, mais il va rentrer dans la tente de la rencontre qui est notre cœur, pour venir festoyer avec nous, et pour nous rappeler cette unique et seule parole qui nous est donnée de toute éternité, qui ce salut et cette résurrection. 

       Frères et sœurs, que cette semaine sainte qui commence à se profiler soit pour nous véritablement  ce moment où de visage à visage, d’image à image, nous allons festoyer avec Dieu pour entendre et réentendre cette parole de résurrection d’un Dieu ressuscité qui ne vient pas uniquement annoncer sa résurrection, mais notre propre salut, notre propre résurrection. 

 

       AMEN


 

 

 
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