AU FIL DES HOMELIES

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LES FIGURES DU CHRIST DANS L'ANCIEN TESTAMENT

Gn 37, 2-28

(7 mars 1998???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Saint Gilles-du-Gard : La trahison de Judas 

F

rères et sœurs, je voudrais m'attarder sur la première lecture qui concerne Joseph et ses frères. Cette lecture manifeste en Joseph et ses frères ce qu'on peut appeler une prophétie, une préfiguration du drame de la Passion de Jésus. Comme pour Jésus, Joseph est victime de la jalousie de la haine de ses propres frères. De la même manière, Jésus sera livré en vertu de la jalousie et de la haine de son propre peuple. Comme Joseph que ses frères ont vendu à prix d'argent à des ismaélites de passage qui vont l'emmener en Égypte, de la même manière, Jésus va être livré contre de l'argent par un de ses propres apôtres, Judas. La seule différence, c'est que même si les frères de Joseph avaient d'abord l'intention de le tuer pour se débarrasser définitivement de celui qui les gênait, finalement les frères de Joseph renoncent à ce crime et se contentent de le vendre à une caravane de passage. Jésus lui, ira jusqu'au bout du sacrifice, puisque quand Judas l'aura vendu aux grands-prêtres, ceux-ci le livreront à Pilate et demanderont qu'il soit crucifié. Ce qui est remarquable, c'est que cette lecture de l'Ancien Testament, nous manifeste dans les événements, dans les situations qui nous sont rapportées et qui touchent les patriarches, ici Joseph, ou dans d'autres cas les prophètes, cette lecture de l'Ancien Testament manifeste que celui-ci prend tout son sens quand il s'accomplit de manière parfaite dans la vie même de Jésus. 

       Il y a ainsi une sorte de transparence qui permet comme en filigrane de lire dans ces événements de l'Ancien Testament une préparation de ce qui va s'accomplir en Jésus. Cela n'est pas vrai seulement de l'histoire de Joseph, ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres. De la même manière quand dans la Genèse aussitôt après le péché originel on nous raconte le meurtre d'Abel par Caïn, son propre frère, là encore, ce meurtre d'Abel est une figure, une annonce du meurtre de Jésus conduit à la croix. De même que c'est son propre frère, Caïn qui a tué Abel, de même ce sont les propres frères de Jésus, les membres du peuple choisi qui décideront de sa mort. Abel pasteur qui gardait les troupeaux, a été haï par son frère à cause du fait que ses troupeaux ont été bénis par Dieu, de la même manière, Jésus pasteur de l'Église, comme il voulait être le pasteur d'Israël a été rejeté par son peuple. 

       Ce qui était vrai d'Abel sera vrai aussi d'une autre manière pour Isaac que son père Abraham a voulu offrir en sacrifice par une fausse conception religieuse des relations de l'homme avec Dieu, Isaac, donc, lié sur le bois, sur la montagne de Moriah, Jésus sera lié à la croix sur la montagne du Golgotha. 

       Nous pourrions continuer à multiplier ces correspondances entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Nous pourrions dire par exemple que l'agneau pascal offert en sacrifice au moment de la sortie d'Égypte, pour que son sang dont étaient enduits les linteaux ces portes empêche l'extermination des premiers-nés d'Israël, cet agneau pascal qui se substituait aux premiers-nés d'Israël pur mourir à leur place et pour les sauver par son sang est une figure de Jésus qui meurt à la place des pécheurs et qui nous sauve par son sang. 

       Ainsi nous pourrions parcourir tout l'Ancien Testament et y voir page après page, une préfiguration constamment renouvelée de ce qui va s'accomplir en Jésus, ce qu'il amènera jusqu'à la plénitude de signification: le Fils de Dieu lui-même a voulu se substituer aux pécheurs que nous sommes pour que par l'offrande de sa vie par amour pour nous, nous soyons sauvés de ce péché qui nous a fait refuser l'amour de Dieu. D'Abel jusqu'à Isaac, en passant par Joseph, l'agneau pascal, nous avons ainsi une prophétie permanente qui n'est pas seulement par des paroles comme les prononcerons les prophètes. Nous pourrions encore citer Jérémie que nous lisons souvent pendant ce temps du carême, Jérémie lui aussi persécuté par son propre peuple à cause de la parole de Dieu qu'il annonce, Jérémie qui est descendu dans une citerne sans eau pour y être voué à la mort. Non seulement donc des paroles des prophètes annoncent le Christ, mais aussi la vie même de ces prophètes, de ces patriarches, les épreuves qu'ils subissent.Car finalement, c'est toujours le même processus qui se répète constamment : les hommes refusent la différence qui distingue leurs frères d'eux-mêmes, ils sont jaloux de cette différence, la jalousie les conduit à la haine et la haine les conduit à la violence et au meurtre. Toute l'histoire de l'humanité pourrait se résumer par ce processus et Jésus a voulu rassembler toutes ces victimes de l'injustice des hommes qui ont été sacrifiées par haine et jalousie, Jésus résume tout cela par son sacrifice sur la croix assumant volontairement, librement, le sacrifice subit injustement par les victimes, mais assumant aussi le péché des bourreaux pour l'expier par le don de sa vie. 

       Frères et sœurs, que ce temps du carême qui nous prépare à la Pâque de Jésus nous invite ainsi à reconnaître en lui celui qui abolit par son sacrifice toute haine, toute violence, qui nous invite à renoncer à toute jalousie, car même dans notre cœur, même si nous n 'allons pas jusqu'à tuer nos frères, il y a dans notre cœur ce ferment de jalousie, de refus de la différence, ce ferment de violence, qui si nous acceptons d'y céder, de proche en proche, nous conduira à toutes ces guerres, ces haines, ces meurtres, qui nous entourent et qui parsèment l'histoire des hommes. 

       Que Jésus nous apprenne le pardon, que l'amour est plus fort que la haine et le péché, plus fort que la mort, et que ce pardon est la seule solution qui nous permette de nous sauver du mal, du péché et de la destruction. 

 

       AMEN


 

 

 

 
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