AU FIL DES HOMELIES

DANS LA NUIT, L'ÉTREINTE DE DIEU ...

Vigiles du quatrième dimanche de Carême – B

(2 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

haque homme est seul dans sa nuit, chaque homme est seul dans la nuit ... dans sa nuit ! La nuit, d'ailleurs, c'est le moment où l'on peut se croire seul, on peut croire qu'il n'y a pas d'au­tres hommes, qu'il n'y a pas de Dieu.

La nuit, c'est la manière que Dieu a choisi pour venir vers l'homme, dans sa vie. Si nous nous croyons seuls dans notre nuit, quand nous sommes seuls dans nos malheurs, et le malheur c'est d'être seul, nous ne savons plus que cette nuit, ou le malheur c'est la manière que Dieu s'est choisi pour venir vers nous. Comme l'aveugle est seul quand il ne voit pas, comme Jacob est seul dans cette nuit avant de ren­contrer son frère, rencontre qu'il redoute. Alors, Jacob se lève la nuit, il se lève dans sa nuit, et il se rend encore plus seul qu'il ne l'est en faisant passer ses gens de l'autre côté de la nuit, de sa nuit. Et il se lève, il se dresse, il convoque, il affronte, il appelle Celui qui vient dans la nuit et dont on n'est jamais sûr qu'Il est dans la nuit.

Et de même Jésus va dans la nuit de l'aveugle, l'un et l'autre sont saisis. Dans la nuit, ou on ne voit pas ou c'est trop tard, ou bien Il est trop loin pour le voir venir, ou alors, Il est déjà là, que ce soit l'ami ou l'ennemi. Dans la nuit, on ne peut pas mesurer la dis­tance, on ne peut pas prévoir une rencontre, on se cogne, on se heurte, on s'étreint, et tout d'un coup, on sent sa présence, trop proche pour pouvoir reculer devant cette rencontre aussi brutale que l'aveugle qui voit, et à qui en un instant, est apparu et la lumière et le Créateur.

Vous allez me dire que c'est quand même beaucoup pour un seul instant, de voir le début et la fin du monde, l'Alpha et l'Omega, la lumière des hommes, les arbres, les oiseaux, et puis en même temps, voir le Créateur, et non seulement le Créateur, mais le Créateur qui a pris chair et qui est Celui qui fait de la nuit une autre nuit.

C'est pourquoi si les hommes qui sont seuls dans la nuit, par hasard, par hasard de Dieu, ren­contrent quelqu'un qui est à la fois un lutteur, quel­qu'un qui vous étreint, on ne s'en sort jamais indemne, un peu comme Jacob qui garde un fil attaché à cette histoire, il n'oubliera jamais, il y en a qui boitent, il y en a qui râlent, il y en qui chantent, il y en a qui prient, il y en a qui restent hébétés et ils sont là dans l'église ce soir. C'est marqué, c'est indiqué quelque part, on ne peut pas s'en défaire, on est attaché à cette rencontre dans notre nuit. Finalement la nuit n'est pas encore totalement dissipée que nous savons que cette nuit, c'est peut-être la nuit de Dieu, la manière dont Dieu continue à s'approcher, et là encore une fois, il sera trop tard pour reculer, il sera trop proche, et nous serons vivants dans cette nuit, dans notre nuit.

 

 

AMEN

 

 
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