AU FIL DES HOMELIES

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Il N'A RIEN DEMANDÉ C'EST JÉSUS QUI EST VENU VERS LUI

Jn 9, 1-41

(5 mars 1989???)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, l'évangile que nous venons de lire est une catéchèse du baptême. Non seulement l'Église y reconnaît un signe du baptême, mais encore saint Jean quand il l'a écrit et Jésus quand il a guéri l'aveugle-né ont voulu nous parler du baptême à travers ce miracle. En effet, vous l'avez remarqué, l'aveugle de naissance va se laver à la piscine de Siloé, exactement comme la nuit de Pâques vous serez lavés dans la piscine baptismale. Et de même que cet homme qui était aveugle de naissance recouvre la vue ou, plus exactement, de même que Jésus, à travers ce mystère de l'eau, lui donne les yeux qu'il n'avait pas, de la même manière par le baptême vont s'ouvrir les yeux de votre cœur, les yeux de la foi dans votre cœur pour que vous voyiez le mystère de Dieu, la présence de Dieu, pour, comme le dit l'auteur de l'épître aux Hébreux, que "vous voyiez l'invisible". Et de la même manière que Jésus rencontre l'ancien aveugle qui, maintenant, a les yeux ouverts et lui dit : "Crois-tu au Fils de l'Homme et l'autre répond : "Je crois Seigneur !", et se prosterne pour l'adorer, de la même manière, la nuit de Pâques le célébrant vous demandera : "Crois-tu en Dieu le Père ? Crois-tu en Jésus-Christ le Fils de Dieu ?Crois-tu en l'Esprit Saint ?" Et vous répondrez comme l'ancien aveugle : "Je crois !" Il y a donc un parallélisme constant et volontaire entre ce miracle et ce que nous sommes en train de célébrer, ce dont la célébration s'achèvera la nuit de Pâques. C'est vraiment de votre baptême qu'il s'agit et d'ailleurs l'Église ancienne appelait le baptême : "illumination" justement pour le concevoir, en comprendre la signification et le mystère à la lumière de ce miracle de la guérison de l'aveugle-né. Alors puisqu'il y a un parallèle si étroit entre ce miracle et ce que vous êtes en train de vivre, je voudrais vous faire remarquer un point particulier de ce miracle qui s'applique lui aussi à vous. 

       Vous l'avez remarqué c'est tout le temps Jésus qui prend l'initiative. L'aveugle de naissance n'a rien demandé, il était au bord de la route, il mendiait comme chaque jour, peut-être savait-il que Jésus passait par là, peut-être ne le savait-il pas, en tout cas à la différence d'autres aveugles, d'autres malades dans l'évangile qui, apprenant le passage de Jésus, crient : "Jésus, Fils de David, viens me guérir !" "Jésus ouvre mes yeux", cet aveugle ne dit rien, il ne demande rien. D'ailleurs au fond il ne sait pas bien ce qu'il faudrait demander, car un aveugle de naissance ne peut même pas imaginer ce qu'est la lumière, il ne peut pas savoir ce que c'est que de voir, il n'en a pas la moindre idée et il ne pourrait demander qu'une chose vague dont il a entendu parler. Il sait que les autres parlent de lumière, qu'ils parlent de couleurs, de choses qu'on peut voir bouger, se déplacer, mais lui, il n'a jamais vu la lumière, il ne peut pas savoir ce que c'est, il n'a rien demandé, c'est Jésus qui est venu vers lui, c'est Jésus qui a fait tout le chemin vers lui. Jésus ne lui a même pas demandé s'il désirait être guéri, Jésus, contrairement a ce qu'Il fait dans d'autres passages de l'évangile, ne lui a pas dit : "Crois d'abord et puis Je te guérirai". Jésus a mis de la boue sur ses yeux et lui a dit : "Va te laver à Siloé". Et l'aveugle obéissant est allé se laver et Il a vu. 

       C'est encore Jésus qui prendra l'initiative quelques jours après, rencontrant l'ancien aveugle, de s'approcher de lui et de lui dire : "Crois-tu au Fils de l'Homme ? Crois-tu en Moi, ton Sauveur, le Messie ?" L'ancien aveugle voit maintenant Jésus, mais il ne l'avait jamais vu auparavant, il ne peut pas le reconnaître. Sans doute reconnaît-Il vaguement le son de sa voix, l'intonation de sa voix, pourtant il va dire : "Qui est-Il, ce Fils de l'Homme, pour que je croie en Lui ?" Et c'est Jésus qui lui dira : "C'est Moi, Moi que tu vois parce que j'ai ouvert tes yeux". Alors il se prosterne et il l'adore. 

       Pourtant, notez-le bien, l'ancien aveugle n'est pas un mou, il n'est pas passif. S'il n'a rien demandé ce n'est pas par indifférence. Après sa guérison, il sait très bien se battre pour Jésus, il lui garde sa confiance et le défend même contre les pharisiens et les grands-prêtres qui l'attaquent. Il n'a pas peur, il sait parler et trouver les arguments. S'il n'a pas demandé à être guéri, c'est parce qu'il attendait, Il attendait la venue de Jésus, son cœur était ouvert au mystère de Jésus qui s'approchait de lui. Vous le voyez, sans cesse Jésus est venu au-devant de lui, sans cesse Jésus a pris l'initiative de ce qui s'est passé. 

       Il en va de même pour vous, il en va de même pour nous, frères et sœurs toujours, non seulement au moment de notre baptême, mais chaque jour de notre vie baptismale, chaque jour de notre vie chrétienne. Peut-être, Anne-Marie, Antoine, Olivia, allez-vous me dire : "Mais, nous avons demandé le baptême !" C'est bien nous qui avons dit : "Je veux être baptisé parce que je crois". Vous, avez le sentiment d'avoir déjà marché dans la foi vers Jésus. Pourtant en réalité c'est Jésus qui a tout fait. D'abord si dans votre cœur est né le désir du baptême, c'est Jésus qui l'a fait naître. Si dans votre cœur est née une première lumière de la foi, c'est Jésus déjà qui a déposé cette lumière dans votre cœur. Tout ce chemin que vous faites pendant le carême vous ne le faites pas seuls vers un Jésus qui vous attendrait au loin vers qui vous marcheriez. En réalité tout ce chemin c'est Jésus qui le fait avec vous. Mieux encore c'est Jésus, en quelque sorte, qui vous porte déjà dans ses bras pour vous conduire vers Lui, vers son mystère, vers sa Pâque. Et, voyez-vous, ce qui est vrai de l'aveugle est vrai de vous aussi : il ne savait pas ce que c'était que la lumière, il ne savait pas ce que c'étaient que les couleurs, il ne savait pas ce que c'était que voir. Eh bien, vous ne savez pas ce que c'est que croire en Jésus, vous ne savez pas ce que c'est qu'être rempli de la lumière de Jésus. 

       Voilà le plus important de ce que je veux vous dire : vous croyez déjà, vous avez déjà marché dans la foi, et pourtant la foi que vous allez recevoir au moment de votre baptême, la foi qui va illuminer vos yeux quand ils se seront ouverts dans la piscine baptismale, cette foi dépasse infiniment tout ce que vous avez déjà découvert. Pour le moment vous marchez à la vitesse de vos pas, vous vous avancez petit à petit avec les forces de votre esprit, de votre intelligence, avec toutes vos questions, avec votre réflexion, avec tout ce que l'on vous dit et qu'on vous explique, avec toute la catéchèse qui vous porte et vous entoure, et déjà vous avez le sentiment d'entrer dans un mystère profond, dans un mystère très grand et d'avancer petit à petit, de voir un petit peu plus clair, de commencer à discerner les traits du visage de Jésus, de commencer à comprendre que Dieu est notre Père, à comprendre ce qu'est l'amour de Dieu pour nous, ce que c'est que d'être les frères de Jésus, de faire partie de cette famille de Dieu qu'on appelle l'Église, d'avoir Marie pour mère comme elle est la Mère de Jésus, ce que c'est que d'avoir pour frères tous les frères de Jésus. Tout cela vous avez l'impression petit à petit de commencer un tout petit peu à le comprendre, mais voyez-vous pour le moment vous le comprenez avec vos forces, avec les forces de votre intelligence, de votre esprit, avec votre réflexion à vous. Et puis, le jour de votre baptême, vous allez recevoir d'un seul coup tout le mystère de Dieu, toute la puissance du mystère de Dieu, vous allez être comme plongés dans le mystère de Dieu. 

       Vous savez que le mot baptême veut dire plonger, plonger, immerger complètement. Autrefois quand on baptisait, on plongeait complètement, entièrement, l'eau au-dessus de la tête. Maintenant nous faisons encore cela pour les petits enfants, les bébés, quand les parents sont d'accord. Pour les adultes, les grands garçons ou grandes filles comme vous, on vous versera de l'eau sur la tête, mais le sens du baptême demeure le même, on est plongé dans le mystère de Dieu. Et le mot baptiser, en grec, veut dire plonger au sens de : être en quelque sorte noyé, comme un bateau qui coule, on est submergé, submergé par l'eau, mais submergé surtout par ce que l'eau signifie, c'est-à-dire par la foi, par la présence de Dieu, par l'amour de Dieu, par la lumière de Dieu. Vous allez être complètement plongés là-dedans et, d'une certaine manière, vous allez vous noyer dans ce mystère de Dieu parce qu'Il est trop grand, parce qu'Il est immense, parce qu'Il vous dépasse de tous les côtés. Et il faudra vous laisser faire, vous laisser prendre. Dès maintenant vous, pouvez-vous préparer à vous laisser prendre par Dieu par la main. Et sachez-le, toute votre vie chrétienne il en sera ainsi, vous ne pourrez pas vous dire :"Je comprends, je sais, tout ça je sais ce que ça veut dire", vous serez toujours dépassés par le mystère de Dieu. 

       Et cela se comprend : Dieu est infini, Dieu nous entoure et nous dépasse de toutes parts et si nous voulions tout comprendre et tout savoir et tout tenir en main, ce serait complètement impossible, ce n'est pas raisonnable, ce ne serait plus Dieu si vous le compreniez. Justement il est raisonnable de comprendre que nous sommes dépassés par le mystère de Dieu. Alors il faut dès maintenant vous laisser conduire, Il faut laisser Jésus venir à vous, laisser Jésus prendre l'initiative, il faut que vous remettiez votre vie entre les mains de Jésus pour qu'Il vous entraîne au-delà de ce que vous comprenez, au-delà de ce que vous savez, au-delà même de ce que vous désirez. Car je vous le dis, être chrétien, être les frères de Jésus, être les fils du Père, être remplis de la vie et de l'amour du Père, c'est beaucoup plus beau que tout ce que vous pouvez imaginer, c'est beaucoup plus mystérieux, c'est beaucoup plus obscur, mais c'est beaucoup plus grand et beaucoup plus beau. 

       Alors, sachez-le bien, vous êtes embarqués dès maintenant avec le Christ, pour une traversée qui ne se finira que bien après votre mort, au moment de votre résurrection quand, dans le paradis, tous vous serez avec nous entrés dans le mystère, dans la plénitude de la lumière de Dieu. Nous sommes embarqués dans cette aventure et cette aventure nous n'avons pas les moyens de la tenir en mains, de la guider à notre façon. Il faut nous laisser faire, nous laisser guider. C'est cela la grâce de Dieu, grâce, cela veut dire gratuit, cela veut dire que Dieu nous aime au-delà de tout ce qu'on peut mériter, c'est évident, au-delà de tout ce qu'on peut vouloir, ce tout ce qu'on peut imaginer, au-delà de tout ce qui peut monter au cœur de l'homme, comme le dit saint Paul. 

       Que Jésus vous prenne, qu'Il vous prenne dans ses bras, qu'Il vous prenne sur ses épaules comme la brebis perdue et, qu'Il vous conduise jusqu'au bout de son mystère avec nous tous, frères et sœurs. 

 

       AMEN 


 

 
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