AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST LUMIÈRE DE DIEU

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année C (16 mars 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE


Piscine de Siloë

Nous sommes tous très attachés à nos sens voir, entendre, toucher, cela correspond à un besoin fondamental chez l'homme. C'est un mode de connaissance normal. Il n'est qu'à voir le désarroi que nous éprouvons lorsque, nous trouvant dans une salle que nous ne connaissons pas et, étant brusquement privés de lumière nous sommes là à tâter de nos mains les parois de la salle pour essayer de nous retrouver. Certains même éprouvent une sorte de suffocation et chacun aspire à retrouver la lumière pour savoir et pouvoir se situer. Nous comprenons d'ailleurs l'attitude de l'apôtre Thomas au lendemain de la Résurrection : "Si je ne mets pas mes mains dans ses plaies si je ne vois pas le Ressuscité, non je ne croirai pas". Et c'est pour répondre à ce besoin que Dieu est venu jusqu'à nous. En Jésus-Christ, Il s'est fait chair pour que des mains d'homme puissent avoir contact avec Lui. Saint Jean le dit dans son prologue : "Ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, nous vous l'annonçons". Il s'est fait Parole pour que des oreilles humaines puissent l'entendre et transmettre d'âge en âge ce qu'elles ont entendu. Il s'est fait présence visible pour que des yeux d'hommes puissent le voir, le contempler et en témoigner. Mais Jésus n'est pas seulement venu répondre à ce besoin inné en nous de connaître avec nos sens. Il est venu nous donner une autre dimension, cette chair que des hommes ont pu contacter c'est aussi, nous dit-il une nourriture pour notre vie personnelle, intérieure, cette Parole que des hommes ont entendu, elle est aussi vérité, vie, pour notre être intérieur, cette présence visible est aussi Lumière pour nos cœurs, car, comme le dit le poète Saint-Exupéry dans "Le petit prince" : "On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux".

C'est ce que Jésus va faire découvrir à l'aveugle de Siloé : cet homme est aveugle de naissance et Jésus va le guérir. Non seulement Il va lui rendre la lumière du soleil, lui faire connaître la beauté des choses les visages les couleurs, mais encore Il va lui faire découvrir cette lumière qu'Il apporte de la part de Dieu. En effet, 1'aveugle, avant d'être guéri, entend Jésus dire à ceux qui l'entouraient : "Je suis la Lumière du monde". L'aveugle désire ardemment connaître à la fois cette lumière du soleil dont il est privé depuis sa naissance et cette lumière du monde dont il vient d'entendre parler. Et lorsque Jésus le guérit, l'aveugle est beaucoup plus marqué par la découverte de la lumière de Jésus-Christ que par celle du soleil, non pas qu'il ne soit pas heureux d'être guéri, on le voit bondir de joie dans l'évangile et lorsque les gens se disent entre eux : "Est-ce bien lui? non, ce n'est pas lui ! mais si !" lui répond : "mais oui c'est moi, je suis guéri !" Mais on voit un cheminement plus profond dans cet homme qui se laisse aller dans la découverte de cette lumière qu'il vient de découvrir. "C'est un-prophète", dit-il, puis, dans la conversation, il va plus loin encore : "Cet homme vient de Dieu". Et lorsque Jésus lui demande : "Connais-tu le Fils de l'Homme ? - Oui, Seigneur, je crois !" et nous dit l'évangile, il se prosterna devant Lui.

Par cette guérison, Jésus nous donne la véritable portée de son geste. Il est le signe de la lumière de Dieu. Jésus le dit : "Je suis venu dans le monde pour un jugement, pour une remise en question, afin que voient ceux qui ne voient-pas" et nous savons très bien que Jésus vise, non seulement les aveugles de naissance mais surtout ceux qui sont aveugles spirituellement parlant. Et les pharisiens ne s'y sont pas trompés, nous disons bien souvent : "Le Seigneur est ma lumière, Il est la lumière de ma vie", c'est peut-être le moment de remettre en question cette phrase. Lorsque nous disons cela, sommes-nous aveugles, c'est-à-dire, parlons nous de ce dont nous ne connaissons rien ? Disons-nous des mots que nous n'avons pas expérimentés ? ou bien sommes-nous voyants, c'est-à-dire, avons-nous fait l'expérience de cette lumière que Dieu apporte dans notre vie ? dans notre vie de travail par exemple : il ne va pas de soi qu'une activité professionnelle et les convictions religieuses puissent toujours aller ensemble. Bien souvent dans notre travail, dans nos activités, il y a un hiatus, une antithèse, une opposition, cela nous pose question : où est mon devoir ? Nous sommes-nous posés ces questions et le Christ a-t-il été lumière dans ces doutes ? Et dans nos vies de famille, dans nos loisirs, dans nos relations amicales, dans l'amour de parents à enfants, d'enfants à parents, de maris à femmes, de garçons à filles, le Christ est-il lumière ou bien vivons-nous en aveugles spirituels comme si la lumière de Dieu n'existait pas ? Et de même, face à la souffrance et à la mort ? Dans ce doute, dans ce désarroi, dans cette révolte parfois que suscitent en nous la mort ou la souffrance des proches ou de nous-mêmes, le Christ a-t-il été lumière ?

Le jour de notre baptême, le Christ s'est révélé comme étant notre lumière. Saint Paul le disait tout à l'heure, en parlant justement du baptême : "Réveille-toi, le Christ t'illuminera". Pour la plupart d'entre nous, nous avons été baptisés à l'âge d'enfant i c'est toute notre vie que nous aurons à découvrir que le Christ est notre lumière. Mais pour ceux qui sont baptisés à 1'âge adulte, comme nos sœurs Marie-Augustin et Odile, le Seigneur, en ce jour, leur a fait signe, sinon elles ne seraient pas là. Oh certes, pas plus nos sœurs catéchumènes que nous-mêmes n'avons la pleine lumière de Dieu. Mais le Seigneur leur a suffisamment fait signe avec sa lumière dans tel ou tel domaine de leur vie pour qu'elles viennent demander le baptême car notre foi c'est cette adhésion à la lumière de Jésus-Christ, et notre Credo, c'est ce chant à la lumière du Christ. Tout à 1'heure, Marie-Augustin et Odile, nous allons vous donner ce "credo, nous allons vous transmettre cette somme de tout ce qui fait notre joie et de tout ce qui illumine notre vie. Oui nous croyons en la lumière que Dieu le Père apporte dans ce monde par sa création harmonieuse, par sa bienveillance, par sa miséricorde, par 1'alliance qu'Il fait avec chacun de nous, malgré nos ruptures, malgré nos péchés. Oui, nous croyons à la lumière que Dieu le Fils, Jésus-Christ, apporte au monde par sa mort et par sa Résurrection, Lui qui est venu guérir l'aveugle de Siloé et lui rendre, non seulement la lumière du jour mais lui donner cette lumière qui est notre joie. Oui, nous croyons en la lumière qu'apporte l'Esprit Saint, qui permet à chacun de nous, de dire justement que Dieu est Père, Fils et Esprit, nous croyons en l'Esprit Saint qui permet à l'Église dont nous sommes les membres, de devenir une, sainte et catholique, c'est-à-dire universelle. Oui, nous croyons à la lumière qu'apporte le pardon des péchés, dans les ténèbres de notre misère humaine. Nous croyons à la lumière qu'apporte la Résurrection et la vie éternelle dans l'ombre de notre mort et de notre souffrance. C'est tout cela que nous allons vous donner.

Oui, le Christ est notre lumière. Il nous aide à dissiper dans notre vie tout ce qui est encore ténèbres. Il y a des zones ténébreuses dans notre existence, parfois même on les entretient avec soin parce que certaines choses nous dérangent et si par hasard nous faisions la lumière sur tel ou tel point de notre vie, quelle conversion ne faudrait-il pas effectuer. Et cela nous fait peur, mais petit à petit le Seigneur illumine nos vies pourvu que nous le laissions faire et c'est alors que se réalise ce progrès spirituel en chacun de nous. Et ainsi le Seigneur nous achemine de lumière en lumière, toujours plus exigeante, toujours plus profonde, toujours plus pénétrante, toujours plus aiguë, toujours plus vraie, jusqu'à la grande lumière définitive du face-à-face. Le jour où face-à-face avec le Seigneur, dans sa lumière, nous verrons la lumière, cette lumière qui balaiera les derniers restes de nos ténèbres que nous n'aurons eu ni le temps ni le courage d'enlever ici-bas. Cette lumière qui nous rendra notre beauté première et définitive, cette lumière qui nous jugera et qui nous permettra d'avancer vers le Seigneur, purifiés.

Alors en attendant ce jour, comme le dit saint Paul : "Vivons en enfants de lumière". Il faut dans ce monde ténébreux et aveugle dans lequel nous vivons et dont nous faisons partie, que nous soyons enfants de lumière. Le Cardinal Suhard le disait en 1945, il pourrait le redire encore de nos jours : "Il faut regarder le monde en face, autour de nos foyers, de nos communautés chrétiennes, que leur propre chaleur illusionne, tout un peuple passe, vit, souffre, s'agite, sans rien savoir de ce qui se fait, de ce qui se dit ou de ce qui s'enseigne chez nous. C'est à chacun de nous d'éclairer nos frères qui passent. Que notre lumière leur fasse signe, les réchauffe, les réjouisse et leur fasse désirer de nous rejoindre dans la joie".

 

AMEN

 
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