AU FIL DES HOMELIES

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BAPTISÉS DANS LA FOI DE L'EGLISE

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année A (29 mars 1987)
Homélie du Jean-Philippe REVEL

"Crois-tu au Fils de l'Homme ? Je crois, Sei­gneur" et, se prosternant, il l'adora". Frères et sœurs, ce dialogue de Jésus avec l'ancien aveugle qu'Il vient de guérir, à qui Il vient d'ouvrir les yeux par l'eau de la piscine de Siloé, ces paroles évoquent irrésistiblement celles que le célébrant adressera à Laetitia dans la nuit de Pâques, au moment où les yeux de son cœur, les yeux de la foi s'ouvriront en elle par l'eau de la piscine baptismale.

"Crois-tu en Dieu le Père Tout Puissant ?

"Crois-tu en Jésus son Fils Unique ?

"Crois-tu en l'Esprit saint ?"

Et comme l'ancien aveugle, Laetitia répondra: "Je crois, Seigneur" et, se prosternant, adorera le Sei­gneur.

Aussi bien me permettrez-vous, en continuant cette catéchèse baptismale, de m'adresser aujourd'hui à Laetitia et par elle à vous tous baptisés, qui, à tra­vers son cheminement, revivez votre propre baptême, pour vous parler du baptême comme sacrement de la foi.

"Crois-tu au Fils de l'Homme ? Crois-tu au Fils de Dieu qui pour nous s'est fait le Fils de l'Homme ?" Si je te posais maintenant cette question, Laetitia, au milieu de l'assemblée, probablement ré­pondrais-tu : "je crois, Seigneur", comme tu le feras la nuit de Pâques. En effet, cette foi, voilà maintenant plusieurs années que, jour après jour, dans la patience et dans l'écoute de la Parole de Dieu, tu la sens naître et grandir dans ton cœur. Et c'est dans la foi que tu te présentes parmi nous aujourd'hui, c'est animée par la foi que tu t'avances vers le Christ Jésus. Aussi bien pouvons-nous presque nous poser la question : si déjà la foi habite ton cœur, illumine ta vie, n'est-ce pas que le fruit du baptême est déjà né dans ton cœur ? que reste-t-il de nouveau à faire ? pourquoi ce délai ? qu'est-ce que la nuit de Pâques t'apportera de nouveau puisque déjà la foi est née en toi, a grandi et te remplit tout entière ?

Le baptême est le sacrement de la foi. Mais cela peut s'entendre à plusieurs niveaux de profon­deur. Et c'est sur ce point que je voudrais méditer avec toi. Le baptême suppose, présuppose ce long chemin de la foi dans lequel ton cœur s'est ouvert à la Parole de Dieu. Et en même temps, il est non moins vrai que le baptême, puisqu'il va te donner la vie de Dieu, te donner la grâce qui est la présence même de Dieu en toi, va te donner en plénitude la foi. Autre­ment dit, la foi est avant le baptême, et c'est là que tu en es aujourd'hui, et la foi sera aussi après ton bap­tême. Et d'ailleurs les paroles de l'évangile que nous venons d'entendre nous suggèrent bien cette double dimension de la foi par rapport au sacrement. Dans la plupart des cas, quand Jésus va guérir un malade qu'il s'agisse d'un paralytique, d'un aveugle ou de l'hémor­roïsse, Il demande auparavant à celui qu'Il va guérir "crois-tu ? as-tu la foi ?" Et là Jésus insiste sur cette démarche de foi qui est prérequise à la guérison, nous dirons prérequise au baptême, au sacrement. Mais tu l'as remarqué sans doute, et frères sœurs, nous l'avons tous remarqué, dans le récit que nous venons d'enten­dre, saint Jean l'évangéliste nous invite à un mystère plus profond, car ce n'est pas avant d'envoyer l'aveu­gle à la piscine de Siloé, ce n'est pas avant d'ouvrir ses yeux à la lumière et de le guérir que Jésus lui de­mande : "crois-tu ?", c'est après, quand déjà l'aveugle s'est plongé dans l'eau de Siloé, c'est quand déjà les yeux de son corps se sont ouverts. Et ici cette interro­gation de la foi que Jésus adresse à l'ancien aveugle est non pas préparatoire à sa guérison, préparatoire au sacrement, elle est une conséquence, et comme une sorte de déploiement et d'épanouissement de cette guérison et du sacrement qu'elle signifie. La foi est donc avant le baptême, et elle est aussi après le bap­tême comme découlant de celui-ci. D'ailleurs dans la liturgie ancienne de l'Église, ce n'est pas avant de verser l'eau que le célébrant interrogeait le catéchu­mène en lui disant : "Crois-tu en Dieu le Père Tout Puissant ? crois-tu en Jésus son Fils Unique ? crois-tu en l'Esprit saint ?", mais c'était au moment même où le catéchumène, descendu dans la piscine baptis­male, était plongé par trois fois dans l'eau que le célé­brant lui demandait, comme en accompagnement de ce geste et comme en manifestation de la signification profonde du geste baptismal : "crois-tu en Dieu le Père ?" et il le plongeait une première fois dans l'eau du baptême : "Crois-tu en Jésus Christ ?", "crois-tu en l'Esprit saint ?", et il le plongeait deux fois et trois fois dans cette eau baptismale. La foi est donc tout à la fois prérequise au baptême et conséquence du bap­tême, c'est bien la même foi, mais ce n'est pas la même situation par rapport à la foi.

Laetitia, il y a bien longtemps, j'ai eu l'occa­sion déjà de conduire jusqu'au baptême un jeune homme qui avait à peu près ton âge, qui était étudiant, et qui, comme toi, s'était longuement préparé à son baptême, et comme toi, on avait l'impression que déjà il était entièrement rempli par cette lumière de Dieu, par cette foi du Christ. Et justement je m'étais posé cette même question que je suis en train de te dire : puisque déjà la foi remplit son cœur, qu'est-ce que le baptême va pouvoir lui apporter de nouveau ? C'est pourquoi après la cérémonie du baptême au cours de la nuit de Pâques, quelques jours plus tard, le ren­contrant à nouveau je lui ai posé cette question et lui ai demandé : "comment s'est passé pour toi le moment où tu as été baptisé ?", Et je m'attendais à ce qu il me dise : "J'ai eu l'impression que tout le chemin que j'avais déjà accompli trouvait son achèvement et sa signification." Or il m'a fait une réponse qui sur le moment m'a surpris, mais qui ensuite a ouvert mon esprit au mystère dont je suis en train de parler. Il m'a dit : "j'ai eu l'impression d'être comme noyé, d'être perdu". Et effectivement le bain du baptême signifie que nous sommes plongés, plongés avec une telle intensité que nous sommes en quelque sorte noyés dans le mystère de Dieu.

Alors en réfléchissant, je crois qu'il faut bien comprendre que, depuis plusieurs années et aujour­d'hui encore, Laetitia, dans la foi avec les forces de ton esprit, de ton cœur, aidée bien sûr et soutenue par l'Esprit Saint, par la grâce de Dieu, mais enfin c'est à la vitesse de ta propre marche, c'est selon les modali­tés de ta propre pensée que peu à peu tu entres dans le mystère de la foi, assimilant tel aspect, puis tel autre de ce que le Christ dans sa Parole veut te communi­quer. Au moment du baptême, tu vas franchir une étape totalement nouvelle. Ce ne sera plus à ta propre mesure, ce ne sera plus avec les seules forces de ton esprit et l'application de ton cœur que tu vas entrer dans la foi, mais tu vas recevoir comme d'un seul coup, comme un don total et immense qui va t'enva­hir, qui va t'imprégner de toutes parts, qui va te sub­merger, tu vas recevoir le don de la foi, non plus à ta mesure, non plus selon le rythme de ton chemine­ment, mais la totalité du mystère de Dieu. Et tu vas être emportée comme on est emporté par les vagues de la mer, comme on est emporté par le courant d'un fleuve qui est plus fort que nous, et tu vas comprendre à ce moment-là que la foi, ce n'est pas seulement un chemin sur lequel nous nous avançons pas à pas, à notre vitesse et selon nos forces, mais que la foi c'est d'abord un don gratuit, un don total qui, de toutes parts, nous dépasse et nous déborde, un don que tu n'auras jamais fini de découvrir et qui, à cause de cela, te donnera cette impression de te submerger, de t'envahir et de te déborder de toutes parts.

Oui la foi c'est beaucoup plus que ce que nous croyons deviner et comprendre du mystère de Dieu, la foi c'est la lumière même de la connaissance de Dieu, c'est la lumière même qui est dans le cœur de Dieu qui nous est communiquée tout entière, dans sa tota­lité, dans sa plénitude, et nous n'avons jamais fini de nous laisser envahir par cette foi. C'est pourquoi, on ne peut jamais dire qu'on a la foi, que l'on possède la foi, car la foi n'est pas quelque chose que l'on pourrait tenir entre ses mains, que l'on pourrait emmagasiner en son esprit ou dans son cœur. Nous n'avons pas la foi, c'est la foi qui nous possède, c'est la foi de Dieu qui nous prend et qui nous emporte au-delà des limi­tes de ce que nous sommes, au-delà des capacités qui sont les nôtres. Voilà le mystère dans lequel tu vas t'avancer. La foi, ce n'est pas ta foi, c'est la foi de l'Église, c'est-à-dire la foi de toute la communauté chrétienne, c'est-à-dire la foi de tous les hommes de tous les temps et de tous les âges, c'est la foi des géné­rations qui t'ont précédée, c'est la foi des apôtres qui l'ont reçue du Christ et qui nous l'ont enseignée. C'est la foi dont le Christ Lui-même est la source, et une source infinie qui ne finira jamais de nous remplir, qui ne se tarira jamais. La foi, c'est le mystère de Dieu dans toute sa plénitude, c'est toute cette immensité qui pendant toute l'éternité ne cessera jamais de nous remplir d'une lumière nouvelle. La foi, ce n'est pas quelque chose qui va être remis entre tes mains, la foi, tu vas être emportée par elle pour aujourd'hui et pour demain, et pour toute ta vie et pour toute ton éternité. La foi, cette foi dont l'Église vit de génération en gé­nération, cette foi, frères et sœurs, qui remplit notre cœur et qui aussi nous emporte tous au-delà de nous-mêmes, cette foi, la foi de l'Église, la foi de l'Épouse du Christ, la foi que le Christ communique à cette humanité qu'Il aime et dont Il fait sa fiancée, la foi de l'Église, c'est cela que nous allons maintenant com­muniquer à Laetitia en attendant qu'au jour de son baptême, elle en soit totalement inondée. Et c'est le sens du rite que nous allons maintenant accomplir. Ce Credo qui est le résumé de notre foi, l'expression la plus parfaite de notre foi, ce Credo que nous chantons chaque dimanche au cours de la messe, aujourd'hui au lieu de le chanter d'une traite, nous allons en quelque sorte, goutte à goutte, phrase par phrase, mot à mot, le transmettre à Laetitia. C'est l'avant goût de cette plon­gée dans la foi de l'Église qui se réalisera pour elle la nuit de Pâques. Cette foi, nous allons maintenant la lui dire pour qu'elle la répète et, phrase par phrase, nous dirons les mots du Credo et Laetitia redira ces mêmes mots après nous si vous voulez, nous allons nous mettre debout et nous allons accomplir mainte­nant ce geste sacramentel, ce geste sacerdotal de toute l'Église qui donne non pas ce qu'elle possède, mais ce qui la possède à celle qui va maintenant entrer dans son sein.

Laetitia, avance-toi vers l'autel du Seigneur.

 

 

AMEN

 

 
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