AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME NOUS IMMERGE DANS LA FOI DE L'ÉGLISE

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année B (13 mars 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, chère Sigrid, tous les textes que nous venons d'entendre et plus particulière­ment ce récit, dans l'évangile, de la guérison de l'aveugle de naissance, tous ces textes nous parlent du baptême. Et pas seulement parce que l'aveugle, sur la recommandation de Jésus, est allé se laver dans la piscine de Siloë, et l'évangéliste nous précise que Siloë veut dire l'Envoyé, désignant donc Jésus l'En­voyé du Père, comme tu te laveras dans la piscine du baptême, la nuit de Pâques. C'est d'ailleurs le nom ancien que l'on donnait au baptême, en grec photmos, c'est-à-dire illumination.

Pourquoi le baptême est-il une illumination ? Eh bien de même que cet aveugle qui était tel depuis sa naissance a eu les yeux de son corps dessillés de telle sorte qu'il s'est mis à voir ce qu'il n'avait jamais vu : la lumière du jour, la lumière du soleil, les for­mes, les contours, les couleurs, de la même manière, par le baptême, Jésus va ouvrir dans ton cœur, Sigrid, des yeux pour voir ce que tu n'as encore jamais vu, pour voir la présence, la lumière de Dieu, pour voir cette lumière qui donne à toute chose comme une nouvelle couleur, comme de nouveaux contours, comme une réalité plus profonde, plus intense.

"Mais, me dis-tu, le jour de mon baptême, je ne verrai pas le visage de Dieu". Pas encore. C'est seulement après notre mort que nous verrons Dieu face-à-face. Pourtant déjà par le baptême un regard nouveau va s'ouvrir dans ton cœur, c'est le regard de la foi. La foi, nous dit l'épître aux Hébreux, c'est ce qui a permis à Moïse de marcher comme s'il voyait l'invisible. Voir l'invisible, entrevoir, apercevoir, commencer à pressentir cet invisible qui nous entoure de toutes parts, qui est au fond de notre être et de notre cœur, qui remplit le plus profond de notre vie, qui remplit toutes choses, cet invisible qui est l'essentiel, qui est la dimension profonde de toute réalité, de tout être, de toute personne, de tout événement. La foi, c'est le regard qui nous conduit au cœur de ce que nous sommes, de ce que sont ceux qui nous entourent, de ce qu'est l'histoire et le monde des hommes. Le baptême, c'est le sacrement de la foi, tu le sais très bien. Depuis deux ans sans doute et même plus longtemps, tu te prépares au baptême et cette préparation, c'est par une catéchèse, c'est-à-dire une progressive initiation à la foi qu'elle s'accomplit dans ton cœur. Le baptême se prépare dans la foi, s'accomplit dans la foi.

Et d'ailleurs pour en revenir au récit de la gué­rison de l'aveugle-né, tu l'as remarqué sans doute, Sigrid, vous l'avez tous remarqué, frères et sœurs, quand Jésus rencontre l'aveugle à nouveau, Il lui dit : "Crois-tu au Fils de l'Homme ?", exactement comme dans la nuit de Pâques, le célébrant dira à Sigrid : "Crois-tu en Dieu le Père ? Crois-tu en Jésus Christ, son Fils unique ? Crois-tu en l'Esprit saint ?" C'est exactement la même interrogation et c'est pourquoi nous pouvons légitimement penser que l'évangéliste, en écrivant ce récit, pensait expressément, explicite­ment au baptême. Et Jésus sans doute, en guérissant l'aveugle-né et en lui posant cette question : "Crois-tu au Fils de l'Homme savait bien que son geste et ses paroles étaient l'annonce et la préfiguration du sacre­ment du baptême.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, il y a pourtant entre ce qui se passera le jour du baptême de Sigrid, ce qui s'est passé pour le baptême de chacun d'entre nous et ce récit une différence importante. Pour le baptême de Sigrid, pour tous les baptêmes, le célébrant demande d'abord : "Crois-tu ? croyez-vous en Dieu le Père ? croyez-vous en Jésus Christ ?" Et puis ensuite il baptise. Ensuite il plonge dans l'eau de la présence de Dieu. La foi est donc manifestée comme pré-requise au baptême, comme une sorte de condition préalable pour le baptême. Et c'est pourquoi d'ailleurs, Sigrid, tu suis la catéchèse avant d'être baptisée pour que tu te prépares au baptême en lais­sant ton cœur se remplir de la foi. Et le baptême vient en quelque sorte comme accomplissant cette démar­che de foi.

Dans le passage d'évangile que nous venons de lire, l'aveugle n'a rien dit, n'a rien demandé, Jésus lui a dit : "Va te laver à Siloë". Il est allé se laver, ses yeux se sont ouverts, il a vu. Et c'est après seulement que Jésus lui dit : "Crois-tu au Fils de l'Homme ?" Et l'aveugle répond : "Qui est-Il pour que je croie en Lui?" Et Jésus lui dit : "Tu le vois, c'est Moi qui te parle". Alors l'aveugle se prosterne pour adorer Jésus. Par conséquent dans ce texte, l'interrogation, la foi et l'acte de foi de l'ancien aveugle ont lieu après sa gué­rison, après qu'il soit allé à Siloë pour, en figure du baptême, se laver de toutes ces fautes que cet aveu­glement symbolisait et représentait. Il y a donc une différence. La foi ici intervient après le baptême et non pas avant, comme une conséquence du baptême et non pas comme une condition préalable.

Et de fait les rapports du baptême avec la foi sont complexes, car tout en même temps le baptême suppose cette démarche de foi que tu es en train d'ac­complir, Sigrid, par ta catéchèse et que tu scelleras par ton affirmation : "Oui, je crois". Le baptême sup­pose cette démarche de foi. Et en même temps il est vrai aussi que le baptême va te donner la vie de Jésus en plénitude, va te donner de participer à la vie de Dieu. Et cette vie, nous y participons d'abord par la foi. Le baptême te donnera la foi, te plongera dans la foi. Je crois, qu'intentionnellement, l'évangéliste veut nous faire comprendre, que la foi n'est pas seulement pré-requise au baptême, mais qu'elle nous est donnée par le baptême, qui est quelque chose d'extrêmement important que je veux, en quelques mots, t'expliquer et vous le rappeler, frères et sœurs.

La foi certes est une démarche, une démarche tout à la fois de notre intelligence et de notre cœur, de ton intelligence et de ton cœur, Sigrid, éclairés par l'Esprit de Dieu. Dès maintenant Dieu est avec toi pour te conduire pas à pas, jour après jour, pensée après pensée, à comprendre, à habiter cette foi. Tu découvres que Dieu est Père, que Dieu est Fils et Es­prit, que Dieu est Trinité, que Dieu est amour, que Dieu est communion. Tu découvres que Dieu s'est fait homme, que Dieu est né de la Vierge Marie, que Dieu Jésus homme et Dieu est mort sur la croix, qu'Il est ressuscité, qu'Il a envoyé son Esprit sur les hommes, que cet Esprit nous rassemble en Église. Tu découvres tout cela, jour après jour, dans cette catéchèse et tu chemines ainsi dans la foi en avançant pas à pas pour, peu à peu, te pénétrer de cette lumière qui est celle du mystère de Dieu que la foi te communique. Cela, c'est la démarche de foi qui te prépare au baptême et c'est extrêmement important. Et c'est au terme de cette démarche que le célébrant te demandera : "Crois-tu ? Crois-tu en Dieu le Père ? Crois-tu au Fils incarné et ressuscité ? crois-tu en l'Esprit saint et en l'Église ?" Et tu répondras : "Oui, je crois". Et alors tu seras plongée dans les eaux du baptême et tout à coup tu vas recevoir la foi.

Tu vas recevoir la foi d'une manière sans commune mesure avec ce que tu as découvert jour après jour pendant la catéchèse. Pour le moment tu marches au rythme de ton cœur, au rythme de ton esprit éclairé par Dieu certes, mais tu marches en avançant pas à pas, dans une découverte personnelle, avec tes propres forces. Tu te familiarises petit à petit avec ce mystère de Dieu. Et puis au jour de ton bap­tême, tu vas être plongée dans la foi, tu vas être plon­gée dans les eaux du baptême qui sont la présence de Dieu dans toute son ampleur, dans toute sa grandeur. Et peut-être même vas-tu avoir l'impression à ce mo­ment-là d'être comme noyée dans l'ampleur et l'im­mensité de ce mystère. Et c'est tout à fait normal. Le mot baptême veut dire plonger, plonger comme quel­qu'un qui est totalement immergé, à la limite comme quelqu'un qui se noie. Nous sommes envahis au mo­ment du baptême par la foi. Et c'est pourquoi on dit que nous sommes baptisés non pas seulement dans notre foi, dans notre démarche de foi, mais nous sommes baptisés, c'est-à-dire plongés dans la foi de l'Église, dans la foi totale du mystère de Dieu, sans limites. Tout le mystère de Dieu va t'être donné d'un seul coup. Et tu mesureras, et, frères et sœurs, nous ne finissons jamais de mesurer, nous aussi, la distance qu'il y a entre ce que nous parvenons à comprendre, à assimiler, à assumer intérieurement du mystère de la foi, tout ce que nous étudions quand nous lisons la Bible, tout ce que nous étudions pendant la catéchèse, tout ce que nous devrions continuer à étudier chaque jour, tout au long de notre vie, de notre foi pour ne cesser de grandir, la dimension incommensurable, la distance qu'il y a entre tout cela et puis l'infini du mystère de Dieu qui nous est tout entier donné car nous sommes entièrement plongés dans ce mystère de Dieu qui nous dépasse de toutes parts, à droite, à gau­che, au-dessus de nous et en-dessous de nous, car nous sommes portés dans le mystère de Dieu.

Le mystère de Dieu communiqué à notre foi est infini, il est sans commune mesure avec ce que l'intelligence humaine est capable de comprendre. Et tout cela nous est donné sans fin pour que nous ne cessions jamais ici-bas et même dans l'au-delà d'entrer dans ce mystère de Dieu. C'est cela la contemplation, c'est de découvrir que la grandeur de l'amour, que la splendeur de Dieu est toujours plus grande que ce que nous avons commencé à en comprendre et que Dieu nous appelle toujours plus loin et nous invite à avan­cer toujours vers le large, comme Il le disait à Pierre : "Avance en eau profonde". Nous n'avons jamais fini de comprendre Dieu et c'est normal puisque Dieu est infini, Dieu est sans limites, comment pourrions-nous le comprendre ? c'est-à-dire l'étreindre, c'est-à-dire le tenir en nos mains, en nos bras, dans les pauvres li­mites de notre esprit. Il n'est pas possible que nous comprenions Dieu, nous ne pouvons qu'être envahis par Lui, emportés par Lui. C'est la foi qui nous porte et non pas nous qui avons la foi. On dit quelquefois : "J'ai la foi", on n'a pas la foi, on ne possède pas la foi, on est possédé par elle, on est entraîné par elle. Et c'est pourquoi d'ailleurs on ne peut pas perdre la foi comme on perd un porte-monnaie ou comme on perd un objet. La foi, à certains moments, nous ne savons plus peut-être la reconnaître là où elle est, mais le mystère de Dieu, il nous entoure, il est présent, il ne nous abandonne jamais, nous sommes au milieu de ce mystère de Dieu qui est le mystère qui envahit l'uni­vers tout entier. Et nous ne pouvons pas y échapper, ou plus exactement nous pouvons simplement bou­cher nos yeux et nos oreilles et nous occuper d'autre chose et nous désintéresser de ce mystère. Mais ce mystère, il existe, ce mystère, il est au cœur du monde et rien n existe que par le mystère de Dieu.

C'est pour cette raison que la foi dès aujourd'hui nous allons te la donner. Tout à l'heure, dans quelques instants, nous allons épeler la foi, épeler les mots du Credo, mot à mot, comme on apprend à un enfant à lire, à répéter les mots de sa leçon. Nous allons épeler le Credo pour que tu le ré­pètes après nous. C'est peut-être un rite antique qui peut paraître surprenant et ne pas avoir de raison d'être, car tu as déjà étudié le Credo. Mais nous vou­lons dire par là que ce Credo, cette foi, ce n'est pas de ton propre fonds que tu la sors, ce n'est pas de ta pro­pre intelligence, cette foi, c'est Dieu qui te la donne. Et Il te la donne par l'Église c'est-à-dire par nous qui sommes là le peuple des chrétiens, la présence de Dieu qui t'attend, qui t'accueille, qui te reçoit, qui te donne Dieu. Voilà le sens de la foi.

Et nous aussi, frères et sœurs, ne croyons pas que nous possédons la foi, sachons à tout instant ac­cueillir la foi, recevoir la foi, ouvrir notre cœur, nos yeux, notre âme à ce don qui nous est fait, à ce don qui vient d'infiniment plus loin que nous, d'infiniment plus loin que toute l'humanité, ce don qui est le ca­deau même que Dieu nous fait de sa propre Vie, de sa propre lumière, de son propre mystère.

 

AMEN

 

 

 
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