AU FIL DES HOMELIES

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QUE VOIS-TU, VOYANT ?

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année C (26 mars 1995)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Frères et sœurs, cet aveugle nous ressemble, il a son image de Dieu et il sait bien que nul ne peut voir Dieu sans mourir. Nul ne peut voir le Dieu saint, fort et immortel sans mourir. Il sait bien aussi que Dieu est une Mère, il connaît, l'aveugle, le langage de la caresse, le langage du geste. Et il attend, comme nous tous, la consolation. Et je vous propose alors de revivre la guérison de cet aveugle.

Tout d'abord, on le voit bien, Jésus écarte de façon nette le lien entre le péché et la maladie : "Qui a péché pour qu'il soit né aveugle ?" - "Personne", dit Jésus. Il n'y a pas de rapport entre le péché qui est une réalité théologique et la maladie qui est une réalité naturelle. Le malade n'est pas un coupable, le malade est une victime. Et Jésus tranche le débat.

Maintenant Jésus va manifester sa gloire à l'aveugle, Il va employer un geste que l'aveugle va pouvoir comprendre, le geste de la caresse sur ses yeux. Il va mélanger la terre à sa salive et va envoyer l'aveugle à Siloé. Alors cours, aveugle, ne t'arrête pas en chemin, ne t'arrête pas à ces enfants qui se moquent de l'homme doublement aveugle, de l'homme aux yeux de boue. Ne te retourne pas, aveugle, tu es suivi par la foule des catéchumènes. Tu es suivi par Audrey, Jean-Patrick, Stéphane, Mathieu, Marion, Clémentine, Nicolas et Marc. Tu es suivi par tous les catéchumènes de tous les temps qui, comme toi, courent vers la piscine de la régénération, la piscine du Baptême. Et plonge tes mains dans la fontaine de Siloé, lave-toi le visage, lave-toi tout entier et pousse un cri de joie car les jours de ton deuil sont accomplis. C'en est fini de la ténèbre, aujourd'hui tes yeux voient la lumière, aujourd'hui la lumière impressionne ta rétine.

Et que tu vois-tu, aveugle, tout d'abord ? Tu vois la dureté des visages fermés de ceux qui refusent le Christ, des pharisiens qui refusent de voir dans le Christ la Lumière du monde. Tu vois aussi la lâcheté de tes parents qui préfèrent garder leur banc à la synagogue plutôt que de témoigner dans ton sens.

Mais tu vois aussi la beauté du temple, la beauté des collines, la douce lumière de Judée. Et de ton infirmité, aveugle, tu as gardé l'unique avantage, c'est-à-dire la faculté de reconnaître l'homme à sa voix. Tu entends la voix, tu discernes la Parole. Tu entends la voix qui t'a rendu la vue et tu vois le visage. Oui, pousse un cri de joie, aveugle. Aveugle, non, plus maintenant. Qu'est-ce que tu nous apprends, voyant ? Aujourd'hui cet aveugle a recouvré la vue et il a quelque chose à nous dire : Tu nous apprends que Dieu est Lumière, qu'en Dieu il n'y a point de ténèbres, que la nuit avec Dieu est comme le jour. Tu nous apprends que la gloire de Dieu, c'est l'homme voyant parce que la vie de l'homme, c'est la vue de Dieu. Tu nous apprends que Celui-ci a été désigné pour ouvrir les yeux des aveugles, pour que nous marchions en enfants de lumière. Et tu reconnais dans l'humanité du Fils la plénitude de la divinité. Tu vois dans cette humanité du Fils une transparence de la Lumière de Dieu, la plénitude de la divinité. Tu vois dans cette humanité notre humanité, cette humanité qui a été tentée au désert, cette humanité détentrice de l'eau vive, cette humanité illuminée sur le Thabor, notre propre humanité illuminée sur le Thabor. Et comment s'y prend-il, cet homme ? Il mélange cette humanité tirée de la terre : Adam, Il le mélange à la Parole, la Parole qui donne forme à cette matière. C'est comme un sacrement, c'est comme l'eau, l'huile, le pain, le vin, le oui des fiancés dont Dieu s'éprend pour mettre sa Parole dedans.

Alors, les conséquences pour nous aujourd'hui. Si vous croyez au Fils de l'Homme, alors les réalités créées vous apparaîtront revêtues de sa beauté. Si vous êtes assez pauvres, assez dépossédés de vous-mêmes spirituellement, et bien tout vous sera donné. Voici un mot de Saint Jean de la Croix qui dit bien cela : toute cette humanité, tout ce créé nous appartient quand nous sommes assez ouverts pour le recevoir." En mon Bien-Aimé, j'ai les montagnes, les solitaires et ombreuses vallées, les îles prodigieuses, les fleuves au bruit puissant, le sifflement des vents porteurs de l'amour. Et j'ai la nuit paisible qui laisse deviner l'éveil de l'aurore, la musique silencieuse, la solitude sonore, le repos qui recrée et qui éveille l'amour... Puisque il est passé en hâte et les a tous revêtus de sa beauté".

Vous discernez à travers toutes ces réalités créées les formes de la beauté du Fils de l'Homme, de Celui qui a pris notre humanité pour recréer de sa beauté toutes ces réalités créées. Et vous deviendrez vous-mêmes lumière dans la réalité la plus simple et peut-être aussi la plus difficile de notre temps, celle de la famille, en ce jour où se déroulent les assises diocésaines de la famille. Vous deviendrez vous-mêmes lumière dans la famille. Cette famille dont on a pu dire qu'elle est " ecclesiola ", petite Église, elle est comme un vitrail de l'église dans lequel se jouent aussi toutes les harmoniques de la lumière. Cette famille qui est école de sainteté, école de charité, dans le sens où les anciens disaient que le monastère était école de charité, et bien la famille est aussi école de charité. Et Jean Paul II a l'audace, dans un de ses derniers textes sur la préparation du second millénaire, de parler de canonisation de familles entières. Personnellement je le réclamais depuis longtemps et je suis content qu'on y arrive enfin.

Canoniser des familles entières, c'est-à-dire avoir sur nos vitraux les départs en vacances, le train électrique avec la papa devant, les pique-niques sur la plage, l'humble joie après une journée de travail et la dure recherche d'un emploi. C'est toute cette humanité illuminée par la lumière de Dieu, comme un vitrail en pleine lumière. Cette humanité illuminée avec ses propres reflets, les harmoniques de la lumière sur une humanité réconciliée dont le prototype serait une famille. Car une famille est le prototype d'un monde nouveau. J'ai dit que c'était une réalité simple, c'est aussi une réalité très difficile. Et le puzzle de lumière du vitrail peut être fissuré, fracturé, reconstitué, mais le pardon peut aussi y couler, la fidélité peut à nouveau y jaillir, la miséricorde et la générosité peuvent aussi se répandre dans nos familles qui sont quelquefois tellement chamboulées. La sainteté peut y éclater enfin dans des formes quelquefois encore plus manifestes. Je voudrais donc que nous ayons cette image de nos familles comme possibilité de l'engendrement d'un nouveau monde.

Alors je pose la question : où sont les ardents amants de la beauté ? Le Moyen-Age a eu des troubadours pour chanter l'amour courtois. Alors, je vous demande aujourd'hui, où sont les chantres de la lumière qui ne finit pas ? Et vous savez que les troubadours avaient tous leur "belle", alors moi aussi je pense à ma belle, à la plus belle jeune fille de l'assemblée. Je pense à Marie, à la Vierge Marie toute éclaboussante de soleil, celle qui a porté le soleil de Pâques à son aurore, toute jeune mère de la Lumière, protectrice de nos familles et que les pauvres vont chercher un peu partout, à Lourdes, à la Salette, dans le coin d'une église. Ils cherchent dans la Vierge Marie qui est un peu comme un vitrail de l'Église, les harmoniques de la sainteté.

Il ne faut pas être triste, nous allons célébrer l'Eucharistie, et Sophie va recevoir aujourd'hui pour la première fois le corps et le sang du Christ. L'Eucharistie est comme le prisme, le point focal où se rejoignent à la fois le monde en quête de lumière et la lumière du monde.

 

 

AMEN

 

 
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