AU FIL DES HOMELIES

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UN COMBAT INÉGAL

Gn 32, 23-32 

(29 mars 1981???)

Homélie du Frère Serge JAUNET

 

Musée de Verdun : Le combat de Jacob 

D

imanche de la guérison de l'aveugle-né, dimanche du Christ lumière née de la lumière, dimanche qui annonce déjà cette nuit très sainte où nous chanterons, où nous célébrerons la joyeuse et sainte lumière du Christ pour tous les hommes.

Dans son évangile, saint Jean, celui dont saint Ambroise disait qu'il avait eu l'intuition de tous les mystères du Seigneur, saint Jean nous parle souvent des ténèbres et de la lumière. Et il parle d'un combat entre les ténèbres et cette lumière du Christ.

       La lumière, les ténèbres, ce ne sont pas des abstractions. Le combat des ténèbres contre la lumière, ce n'est pas une idée à méditer pour nonnes en mal d'états mystiques, c'est en chacun de nous qu'est la lumière, que sont les ténèbres. C'est en chacun de nous que se vit ce combat et nous avons part à ce combat.

       Si le baptême est pour nous la grâce, le don de l'illumination, il nous faut bien, un jour ou l'autre dans notre vie, faire ce choix personnel de cette lumière. Etant donné les ténèbres qui nous habitent, étant donné le péché qui marque l'homme, cela ne peut se faire, cela ne peut se vivre que dans un combat, que dans une lutte.

       Le combat de Jacob, c'est notre combat à chacun, le combat qu'un jour ou l'autre nous avons à mener. Rappelez-vous ce combat que vous avez mené un jour, rappelez-vous cette lutte que peut-être, en ce moment même vous menez contre l'inconnu qui est votre Dieu. Car le combat de Jacob est en tout semblable à nos combats d'hommes d'aujourd'hui.

       Ce combat, cette lutte, c'est toujours dans la nuit, qu'on la mène. Nuit matérielle souvent, c'est vrai, mais en tout cas, toujours une nuit spirituelle, voire une nuit mystique. Ce combat c'est toujours seul qu'on le mène. Jacob, dit l'Écriture, resta seul. Point de femme, point d'enfants, point d'amis ni même de frères pour nous accompagner dans ce combat. Et ce n'est pas là le plus dur de ce qu'il faut vivre.

       Ce combat, il est mené contre un Inconnu. Il est mené contre Celui sur lequel nous n'avons aucune prise. Il peut être fort poétique d'appeler Dieu le Tout Autre, mais c'est bien autre chose que de s'affronter à cet inconnu dans un corps à corps.

       Ce combat, il est dur. Et la victoire de Celui avec qui nous combattons, contre qui, il faut bien le dire, nous combattons, nous laisse marqués pour toute la vie. Il laisse en nous une blessure, un déboîtement, comme pour la hanche de Jacob. Et toute notre vie, nous portons avec nous cette blessure, cette cassure qu'il y a eu en nous le jour où nous avons cédé, le jour où nous avons baissé les bras devant Celui que nous pressentons bien être notre Dieu, sans en être très sûrs.

       Ce combat, il nous laisse aussi une grande paix, une paix profonde, car Celui qui ne nous a pas dit son Nom, Celui que nous avons pressenti comme notre Dieu, Celui dont nous sommes sûrs qu'Il est notre Dieu, Il nous a béni. Et sa bénédiction reste un baume à jamais sur cette blessure que nous avons à porter durant toute notre vie.

       Oui, frères et sœurs, rappelez-vous ce combat que vous avez mené ou que vous menez peut-être encore en ce moment, ou alors, préparez vous !

 

       AMEN

 

 
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