AU FIL DES HOMELIES

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UNE AUTRE HISTOIRE !

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année B (26 mars 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C’est une belle histoire. Sur le parvis du temple, voilà un homme qui certainement depuis quelques années, un homme que l’on connaît bien, cet aveugle que l’on côtoie souvent pour aller prier dans le temple et offrir les sacrifices, voilà que cet aveugle, un homme le touche avec la boue qu’il fabrique. Et puis, il va se laver à la fontaine de Siloé, et c’était une très belle histoire. Il y voit, il y voit enfin. C’est une belle histoire parce qu’il va voir ses voisins qui n’en croient pas leurs yeux, et ils trouvent cela magnifique, ils se disent que c’est extraordinaire. Cet homme que l’on connaît, c’est bien lui et c’est bien toi ? et tu y vois ! Les voisins sont heureux et ils se réjouissent de ce que l’aveugle de naissance y voie clair.

Du coup, on l’emmène voir les pharisiens, et les pharisiens : mais, oui c’est extraordinaire, c’est un signe de Dieu. Il n’y a qu’un prophète qui peut guérir, qui peut rendre la vue à un aveugle de naissance C’est la première fois qu’on voit, qu’on entend une telle merveille, un tel miracle. On appelle les parents, et l’on dit aux parents : vous voyez, maintenant, il faut rendre gloire, il faut prier, c’est une véritable action de grâces, vous vous rendez compte, votre fils y voit. Dieu est capable de faire cela. Et puis, on amène l’aveugle et les pharisiens disent : rentre chez toi. Et l’aveugle, avec ses voisins et ses amis, avec ses parents vont faire la fête. C’est tellement extraordinaire d’y voir. Imaginez, non, c’est inimaginable, l’image, il faut voir. On ne pense et ne voit que parce qu’on a des images. Quand on pense sans image, c’est qu’on est aveugle.

C’est une belle histoire. Mais ce n’est pas l’histoire de l’aveugle de naissance. Qui aujourd’hui, voyant un aveugle de naissance n’oserait se réjouir de ce qui lui arrive ? On risque, hélas, parfois encore aujourd’hui, de ne pas comprendre ou saisir la belle histoire de Dieu avec les hommes, mais plutôt de continuer à faire comme il se passe dans l’évangile. Car dans l’évangile, ce n’est pas une belle histoire, ce sont des histoires. Ce sont des histoires de procédures, c’est un procès en quatre dialogues. Un procès devant les voisins : non, ce n’est pas lui. Arrête ton char, tu nous as trompé toute ta vie. Finalement, tu devais bien y voir un peu. Deuxième dialogue avec les pharisiens, c’est un vrai procès. Le jour du sabbat on ne peut pas faire de la boue, c’est interdit. Mais il y a plus grave on ne peut pas guérir le jour du sabbat, c’est interdit. La règle, l’interdit, la Loi donnée par Moïse, ne rend pas compte qu’on puisse guérir un aveugle de naissance. Troisième dialogue : on fait venir les parents. Les parents sont proches, les parents connaissent leur fils. Les parents craignent pour leur petit ? Pas du tout ! ils ne pensent qu’à eux : il a l’âge, il est grand, qu’il de débrouille lui-même, il est responsable. Si il est guéri, si il y voit, interrogez-le, vous verrez bien. Ah ! ça, pour interroger, pas de problème. Quatrième dialogue : troisième procédure. En plus, l’aveugle est obligé de se défendre lui-même, il n’y a personne pour le défendre, pas d’avocat, pas de juge, dans tout cet apparat judiciaire. Et cependant, c’est un vrai procès, dans les règles, dans les formes, normalement, puisqu’il devrait y avoir accusé, accusateur et avocat. Mais là, l’aveugle se retrouve tout seul. "Tu n’es que péché depuis toujours". Tu n’es que ça, tu n’es que ci, tu n’es que l’autre ! Il n’y a aucune possibilité que les choses soient autrement. Nous te le disons. Voilà, ça, ce sont des histoires ! ce sont des vieilles histoires. Ce sont des histoires qui enferment. Ce sont des histoires qui emprisonnent et enténèbrent toutes choses. Cela aurait pu être une belle histoire, l’aveugle est pris dans des histoires.

Et voilà que Jésus va lui proposer une autre histoire. "Crois-tu au Fils de l’Homme ?- Et qui est-il pour que je croie ?- Tu le vois, c’est lui qui te parle". Tu le vois ! Ca, c’est étonnant. Vous savez combien de fois il est dit : maintenant j’y vois ? Sept fois. On le sait, le chiffre sept, c’est la perfection. Autant dire que l’aveugle y voit vraiment et il est passé à la perfection. Bien sûr, il voit un homme, mais maintenant, il voit plus qu’un homme. Il a dit : "C’est Jésus qui m’a guéri". Puis il a dit : "C’est un prophète". Puis ensuite, ultimement, il a dit : "C’est quelqu’un qui vient de Dieu". C’est l’homme de Dieu. "Crois-tu au Fils de l’Homme " Oui, puisque je le vois. Et l’aveugle n’a pas eu son veau gras, il n’a pas eu ses réjouissances. Il n’a eu personne pour lui dire : on est bien content pour toi. Personne ne lui a envoyé des félicitations. Mais il y a au moins quelqu’un qui comprend, qui connaît, qui sait ce qui s’est passé dans la vie de cet homme et qui ne le prend pas dans des préjugés, des a priori de vieilles histoires. Il lui dit : tu n’avais jamais vu les hommes, tu en vois un, est-ce que tu y crois ? Tu n’avais jamais vu la création : tu vois les couleurs et l’arc-en-ciel. Est-ce que tu y crois ? Tu n’avais jamais vu l’amitié, l’amour, la grandeur d’âme. Maintenant, tu vois tout cela. Est-ce que tu y crois ?

Oui, l’aveugle est appelé à une autre histoire. Et cette histoire-là, on le sait pour nous, elle commence au baptême, lieu de notre illumination, lieu où nous passons de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, du péché à la grâce. Tout cela, c’est une belle histoire, c’est une autre histoire.

Alors, est-ce que notre attitude sera celle des voisins, des pharisiens, des parents qui enferment dans les histoires ? Saurons-nous vivre en chrétien et reconnaître l’action de Dieu et lire dans les signes des temps cette action au cœur même de l’histoire des hommes  ? Saurons-nous vivre au rythme et au temps de l’histoire de Dieu qui vient dans notre humanité pour la faire avancer ? Quand Dieu entre dans notre vie, alors quelque chose de neuf a tout changé et cela me fait avancer. Bien sûr, le monde reste monde, la création aussi, les hommes certainement les mêmes, mais je vois, et je vois autrement et cela devient une autre histoire beaucoup plus grande et beaucoup plus belle. Ce qui est vrai pour les hommes, de voir avec ce regard autre, de faire entrer les personnes, ceux que je connais, dans une autre relation ou dans une autre histoire, c’est bien sûr une invitation que nous devons nous adresser personnellement. Suis-je pour moi-même mon propre voisin, mon propre pharisien si procédurier avec moi-même que mon histoire me plombe ? Ou bien, suis-je capable de saisir le don de Dieu, cette nouveauté, pour que toute mon histoire devienne cette histoire avec Dieu ?

"Crois-tu au Fils de l’Homme ?" Je n’avais jamais rien vu. Nous n’avons, frères et sœurs, jamais rien vu, mais aujourd’hui, c’est le temps favorable, c’est le jour du salut. Aujourd’hui, il faut voir l’histoire de Dieu qui crée ce monde :" et la lumière fut". L’histoire de Dieu qui fait passer un peuple de l’esclavage à la terre promise et qui les accompagne de sa née lumineuse, et qui écrit l’histoire avec eux. Il faut voir Jésus qui dit : "Je suis la lumière du monde". Il faut voir la clarté qui s’annonce, celle de l’éternité : "Ils se passent de l’éclat du soleil et de la lune, car la gloire de Dieu les a illuminé"». Si c’est vrai, c’est non seulement une belle histoire, mais une autre histoire et notre histoire

 

 

AMEN

 

 

 
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