AU FIL DES HOMELIES

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ACCUEILLIR LE FEU

Nb 21, 4-9

(29 mars 2009???)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le feu purificateur

I

l y a une chose étonnante dans le récit des Nombres que nous avons entendu tout à l'heure, et qui n'est pas souvent soulignée. La plupart du temps, lorsque nous lisons ce récit, nous pensons comme saint Jean, c'est-à-dire que nous pensons aux serpents. Ce sont les serpents qui mordent les hébreux parce qu'ils ont murmuré contre Dieu, et c'est le serpent d'airain, le serpent de bronze qui est fabriqué par Moïse et élevé pour guérir.

En réalité, la traduction de la Bible qu'on a entendu tout à l'heure est elle-même un peu hésitante parce qu'elle dit : les serpents brûlants, et en fait, le vrai mot, c'est : les brûlants. C'est le même mot hébreu, "brûler, brûlant", "saraf" qui a donné notre mot "séraphin". Les séraphins ne sont pas ces petits angelots un peu grassouillets qu'on voit sur toutes les façades et les peintures baroques, mais les séraphins sont des réalités spirituelles qui sont comparées au feu et à la lumière. C'est intéressant parce qu'on retrouve là dans le vieux fond mythologique et symbolique des religions du monde sémitique, la double valeur du feu: à la fois le feu qui détruit, qui brûle, les brûlants, et puis le feu qui illumine, qui sauve, encore les brûlants, les séraphins.

Toute l'ambiguïté du récit ancien dans les Nombres est basé là-dessus. C'est-à-dire que lorsque les hébreux murmurent, le feu les dévore, quand les hébreux croient, le feu les guérit, les cautérise, les illumine. La manifestation de Dieu à travers les brûlants, si elle tombe sur l'homme en révolte, en murmure, devient ce qui le détruit, l'anéantit et le tue, et si au contraire l'homme se tourne avec foi et confiance, cette manifestation du feu divin devient guérison, source de confiance et d'espérance.

Je crois que d'une certaine manière, Jésus a voulu dire cela aussi à propos du signe que Moïse avait dressé. Jésus est lui aussi, comme le brûlant de Dieu. Il est le brûlant de Dieu dans notre vie, à la fois, Il brûle au sens où Il détruit ces zones d'incrédulité, de mal et de péché qui sont en nous, et dans la mesure aussi où Il illumine. C'est pour cela que Jésus ensuite enchaîne immédiatement sur le fait qu'Il est venu comme la lumière pour illuminer l'homme, la lumière qui fait le jugement, la révélation du cœur de l'homme.

On a plutôt tendance à se représenter Dieu comme uniquement la lumière qui éclaire, mais je trouve intéressant que dans ce vieux récit des Nombres que Jésus a voulu reprendre, il y a une sorte d'ambiguïté, une sorte de double valeur du mystère de la présence de Dieu quand Il se manifeste, Il est feu, mais Il est feu en plusieurs sens. Il peut être le feu qui détruit dans notre vie un certain nombre de choses, et qui menace toutes ces zones d'incrédulité, de refus, de péché, d'encroûtement dans nos routines et notre oubli de Dieu, et puis, en même temps, Il est le feu qui illumine, qui dévoile la présence de Dieu.

Je crois que c'est un peu pour cela que Jésus a utilisé cette référence avec Nicodème, ce n'est pas simplement pour la science, mais c'est pour expliquer ce qu'est la révélation : quand Jésus vient, effectivement, c'est le feu. Il est venu apporter le feu sur la terre. C'est donc toujours la même chose : de quelle manière accueillons-nous le feu ? Est-ce que nous l'accueillons en murmurant, en disant : Dieu aurait pu faire autre chose, Il aurait pu s'arranger autrement, Il aurait pu nous faire une vie autrement ? Ou bien, est-ce que nous accueillons le feu qui vient purifier, sauver, et dévoiler le mystère brûlant de la face de l'amour de Dieu ?

 

AMEN


 

 

 
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