AU FIL DES HOMELIES

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L'APPRENTISSAGE DE LA LIBERTÉ

Is 42, 6-7+14-18 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41
Quatrième dimanche de carême - année B (18 mars 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Vers Siloë
Frères et sœurs, chers catéchumènes, nous venons d'entendre un évangile assez long, une histoire très compliquée dans laquelle Jésus opère un miracle qui n'est pas reconnu par tout le monde, et cela fait beaucoup jaser et discuter toutes les personnes autour de cet homme qui a été guéri, se posent des questions et posent des questions à cet homme, à la fois des amis, des voisins, des pharisiens, docteurs en théologie, des parents qui n'osent pas répondre.

Si l'Église vous propose cet évangile, c'est pour beaucoup de raison. J'en retiendrai une pour vous aujourd'hui. Cet évangile peut sembler étrange dans lequel l'aveugle est comme soumis à la volonté de Dieu. Il est aveugle, il ne demande rien à Jésus, Jésus vient à lui, et l'évangile nous dit cette parole étonnante de Jésus qui nous rappelle que l'action de Dieu devait se manifester en lui. On pense que tout vient de Dieu et que l'homme ne fait rien. Dès que cet homme est guéri, Jésus disparaît, et il ne réapparaît qu'à la fin de l'évangile. Pendant tout le temps qui suit la guérison, ce pauvre homme doit trouver des arguments par lui-même pour expliquer ce qui vient de lui arriver. Il aurait peut-être voulu essayer de trouver Jésus pour lui demander de trouver les bons arguments, pour expliquer aux pharisiens, aux voisins. Bizarrement, cet homme se retrouve tout seul.

Comprenez-vous pourquoi on vous propose cet évangile ? La religion c'est l'aveuglement, cela ne date pas d'aujourd'hui. La religion c'est ce qu'on appelle la foi aveugle. La religion, c'est l'obéissance aveugle. Peut-être que certains d'entre vous ont eu des réactions plutôt positives devant votre démarche catéchuménale, mais peut-être avez-vous entendu d'autres personnes qui vous ont dit : pourquoi fais-tu cela ? cela ne sert à rien. Regarde l'Église, c'est : tu peux, tu ne peux pas, c'est interdit, c'est permis, tu vas passer ton temps à lire dans un livre pour contrôler si tout ce que tu fais est permis ou non. En demandant le baptême, tu es en train d'enlever ta propre liberté et de te soumettre à une religion. Il faut être fou pour agir ainsi. Il faut être aveugle ! Pour beaucoup de nos contemporains, l'aveugle, c'est effectivement celui qui ferme les yeux et refuse de regarder le monde avec d'autres lunettes que la religion, et qui se laisse enfermer dans des schémas.

Or, cet évangile est extrêmement moderne. Cette phrase dans laquelle au début de l'évangile, Jésus dit que ce qui va se passer c'est pour la plus grande gloire de Dieu et pour que l'action de Dieu se manifeste en lui, que veut-elle nous dire ? L'action de Dieu qui se manifeste en cet homme ce n'est pas le fait du miracle qui fait que cet homme soit guéri par Jésus. L'action de Dieu qui se manifeste dans cet homme c'est qu'il va découvrir une liberté qu'il va prendre à bras le corps et qu'il va exercer après le miracle. Le miracle ne consiste pas d'abord dans le fait que Jésus le guérisse de ce handicap, mais que cet homme en ouvrant les yeux devient capable de discerner, de juger, de faire fonctionner son intelligence pour pouvoir trouver les bonnes réponses et les offrir à tous ces gens qui le harcèlent de questions en mettant en cause le fait de sa guérison.

Ce qui est intéressant dans cet évangile, et par rapport à ce que beaucoup de nos contemporains peuvent dire, c'est que l'action de Dieu, la grâce de Dieu n'annule pas liberté de l'homme, elle n'annule pas le discernement et le jugement que vous avez à faire. C'est exactement l'inverse. Plus la grâce est donnée, plus il est donné à chacun d'entre nous de pouvoir ouvrir les yeux, de pouvoir discerner ce qui est juste et bien, et de pouvoir vivre librement. En fait, c'est la plus belle action de Dieu que d'ouvrir les yeux et de permettre de regarder le monde avec les yeux que Dieu nous a donnés, les yeux du cœur et pouvoir répondre de cette foi que nous avons reçue.

Frères et sœurs, que pour nous vieux chrétiens, cet évangile soit l'occasion de réfléchir sur ce qu'est la religion, sur ce qu'est notre relation à Dieu. Si nous pensons qu'être croyants c'est démissionner de notre liberté et de notre jugement, nous sommes dans l'erreur. Nous pensons que Dieu doit être à chaque instant à côté de nous pour répondre à tous nos problèmes. C'est faux. Si nous croyons que Dieu par sa grâce nous a ouvert les yeux, et que par cette grâce il nous donne d'exercer notre discernement et notre liberté, alors nous avancerons comme des hommes et des femmes libres.

Chers catéchumènes, je crois que dans cet évangile, il y a quelque chose qui n'a pas été dit, c'est le regard et l'attitude de Jésus pendant que cet homme qu'il vient de guérir essayait de répondre aux questions des voisins, des pharisiens, et des autres. Jésus semble totalement absent, sauf à la fin quand il rencontre l'homme guéri. J'aime cependant à croire que Jésus était en retrait, pas très loin de cet homme qui ne le voyait sans doute pas, mais Jésus le regardait comme un père ou une mère regarde avec émerveillement son petit enfant qui fait ses premiers pas. C'est une des plus belles expériences, quand le petit enfant debout sur ses deux jambes, commence à quitter les mains de ses parents ou d'autres adultes et qu'il s'élance pour faire ses premiers pas tout seul. C'est un regard émerveillé de la part des parents car ce petit être de chair commence à être autonome. Je crois que Jésus ce jour-là a regardé cet homme avec le même regard émerveillé.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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