AU FIL DES HOMELIES

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LE TÉMOIGNAGE

Jr 11, 18-20 ; Jn 5, 31-47

Jeudi de la quatrième semaine de Carême – A

(2 avril 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

ette longue suite de querelles entre Jésus et les juifs, les princes des prêtres, les pharisiens, cette longue suite de querelles qui, petit à petit fera grandir la haine dans leur cœur nous amènera jusqu'à la trahison de Judas, jusqu'au supplice du Christ et à sa mort sur la croix.

Aujourd'hui, Jésus parle à ses interlocuteurs de la foi et des témoignages sur lesquels se fonde la foi. Je crois que nous pouvons écouter ces paroles du Christ, nous aussi. Nous qui sommes toujours tentés de chercher des preuves, à la divinité, à l'existence de Dieu, des preuves du message authentiquement divin du Christ, des preuves de sa Résurrection, des preuves de l'authenticité de l'Église. Nous sommes comme les juifs toujours à la recherche de signes démonstratifs.

Et Jésus énumère quels sont les véritables fondements sur lesquels notre foi peut et doit s'établir. Des témoignages, Jésus en revendique plusieurs dans cette page d'évangile, en sa faveur. Il y a le témoignage de Jean-Baptiste, il y a celui des Écritures, il y a celui des œuvres que Jésus accomplit. Enfin il y a le témoignage du Père lui-même.Nous aussi, nous pouvons être conduits à la profondeur de la foi par des témoignages analogues que ceux que Jésus invoque.

Et tout d'abord, le témoignage de Jean-Baptiste, c'est-à-dire du Précurseur, de celui qui annonce le Christ, de celui qui proclame sa venue, de celui qui prêche l'imminence du salut amené par Jésus-Christ. Et nous avons, nous aussi, rencontré dans notre vie des personnes, qu'il s'agisse de ministres de l'Église ou qu'il s'agisse peut-être simplement de tel ou tel de nos frères les plus humbles, des personnes qui nous ont annoncé la présence de Dieu, qui nous ont annoncé l'imminence de la venue de Dieu dans notre vie, par leur exemple, par leur parole, par leur prédication peut-être ou par le témoignage de leur vie. Je ne sais pas si nous sommes toujours suffisamment ouverts à cette parole de Dieu qui nous est annoncée par les prophètes à travers les actes qu'ils accomplissent, les paroles qu'ils nous disent, les évènements que nous vivons avec eux.

Il y a un second témoignage, celui de l'Écriture que le Christ invoque. Est-ce que nous savons lire avec un regard pur, droit, un regard neuf, ouvert et profond cette parole de Dieu, cette Bible qui, de génération en génération, à travers l'histoire du salut nous apporte de façon tellement extraordinaire et profonde la pensée du cœur de Dieu ? Est-ce que nous savons lire les témoignages des apôtres et des prophètes, de telle sorte que ce témoignage puisse atteindre notre cœur et véritablement le retourner, le convertir ? Est-ce quelquefois nous ne lisons pas cette Écriture comme un texte quelconque ou avec un regard critique, ou selon des méthodes trop humaines? ou comme la belle littérature ou encore comme un récit du passé ? Est-ce que nous savons entendre cette voix vivante, actuelle, présente de Dieu à travers les pages de cette Écriture que nous devrions lire avec amour, à genoux, avec adoration ?

Il y a aussi le témoignage des oeuvres du Christ, car les œuvres que le Christ accomplit ne se sont pas limitées au temps qu'Il a passé sur la terre. Il ne s'agit pas seulement des gestes, des guérisons, des miracles que le Christ a accomplis en Palestine il y a 2000 ans. Il s'agit du prolongement de ces gestes du Christ.

Et enfin, le plus profond de tous, il y a le témoignage de Dieu lui-même. Ce témoignage de Dieu, au fond de notre cœur, cette lumière qui nous est donnée, cette parole silencieuse murmurée au fond de nous-mêmes et que nous écoutons si peu. Car nous avons si peu l'habitude de faire silence dans notre vie pour pouvoir entendre la parole de Dieu. Et nous perdons petit à petit le sens de cette parole, nous n'en connaissons plus la saveur, nous ne savons plus tellement connaître le ton de la voix de Dieu. Et nous mélangeons facilement ce qui vient de Lui avec ce qui vient de n'importe quelle doctrine ou idéologie ou de n'importe quel berger. Pourtant Dieu nous donne, si nous savons lui être fidèles cet instinct profond que sa Parole établit dans notre cœur et qui fait que nous reconnaissons sa voix, comme Jésus l'a dit : "Mes brebis reconnaissent ma voix". Elles savent distinguer ma voix de celle des mercenaires ou de ceux qui ne sont pas les bergers.

Il faut que nous cultivions, en nous, cette familiarité avec la voix de Dieu. Il faut que nous sachions apprivoiser notre cœur au son de cette voix, de telle sorte que nous puissions, nous aussi, comme Jésus l'affirme de ses brebis, comme il le demande à chacun d'entre nous, discerner ce qui vient de Dieu et ce qui ne vient pas de Dieu, mais qui vient seulement des hommes ou peut-être même du démon.

Tous ces témoignages nous sont donnés. Aucun d'entre eux ne revêt l'apparence d'une preuve mathématique ou scientifique car il ne s'agit pas de cela. Il s'agit de bien plus que cela. Alors, essayons pendant ce temps de carême, de cultiver dans notre cœur l'attention fidèle, persévérante, aimante à ces différents témoignages qui nous sont proposés. Ne négligeons ni la parole de Dieu dans l'Écriture, ni la prière qui nous rend familier à la voix du Seigneur, ni ces sacrements par lesquels Il nous manifeste de façon éblouissante, l'irradiation de sa présence, ni nos frères qui eux aussi, humblement, mais vraiment, peuvent être pour nous des témoins et des paroles de Dieu. Que ce carême soit pour nous le temps de la conversion. Et pour cela prenons les moyens efficaces de cette conversion.

 

AMEN

 
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