AU FIL DES HOMELIES

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COMMENT CROIREZ-VOUS MES PAROLES ?

Ex 16, 2-4+9-15 ; Jn 5, 31-47

Jeudi de la quatrième semaine de carême – A

(2 avril 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

omment peut-on croire les paroles qui sont celles d'un Dieu, qui sont celles du salut ? Comment peut-on faire adhérer son propre être à cette vérité essentielle qui est celle de son salut? Quel est finalement le processus par lequel nous nous mettons à croire ? Ou plutôt quel témoignage conver­tit tellement notre cœur que nous nous ouvrons à cette vérité essentielle, le salut en Jésus-Christ ?

Le Christ, quand Il parle de témoignage, en parle dans les deux sens. Il parle du témoignage de Jean le Baptiste, d'abord, le présentant comme un témoignage valable, comme un premier élément, un premier maillon d'une chaîne, "une lampe qui brûle", qui préfigure et annonce une autre lumière sur l'hori­zon, la grande lumière du salut de Dieu. Puis le Christ dit qu'Il ne se contente pas de ce témoignage-là mais qu'Il en appelle à un autre qui est celui même du Père. Plus loin encore, le vrai témoignage est celui que rend le Père en envoyant son Fils. Et nous-mêmes, ici pré­sents dans l'Église, nous sommes souvent appelés à continuer cette chaîne de témoignage et à témoigner, par nous-mêmes, en nous-mêmes à nos proches, à nos amis, à nos enfants, de cette vérité que nous croyons avoir découverte et qui nous paraît essentielle et vi­tale. Et c'est pour cela que nous voulons en témoigner aux autres.

Mais qu'est-ce que témoigner ? Ou comment témoigner ? le Christ, que nous ne connaissons pas, que nous n'avons jamais vu ni touché, nous est par­venu par des témoignages des apôtres, des évangélis­tes qui ne se sont pas mis d'accord pour raconter exactement la même histoire, mais au contraire ont, chacun selon son caractère humain, souligné tel ou tel indice qui les avait frappés. Et quand on compare ces quatre évangiles, on a l'impression que leur souci n'est pas tant de nous faire connaître une histoire que d'éveiller en nous ce même étonnement, cette même foi qui a été la leur, au contact même de la personne de Jésus. Ainsi le témoignage des évangélistes, à tra­vers ces quatre évangiles, n'est pas tant un récit des­tiné à nous apporter la connaissance, même s'il l'est, mais il ne s'arrête pas à ce témoignage d'une connais­sance. Il tente d'éveiller en nous ce qui, dans le cœur même de l'évangéliste, a provoqué la rencontre avec la personne de Jésus.

C'est dire que le vrai témoignage c'est ce qui transmet, non pas une connaissance mais la personne même de Jésus. Et celui qui témoigne, et vous avez comme exemples les ultimes témoins que sont les martyrs, ils ne transmettent pas une connaissance, mais ils transmettent par identification de leur mort à celle du Christ, la personne même de Jésus dans sa mort et dans sa résurrection. Ainsi témoigner ce n'est pas uniquement rassembler toutes ses forces humaines d'intelligence, de persuasion, de conviction, afin d'amener l'autre à cette vérité de l'évangile, mais c'est être l'endroit où la personne de Jésus puisse passer. C'est-à-dire que le témoignage nécessite tout à la fois une pleine adhésion personnelle à cette vérité, et même quelque part comme des épousailles entre nous-mêmes et cette vérité qui devient une en nous, mais en même temps un certain effacement, afin que nos propres limites humaines soient brûlées par ce message, par la personne de Jésus, pour que cette personne même de Jésus passe à travers nous, pour rejoindre l'autre.

Nous avons trop souvent tendance à monter sur la première ligne quand nous voulons défendre le christianisme et ses propres valeurs. Mais qui est le vrai avocat ? Qui est celui qui est vraiment efficace pour se démontrer comme le Sauveur du monde si ce n'est le Christ Lui-même, Celui qui vit en nous ? le témoin est celui qui, tout à la fois, est totalement in­vesti par le message de Jésus et s'efface, afin que ce message dépasse ses propres limites qui ne seraient qu'un frein pour que le message soit pleinement effi­cace. Et mesurons finalement dans notre vie un doute quant à l'efficacité propre du message de Jésus. Nous voulons souvent témoigner, expliquer, dire que nous trouvons là une certaine joie, une raison de vivre. Mais le Christ Lui-même a à transcender, à mener plus loin ce témoignage humain, afin de rentrer vrai­ment et de rencontrer le cœur de celui à qui nous par­lions.

Et souvent ce sont des phrases dites mala­droitement ou sans trop y penser qui ont chaviré le cœur de nos frères, alors que nous avions déployé tout un arsenal d'arguments de convictions intellectuelles, affectives, spirituelles, je ne sais, et que parfois un mot, une phrase, un sourire ont ébranlé davantage que tout l'arsenal précèdent. Et je conclurai en citant cette phrase du cardinal Lustiger qui résume très bien en quoi nous sommes témoins malgré nous de cette vé­rité. "C'est le Christ qui dira la vérité par vos lèvres, alors que peut-être vous serez encore prisonniers du mensonge. C'est le Christ qui dévoilera le secret des cœurs, alors que vous demeurez encore peut-être si ignorant de votre propre vie."

 

AMEN

 

 

 
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