AU FIL DES HOMELIES

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EN EXODE

Ex 16, 2-4+9-15 ; Jn 5, 31-47

Jeudi de la quatrième semaine de carême – A

(29 mars 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

R

etenons dans l'évangile cette première parole de Jésus : "Je vous connais, vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu. Vous ne connaissez pas Dieu !" Rapprochons-la de cette parole de Dieu à Moïse pour le peuple : "Vous saurez alors que Je suis votre Dieu !" Et de cette autre parole de Jésus : "Si vraiment vous croyez Moïse, vous croirez aussi en Moi, car dans ses écrits, c'est de Moi qu'il s'agit." Et dans le livre de l'Exode Moïse dit au peuple : "Voilà ! Je vais faire descendre du pain du ciel !" et Jésus dira encore : "Je suis le pain venu du ciel !"

Que ce soient les hébreux au temps de Moïse où nous-mêmes aujourd'hui, nous sommes exacte­ment dans une situation tout à fait identique, nous sommes en exode. Le peuple a quitté la terre d'escla­vage en Egypte par le bain pascal dans la mer Rouge, et par ce chant de triomphe que nous chanterons ici-même dans la nuit de Pâques. Quarante ans après le peuple est arrivé dans la terre promise, mais là c'est une de nos différences. Nous avons bien été baptisés nous aussi dans la mer Rouge au jour de notre bap­tême quand, par la grâce du Christ, par la grâce de l'Agneau pascal, se sont enfuis de nous l'esclavage du mal sous toutes ses formes, l'esclavage des ténèbres et l'oppression du mensonge. Sur ce point, nous ressem­blons au peuple de l'Exode. Mais alors que lui, dans sa marche terrestre et humaine est parvenu à la terre promise, nous, nous n'y sommes pas encore parvenus. Nous n'avons peut-être pas quarante ans à vivre en Exode, mais qu'il ait vingt-cinq ou quatre-vingt dix ans, nous avons à vivre cet Exode.

L'Exode, c'est à la fois deux choses incompa­tibles, mais qui voudraient bien vivre en bon ménage dans notre cœur : les marmites et le pain. Les marmi­tes bouillonnantes et le pain qui n'est donné que cha­que matin les marmites de notre propre culture, de nos propres élevages, de nos intérêts, de toutes choses humaines qui ne sont pas du tout détestables, parfois même fort appréciables. Et le pain c'est ce que nous ne recevons que de Dieu, au jour le Jour.

Or nous aimerions bien que nos marmites, qui dans ce texte ne sont d'ailleurs qu'un souvenir, qu'une nostalgie, que nos marmites puissent nous permettre, au cours de notre exode de nous installer et d'avoir la sécurité, en attendant, en attendant rien, car l'Exode est une marche. Et dans la marche du désert, on ne transporte pas ses marmites, c'est beaucoup trop lourd. C'est pour cela que Dieu a eu cette délicatesse de laisser tout cela en Egypte et de nous charger sim­plement, chaque jour, du pain dont nous avons besoin.

Nous sommes un petit peu, souvent même, comme ces hébreux. Nous passons beaucoup de notre vie à murmurer contre ce que nous aimerions avoir et que nous n'avons pas, contre ce que nous avons eu et que nous aimerions retrouver. Ces marmites c'est tout simplement le symbole de notre esclavage à nous-mêmes. Faire notre vie seul. Composer nous-mêmes notre menu quotidien. Faire en sorte que ce que nous cultivons nous nourrisse ou simplement parce que c'est notre propre choix. Mais ceci n'a jamais été une nourriture de pèlerinage, une nourriture d'exode, une nourriture de pèlerin. Or nous sommes des pèlerins. Nous ne serons jamais que des pèlerins sur cette terre. Et la vie humaine ne sera jamais qu'un exode, elle est faite pour cela, elle est donnée pour cela, pour la tra­verser et parvenir, un jour, à ce matin où nous trouve­rons du pain et où Dieu nous dit : "Vous saurez alors que Je suis le Seigneur votre Dieu !"

D'ici ce moment-là, nous sommes réduits à la question, à l'interrogation : "Qu'est-ce que cela ?" Notre vie pour l'essentiel, je dis bien l'essentiel au sens philosophique du mot, notre vie vient de Dieu. Notre vie c'est, chaque jour, un peu de pain que Dieu nous donne au matin et que nous trouvons simple­ment au lever du jour. Notre vie ne tient qu'à Dieu parce que, dans cet exode, on ne peut pas vivre de souvenirs ou de nostalgie ou de tout autre désir trop terrestre. Sur le chemin vers la Pâque éternelle, car c'est celle-là qui compte, les autres ne sont que passa­gères, que provisoires, elles nous permettent d'aller d'étape en étape vers la Pâque éternelle, ce pain que nous recevons de Dieu c'est notre vie. Alors de notre vie nous nous disons souvent : "Qu'est-ce que c'est ?" Qu'est-ce que je vis ? Qu'est-ce qui m'arrive ? Pour­quoi j'en suis là ? Pourquoi j'ai vécu cela ? Cette question, c'est notre manne quotidienne, cette ques­tion sur nous-mêmes.

Or cette question sur nous-mêmes n'a pas d'autre réponse que celle que nous trouverons un jour dans le cœur de Dieu lorsque nous nous apercevrons que le pain de notre vie qui nous est quotidiennement donné c'est pour qu'un jour nous puissions proclamer : "Oui, Seigneur, Tu es mon Dieu !" "Vous saurez alors que Je suis votre Dieu !" C'est vers cette connaissance que nous allons car cette connaissance nous suffira le jour où elle deviendra notre pain éternel. "Je suis des­cendu du ciel pour que vous ayez la vie. Je suis le pain. Je vous donne ma chair à manger pour que vous puissiez vivre chaque jour de votre Exode vers le Jour éternel de la terre promise".

 

 

AMEN

 

 
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