AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒUVRE DU PÈRE

Ex 16, 2-4+9-15 ; Jn 5, 31-47

Jeudi de la quatrième semaine de carême – B

(14 février 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e discours théologique que nous venons d'en­tendre est très dense. La guérison de l'infirme de Bethesda un jour de sabbat fut l'occasion de reproches de la part des pharisiens. Et ils lui repro­chent surtout de se faire l'égal de Dieu puisqu'Il ap­pelle Dieu "son Père". Et ce qui va suivre a pour but de démontrer qu'il n'y a pas de différence entre ce que fait le Fils et ce que fait le Père, que leur œuvre est commune. Et c'est parce que le regard du Fils ne quitte pas le regard du Père, et vice-versa, que leur œuvre est commune, qu'il n'y a pas de différence entre ce que le Fils peut faire et ce que le Père accomplit. Le Père accomplit en son Fils. Il y a ce que le cardinal Daniélou appelait "un face à face continuel avec le Père". Contrairement à Adam qui s'est détourné du regard du Père et que le Fils est venu rechercher pour le convertir c'est-à-dire le retourner et lui faire retrou­ver ce regard et ce face à face avec le Père. Pour le Fils, il n'existe pas de rupture entre le Père et le Fils. Il n'y a pas un regard qui échappe à l'un ou à l'autre. Ainsi donc le Fils peut, en toute liberté d'action, agir selon la volonté même du Père.

La deuxième partie du discours que nous avons entendu est une objection que Jésus se fait à Lui-même, avant même que les pharisiens la lui po­sent. En effet, bien qu'Il fasse des œuvres, si elles témoignent de Lui, Il ne peut pas se rendre témoi­gnage à Lui-même. C'est pourquoi Il invoque, en premier lieu, Jean-Baptiste auquel les pharisiens s'étaient adressés et qui les avait renvoyés à Jésus. Le Christ retourne la question et dit : "Comme le Père a la vie en Lui-même, de même Il l'a donnée au Fils". Et tout ce que va faire le Fils c'est d'exercer l'œuvre même du Père qui est une œuvre du jugement et de vivification.

La vivification a eu lieu puisqu'Il a guéri un infirme, donc c'est le premier signe que s'il rend la vie à quelqu'un, et le signe le plus significatif sera la ré­surrection de Lazare, il donne le premier élément de sa révélation en tant que Fils de Dieu. Et le deuxième Il le dit dans son discours : "Je suis venu parce que le Père M'a donné un pouvoir pour exercer un juge­ment" Et ce jugement Il l'exerce non seulement quand Il reviendra à la fin des temps, mais dès à présent, face aux pharisiens Car Il pose les conditions de toute vérité, de tout critère de vérité et de tout jugement.

Pour les pharisiens, les critères de vérité étaient de s'appuyer sur la révélation. C'est ce que nous faisons aussi dans notre propre foi. Mais ils dé­tournaient la révélation car ils ne laissaient pas à l'Écriture toute la place qu'elle devait prendre dans la vie des hommes. Je dirais même que, à un certain égard, ils pervertissaient l'Écriture car l'Écriture deve­nait pour eux le propre lieu de leur gloire. En étant les seuls interprètes de l'Écriture et en la façonnant selon leurs idées, selon leurs propres lumières, ils rendaient tout homme incapable d'accéder à la vivification et de considérer l'Écriture comme un critère de jugement. C'est pourquoi le Christ leur dit : "Vous scrutez les Écritures pour avoir en elles la vie éternelle !" mais ils rendent l'Ecriture incapable de vivifier l'homme et donc incapable d'avoir une notion réelle de ce qu'est la vérité.

Lorsque le Christ arrive et donne ses deux témoignages, celui de la vivification et celui du juge­ment, les pharisiens ont en face d'eux "la Parole faite chair", ils ont devant eux "la lumière" et ils la rendent obscure. Ils accusent Celui-là même qui est lumière et qui est vérité. Ils ont donc recherché leur propre gloire. Gloire veut dire poids. La gloire est pour nous comme "le poids de Dieu", mais si nous prenons une balance et la mettons dans un plateau et nous dans l'autre, elle nous élève, elle nous soulève. Or ici, pour les pharisiens, la gloire est très pesante parce qu'ils n'ont pas choisi comme gloire ce face à face avec Dieu. "Vous n'avez jamais vu Dieu" leur dit Jésus. Vous n'avez jamais été face à Dieu. Or ils l'ont été face à Dieu. L'Écriture, la révélation, Moïse, tout ce dont ils sont les héritiers, est pour eux signe de la gloire dont ils ont été revêtus. Mais ils ont perverti cette révélation et cette vérité et ils ont transformé cette gloire. Ils la cherchent les uns par rapport aux autres et donc la gloire devient effectivement un poids difficile à porter car il s'agit, pour eux, non plus de briller de la gloire de Dieu mais de briller aux yeux des hommes. Il est toujours très difficile de tenir un standing de docteur de l'Église. Cela nous révèle qu'en ce temps de carême, lorsque nous faisons ascèse, il nous fait retrouver non pas un dénuement complet mais ce qui fait le cœur de notre être, cette gloire de Dieu qui vient nous habiter. La nuée paraissait extérieure, mais maintenant elle emplit entièrement l'homme lorsque nous prenons le corps et le sang du Christ. Il faut donc repérer en nous, à travers tous les efforts que nous faisons, où se révèle la gloire de Dieu dans la profondeur de notre être et où nous conduit le Christ. Il nous conduit jusqu'à l'œuvre de vie, jusqu'à la vérité qui nous rendra libres.

 

 

AMEN

 

 
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