AU FIL DES HOMELIES

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EFFICACITÉ DE L'HOMME OU DON DE DIEU ?

Ex 16, 2-4+9-15 ; Jn 5, 31-47

Jeudi de la quatrième semaine de carême – C

(22 mars 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

our comprendre cet évangile, nous avons besoin de revenir un petit peu en arrière, en nous souvenant qu'il y a quelques jours, nous avons lu cet épisode dans lequel Jésus guérit cet homme à la piscine de Bethesda. A la fin de cette péricope, certains juifs disent que non seulement il a violé le sabbat puisqu'il a guéri cet homme le jour du sabbat, mais en plus, Jésus appelle Dieu son propre Père se faisant égal à Dieu. Et le chapitre cinquième dont nous venons d'entendre un large extrait met en place une série de thèmes d'accusations contre le Christ.

D'abord, Jésus de juge devient celui qui est jugé. Et puis Jésus, lui qui est le maître de la vie est comme déjà auparavant, accusation faite par ces hommes, mis à mort. Le Christ lui qui en se disant Fils de Dieu veut faire ressortir sa dépendance vis-à-vis de son Père, est accusé d'autonomie vis-à-vis de Dieu.

Effectivement, je crois que l'idée d'égalité chez Jésus et chez les juifs ne recouvre pas la même réalité. Chez les juifs qui accusent Jésus, l'égalité entre Jésus et le Père recouvre le sens de l'autonomie de Jésus. C'est comme s'il disait : je suis l'égal de Dieu et par conséquent, je n'ai rien à recevoir de la part de Dieu. Alors que Jésus envisage et vit cette égalité avec son Père d'une tout autre manière. Il s'agit de l'égalité dans la dépendance de son Père, exactement sous le même mode de la dépendance entre un père et son enfant. Pour cela, Jésus va convoquer toute une série de témoins. Le premier témoin, c'est le Père. Le deuxième témoin, c'est Jean-Baptiste, le troisième témoin ce sont les œuvres que Jésus fait en ce monde. Un quatrième témoin, ce sont les Écritures et tout à la fin, un cinquième témoin qui est Moïse. Moïse dans l'Ancien Testament est celui qui est le protecteur, et pour rester dans le vocabulaire juridique, je dirais, l'avocat d'Israël auprès de Dieu. Rappelez-vous l'épisode après le veau d'or, Moïse va dire à Dieu, prends ma vie mais sauve ton peuple. Ce qui est intéressant, c'est que dans ce cas-là, Moïse risque de devenir accusateur et non plus avocat. Accusateur pourquoi ? Nous en revenons à la première lecture tirée de l'Exode se situe après le passage de la Mer Rouge, c'est-à-dire après le salut. Israël vient d'être sauvé à la fois des mains des égyptiens et aussi de la mort par noyade. Après avoir donné le salut à son peuple, Dieu lui fait traverser le désert. Le peuple va considérer cette traversée du désert comme une punition. Ils se plaignent d'avoir du pain alors qu'ils préfèreraient avoir de bonnes marmites de viande bien grasse et bien cuite. Israël n'envisage pas la traversée du désert comme un sceau, comme une marque de l'amour que Dieu lui porte, mais comme un châtiment. Ce que Dieu veut faire vivre à son peuple dans le désert, c'est une égalité et une intimité. Une égalité c'est-à-dire : toi mon peuple que j'ai sauvé, à travers l'expérience du désert, je veux te faire découvrir que dans ce don et cette confiance que nous établissons après le salut, ressort en fait l'égalité parfaite entre toi mon peuple et moi ton Dieu. Et Israël ne veut pas voir cela !

Il faut bien reconnaître, frères et sœurs, que nous sommes très souvent comme Israël. Après avoir vécu un temps de salut, un temps de bonheur auprès de Dieu, quand nous traversons le désert, nous sommes les premiers à invectiver Dieu et à lui demander pour quelle raison Il agit ainsi. Pourquoi ne sommes-nous pas autonomes, pourquoi faut-il que nous soyons pris dans les filets de la vie au désert. Pourquoi ? Ce n'est pas normal. Après le salut, nous devrions arriver à une sorte de plénitude, à une vie parfaite, sympathique, sans problèmes, et en fait, ce n'est pas du tout ce qui se passe.

Ce n'est pas ce qui se passe pour Israël qui vit cette période du désert à la fois comme une punition, c'est ce qu'ils disent, alors que Dieu voudrait qu'Israël vive ce moment comme une intimité, comme une découverte d'une relation beaucoup plus profonde entre Israël et lui, mais c'est aussi ce que vit Jésus. Le Fils de Dieu incarné quand il parle des œuvres, nous aussi, nous voyons les œuvres de Jésus merveilleuses, les miracles, il sauve les gens, il guérit les malades. Mais n'oublions pas quand Jésus parle de ses œuvres, il parle aussi de l'échec. Le Christ lui-même marchant sur les routes de Galilée a vécu l'échec.

Et nous, nous voudrions quand nous nous plaignons auprès de Dieu, nous voudrions souvent être mieux traités par Dieu que le Fils ne l'a été lui-même. Nous aimerions que la pastorale, l'annonce de la Parole, la catéchèse, nous voudrions que cela marche toujours à tous les coups. Et nous nous plaignons auprès de Dieu de ces échecs. Mais comment pouvons-nous demander à Dieu des choses qu'il n'a même pas donné à son Fils ? Peut-être pour la bonne raison que le témoignage que Dieu donne à Jésus n'est pas de l'ordre de l'efficacité. Nous, nous fonctionnons dans l'ordre de l'efficacité. Nous comptons les étudiants qui fréquentent l'aumônerie, la catéchèse de la paroisse, est-ce que toutes les chaises sont bien occupées le dimanche à la messe, etc .… Nous sommes souvent dans notre vie ecclésiale et notre vie personnelle, occupés à comptabiliser et à être dans l'efficacité. Est-ce que le petit-fils a été baptisé, pas baptisé, est-ce que mes propres enfants ont baptisé mes petits-enfants, est-ce que un tel ne s'est pas marié à l'église, et la suite … Nous en restons à l'efficacité alors qu'en fait ce dont Jésus témoigne dans son évangile n'est pas de l'ordre de l'efficacité et de la perfection, mais de l'ordre d'une relation de dépendance entre lui et son Père. Ce n'est pas quantifiable, nous n'en savons rien.

Frères et sœurs, que nous puissions vivre ce temps de carême non pas en termes de quantité, d'efficacité : à la fin du carême, j'ai réussi enfin à évangéliser et à prouver par a+b à ma voisine qui est une horrible anti-chrétienne, est-ce que j'ai réussi "moi" à évangéliser ? Non, les œuvres du Père, rendues visibles par son Fils sur la terre, qu'est-ce que c'est ? C'est cette relation de dépendance, cette traversée du désert, d'accepter de croire et de vivre que la conversion vient de Dieu, et donc, tout vient de Dieu, même si cela passe par nous, et ce n'est pas pour nous, mais c'est pour les autres. Que nous vivions véritablement en enfants de Dieu, fils et filles de Dieu, en donnant sans compter cette vie que Dieu a donnée, sans quantifier.

 

 

AMEN

 

 

 
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