AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST NOUVEAU MOÏSE

Ex 16, 2-4+9-15

(2 avril 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Dans la lumière 

J

ésus se présente comme le nouveau Moïse. Moïse, celui qui sauve. Moïse est cet homme choisi par Dieu pour faire sortir de l'esclavage d'Égypte le peuple des hébreux. Le nouveau Moïse, Jésus, nous fait sortir, Lui, de l'esclavage du péché. Moïse, sur le mont Sinaï, reçoit la loi de Dieu qu'il donne au peuple, loi faite de commandements et de préceptes. Le nouveau Moïse, sur une autre montagne, celle des Béatitudes, nous donne une nouvelle loi, mais celle-là plus exigeante, qui ne consiste pas dans le respect scrupuleux des moindres iota de la Loi, mais dans l'esprit de la vie et de l'amour de Dieu qui se donne dans sa Parole, puisque le mot Loi ou dix commandements sont en fait les dix Paroles, paroles de vie.

       Le Moïse de l'Ancien Testament fera entrer le peuple des hébreux dans la terre promise. Le nouveau Moïse nous conduit, Lui aussi sur les rivages du Royaume du Seigneur. Il nous fait entrer ainsi dans la communion de la vie trinitaire. Le nouveau Moïse qui, à l'image de l'ancien, va aussi conduire son peuple, tel un pasteur, c'est aussi la figure de ce Moïse qui implorait son Dieu pour qu'Il nourrisse son peuple dans le désert. C'est la manne qui descend. Le nouveau Moïse, Jésus, sera le pain du ciel qui vient nourrir plus profondément le cœur de chacun et en qui les hommes seront sauvés et bénis.

       Mais voilà, il n'y a pas que Moïse et nouveau Moïse, Il n'y a pas que le prophète et Jésus. Il y a aussi le peuple, le peuple qui murmure, le peuple qui s'est laissé sortir d'Égypte, qui râle d'être dans le désert et de ne pas mourir auprès des "viandes grasses" et qui ne comprend pas toutes les œuvres que le Seigneur fait pour lui. Et le nouveau Moïse, Jésus, a autant de mal que le premier avec le peuple qui lui est confié, car ce peuple qui l'entoure, qui voit donc la face de Dieu, ne croit pas en Lui. Il ne croit pas en ses œuvres. Pourtant Moïse ne faisait pas de lui-même tous les prodiges de soulever la mer, de faire descendre du ciel la manne ou de conduire en terre promise. Cela c'est Dieu qui le faisait par sa main, dans la Nuée c'est-à-dire dans la course de son Esprit. Et quand Jésus fait face aux hommes, Il a la même difficulté de se faire reconnaître. Pourtant ses œuvres ne viennent pas de Lui, elles viennent aussi du Père et elles doivent témoigner de sa qualité de Fils de Dieu.

       La difficulté de croire c'est pour ce peuple la tentation de l'idolâtrie car le peuple ne change pas beaucoup. Il y a toujours cette tentation de vouloir remplacer Dieu par quelque chose de plus sensible, de plus accessible, quelque chose que l'on puisse posséder. C'est cela l'idolâtrie, c'est cela le veau d'or. Et à l'heure actuelle, nous aussi, peuple de Dieu, nous laissant conduire de l'esclavage de notre péché vers la terre promise, bien souvent nous sommes tentés de remplacer Dieu par des idoles tellement plus faciles. Notre monde actuel lui-même favorise l'idolâtrie. Il suffirait de prendre quelques exemples comme le star-système qui fait d'un chanteur une idole parce qu'il a quelques mots qui touchent le cœur de la jeunesse. Le présentateur de petit écran remplace largement toutes les paroles ou les pensées que l'on peut avoir en soi-même, pour nous donner un système. Bien souvent, dans notre vie, tout autre chose peut remplacer cette faim, cette soif de Dieu. Et c'est cela l'idolâtrie. L'idolâtrie, finalement, nous guette d'une façon presque quotidienne et nous ne savons pas toujours faire la différence entre l'accessoire l'inutile ou le simplement humain par rapport au divin. C'est pourquoi on pourrait très bien changer cette phrase : "L'homme est un loup pour l'homme !" par la suivante: "L'homme est un veau pour l'homme !" car combien de fois, finalement, abaissons-nous cette humanité en voulant l'élever et en l'idolâtrant.

       Nous, peuple choisi, peuple élu, nous sommes habités par la présence de l'Esprit Saint comme la nuée du Seigneur habitait son peuple, pour nous laisser conduire dans le renouvellement de la Pâque. Nous sommes appelés à vivre plus profondément la grâce de notre baptême, grâce qui se vit dans tous les éléments de la Parole du Seigneur qui se donne à la fois dans l'écoute mais aussi dans la nourriture.

       C'est pourquoi, en renouvelant cette grâce baptismale, le carême nous aide à nous purifier de nos péchés, de toutes nos idolâtries, à ne plus murmurer contre Dieu et à essayer de prier Dieu plus ardemment.

       Ce carême doit aussi nous amener vers la terre promise, vers ce pays où coulent le lait et le miel, ce pays de la grâce, afin que Jésus ne prononce pas sur nous cette condamnation : "Vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu !" Ce serait tellement terrible pour nous qui avons reçu la plénitude de sa vie.

       AMEN


 

 

 
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