AU FIL DES HOMELIES

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MANOUH ...

Ex 16, 2-4+9-15

(18 mars 1999)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Accacia 

M

Anouh ... disaient les hébreux dans le désert ! C'est un mot d'étonnement, un mot question. C'est ce mot qui a donné l'appellation "manne" à cette petite gelée granuleuse qu'ils ont récoltée dans le désert pendant quarante ans.

Ce "manouh" c'est plus une question qu'une affirmation. La question se pose sur : "Dieu me donne-t-il ce qu'il me faut"? ou au contraire, est-il un peu "juste" dans ses dons? La question est, comme l'évangile le reprendra un jour, ce qui s'appelle : "Ne vous inquiétez pas du lendemain !" Une sorte d'apprentissage de ce "être" aujourd'hui, non pas d'hier, ni demain. Être, vraiment ce qui, à présent est en train de résister maintenant, sans pour autant s'inquiéter inutilement, ou du moins avec dramatisation, d'hier et de demain. Quand nous passons notre temps à comparer notre présent ou au passé ou à l'avenir, nous fuyons devant notre devoir d'existence, et même souvent, nous fuyons devant notre bonheur. Mais le bonheur, ce bonheur d'être aujourd'hui, cet homme et cette femme, consiste à accepter d'être pauvre, de ne pas savoir ce que demain nous réserve, et de nous détacher d'hier.

       Ce bonheur, cette immédiateté réelle, Dieu nous le dit, c'est pour cela qu'il donnait chaque jour ce qui convenait comme manne, on ne pouvait pas en garder en réserve dans le frigidaire de l'époque, il n'y avait pas de frigidaire, surtout dans le désert, il y avait ce qui convenait, et pas plus. Il y a une sorte d'égalité, Dieu voit, prévoit, afin que nous puissions apprendre à vivre l'instant, l'aujourd'hui. Et pour vivre l'instant, l'aujourd'hui, il faut une sorte de pauvreté. Quand nous sommes crispés sur l'avenir et sur ce qu'il faut que nous gardions pour l'avoir pour nous, que nous prévoyions comme à l'avance d'emmagasiner dans nos greniers et nos frigidaires d'aujourd'hui, nous échappons à une sorte d'invitation, rencontre d'aujourd'hui avec Dieu, nous glissons.

       Ce n'est pas facile de vivre au jour le jour, d'accepter de vivre non pas dans une désinvolture totale, mais d'accepter d'être pauvre pour que l'inquiétude de demain, qui est assez banale, ne contamine pas et n'empiète pas sur ce que je suis aujourd'hui et auquel Dieu répond d'une manière ou d'une autre.

       En fait, nous pouvons dire, à part les grandes épreuves que nous rencontrons, dans le quotidien, Dieu ne nous a pas manqué. Mais cela ne suffit pas. Nous gardons une sorte d'inquiétude de base. Et la manne, ce "manouh", c'est la question que nous devons poser, non pas "qu'est-ce que je vais manger ce midi, je le saurai assez vite et cela disparaîtra assez vite aussi, mais le "manouh", c'est la question : "qu'est-ce que c'est que ce que Dieu me donne, me dit ?

       Je la renverse, cette question. Si notre vie chrétienne était juste un peu parsemée de questions que nous pouvions poser un peu comme cela, adressées à Dieu : "Qui es-tu dans ta personne, que se passe-t-il dans ton cœur de Dieu ?" Qu'est-ce que c'est ce que Dieu nous donne ? Est-ce que cette question nous apaise aujourd'hui ? Ce n'est pas l'inquiétude : "comment vais-je faire pour tout garder c'est interroger ce qui m'entoure, ce que je suis, ce que je vis, et ce qu'est Dieu".

       C'est la grande interrogation qui est à la base de notre contemplation. Il y a une question qui est à la base qui nous permet de recevoir les choses comme nous étant dû et prévu à l'avance, et de craindre de ne pas en avoir assez, mais de rester assez pauvre en disant, finalement, Dieu est toujours là. Il n'a jamais raté les rendez-vous. Il n'a jamais été manquant au sens de ce qu'il nous devait, dans cette vie qui est la nôtre.

       Et peut-être quand Jésus parle de celui qu'on voit en lui, et qu'il nomme Père, il dit aux apôtres : venez, regardez-moi dans les yeux, regardez-moi dans mon humanité, afin de déceler cette divinité qui habite en moi, cessez de poser des questions de demain ou d'hier, je suis aujourd'hui, celui qui dit totalement tout Dieu.

       Comme si Jésus les prenait par les épaules, par leur corps, disant, regardez, contemplez en moi Celui qui de tout temps vient vous visiter pour vous dire, cet Amour qu'il a caché en moi, comme dans une boîte, qu'il a caché dans un écrin, quelque chose de si précieux, que Jésus commence à ouvrir en moi, comme une boîte de bijoux. Il a caché la chose la plus précieuse au monde, qui est l'intention de ne perdre aucun d'entre nous, et même de compter les cheveux qui tombent de notre tête, de les recoller, le cas échéant, pour que nous soyons tout entier devant lui, c'est une image évidemment !

       Frères et sœurs, que cette prévoyance, prévenance, cette attention, cette délicatesse de Dieu émeuve notre cœur et que nous soyons apaisés quant à nos inquiétudes. Dieu veille sur nous, il nous "surveille", oui, dans ce sens de veille attentive et amoureuse.

       AMEN

 

 
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