AU FIL DES HOMELIES

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LA PRIERE QUI NE DEMANDE RIEN ET LAISSE SON ENTIERE LIBERTE A DIEU

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54
Lundi 7 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

F

 

rères et Sœurs, ce texte est d’une richesse extraordinaire car saint Jean insiste sur les signes qui sont faits à Cana en Galilée. Cana est à proximité de Nazareth. Saint Jean veut rappeler que Jésus n’a pas fait beaucoup de signes dans son propre village, dans l’endroit où était sa famille, mais qu’il les a faits légèrement ailleurs, à quelques kilomètres de là. Cana - Nazareth, ça correspond à peu près à Aix - Eguilles.

 

 

Jésus va à Cana, il y est déjà allé pour la noce, et maintenant il y retourne sans doute pour prêcher. Vous avez remarqué sans doute la mise en scène sur laquelle insiste saint Jean. La réputation de Jésus ne vient pas de Nazareth. Elle vient de ce qu’il est allé à Jérusalem, qu’il a prêché, qu’il a fait scandale au temple et qu’il y avait là des gens de Cana qui avaient été témoin de l’enseignement de Jésus au temple. C’est déjà une sorte de petit indice : le rayonnement de la parole de Dieu d’une certaine manière passe par Jérusalem, comme à partir du moment où le Christ sera ressuscité. C’est vraiment à partir de sa mort et de sa résurrection que sa parole s’étendra sur l’univers entier. Et on citera volontiers cette parole de la Loi « De Sion sortira la Loi », ce qui n’est pas tout à fait vrai d’ailleurs, puisque la loi est sortie du Sinaï. « De Sion sortira la loi », cela signifie que Jérusalem est le lieu de naissance de la Parole.

 

 

Et pour le Christ, il s’agit de manifester très concrètement la manière dont rayonne sa parole, ce n’est pas par le contact physique de Nazareth à Cana qui ne sont pourtant éloignées que de quelques kilomètres, ça passe par Jérusalem, comme si le Christ, ayant investi le temple (Détruisez ce temple, je le rebâtirai en trois jours), faisait rayonner à partir de là sa propre parole. Nous voilà avertis : l’évangélisation de Jésus pour son peuple n’est pas une évangélisation locale, nous avons tendance à dire qu’il a commencé en Galilée et qu’il avait monté en puissance en allant à Jérusalem. Saint Jean nous explique que ça a dû être un peu plus compliqué que ça. Le véritable centre, le véritable point de diffusion de la parole de Jésus, même avant sa mort, c’est quand même Jérusalem. Voilà donc un premier point.

 

 

Deuxième point, c’est que cette parole est immédiatement efficace. En effet, le fonctionnaire royal n’est pas allé en pèlerinage à Jérusalem, mais il a entendu le témoignage de ceux qui en revenaient. Et quand il sait que Jésus est arrivé à Cana (là-bas les nouvelles vont plus vite que par internet), il vient lui-même trouver Jésus, à cause de son enfant malade. C’est là encore pour Jean une manière de nous montrer l’efficacité de cette parole. Non seulement cette parole se répand comme une traînée de poudre en Galilée à partir de Jérusalem, mais en plus, elle suscite un comportement, même chez ceux qui n’ont pas été jusqu’ici les témoins directs de la prédication et de la personne de Jésus. Et c’est bien cela qui est extraordinaire dans la démarche du fonctionnaire royal, c’est qu’il n’a pour seul appui que les on-dit des gens de retour de pèlerinage de Jérusalem.

 

 

Mais il y va, il monte. Lorsqu’il arrive et qu’il demande à Jésus de faire un signe, Jésus se permet de vérifier : « Tu viens pour me demander des miracles ? » Et c’est la mise à l’épreuve. Jésus ne veut pas rentrer dans cette manière d’envisager la parole. Si la parole qui se répand à propos de lui avait un pouvoir tel qu’elle le ferait passer pour autre chose que ce qu’il est, il ne jouerait pas le jeu. Par conséquent, il a besoin de savoir exactement quelle sera l’attitude du fonctionnaire royal. « Viens-tu pour voir ou provoquer un scoop ? Ou viens-tu vraiment parce que tu as la foi ? » Le fonctionnaire royal répond d’une manière admirable : « Ecoute, c’est simple, mon enfant est malade. » D’un air de dire « Je ne te demande rien. J’ai simplement envie de te dire que mon enfant est malade. »  D’une certaine manière, ça suffirait presque. Il est à la dernière extrémité. C’est tout ce qu’il a à dire.

 

 

Je trouve cette prière fantastique. Parce que c’est la vraie prière. La vraie prière, ce n’est pas de dire à Dieu ce qu’il faudrait qu’il fasse. Ça, c’est une conception de la prière dans laquelle nous avons tendance à nous mettre à la place de Dieu parce que nous aurions l’impression que nous, nous savons mieux ce qu’il nous faut que Dieu lui-même ne le sait. Et ça, évidemment, je trouve que c’est toujours un peu gênant. Quand on va voir les gens qui ont le pouvoir, et qu’on commence à leur expliquer comment ils devraient exercer le pouvoir, ça a quand même un peu le don de les fâcher. Je les comprends d’ailleurs. Parce qu’on a envie de leur dire « Ecoutez, si vous le voulez, allez-y, faites, je vous laisse la place » Moi, ça m’arrive de temps en temps qu’il y ait des gens qui viennent m’expliquer comment je devrais être curé. Je les reçois assez fraîchement en général. Qu’ils y aillent, et on les verra à l’œuvre, n’est ce pas ?

 

 

Jésus demande « Dans quelle attitude viens-tu ? Dis moi quelle est ta prière ? Et je te dirai qui tu es. ». Là, l’homme répond « D’une certaine manière, je ne te demande rien, je te dis simplement que mon enfant est malade. » Ca, c’est la plus belle prière. C’est la prière qui consiste à être devant Dieu et à dire « Voilà comme je suis, voilà comme sont mes proches, voilà comme est le monde, voilà comme vivent la plupart des membres de mon entourage. Je te le dis simplement. Si tu veux, tu fais quelque chose, mais je te laisse l’entière liberté. »

 

 

Voilà au fond, l’enseignement de l’épisode de la guérison du fils du fonctionnaire royal. Quand il va devant Jésus, il lui dit qu’il commence à pressentir qui il est. La seule chose qu’il peut lui dire, c’est de lui laisser l’entière liberté de son action. « Mais, je te demande simplement de savoir qu’il y a ça. » Ayons dans notre tête et dans notre cœur que la prière devrait nous apprendre à laisser un peu de jeu, de liberté à l’action de Dieu, ça ne serait déjà pas si mal.

 

 
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